PAPA, MAMAN, MES SŒURS ET MOI

 

Marine s’appelle en fait : Marion Anne Perrine. Elle est née le 5 août 1968 à Neuilly sur Seine (Hauts-de-Seine), une ville cossue de l’Ouest Parisien dont sont issus deux anciens présidents de la République, le premier, Nicolas Sarkozy (né en 1955) en a même été le maire tandis que le second, François Hollande y a attérit …en 1968, année de la naissance de Marion Anne Perrine. Il a fréquenté le très huppé lycée Pasteur où il a pu y croiser la future équipe du Splendid :  Christian Clavier, Gérard Jugnot, Thierry Lhermitte, Michel Blanc….

La future Marine est la fille d’un certain Jean Le Pen, devenu Jean-Marie au fil du temps et qui exerce la profession d’éditeur phonographique (sa société s’appelle la SERP) de 40 ans, ancien député du Quartier Latin, présumé Baroudeur à ses heures et de Pierrette Lalanne, 33 ans, une belle femme blonde, originaire de la bourgeoisie Landaise et qui fut un temps mannequin…. Le couple a déjà deux autres filles : Marie Caroline (née en 1960) et Yann (née en 1964).

Le père, Jean-Marie est originaire de la Trinité sur Mer (Morbihan), donc Breton pur souche. D’ailleurs Le Pen en Breton signifie : la tête, l’extrémité (tiens, tiens…), il est lui-même le fils unique de Jean Le Pen, un patron pêcheur qui meurt tragiquement en 1942 en sautant sur une mine.

Le petit Jean-Marie va donc devenir « pupille » de la nation. Fier d’avoir un père « mort pour la France », il déclarera par la suite avoir été un des « plus jeunes résistants de France » mais bon nombre des acteurs locaux de l’époque contestent ce présumé acte de bravoure : aucun en fait n’ont le souvenir d’avoir vu ce gamin en culotte courte rejoindre « l’armée des ombres » même de façon symbolique.

Jean-Marie continue ses études puis « monte à Paris » pour faire des études de droit. Il fait partie de la « Corpo » de Droit où il se fait remarquer par quelques actions « coup de poing » et des provocations en tout genre. « Le Pen, je me souviens de lui, c’était celui qui montrait ses fesses aux flics lors des manifs » confie le truculent cinéaste Claude Chabrol, qui l’a côtoyé sur les bancs de la fac à cette époque.

Il se lance dans la vie active, hésitant entre deux carrières : celle d’avocat ou celle de militaire. Il opte pour la seconde, en s’engageant dans les « Paras » au cœur du conflit Indochinois….

Mais, il quitte l’armée et il croise la route de Pierre Poujade en 1955. Ce leader syndical, originaire du sud-Ouest se veut être le porte-parole des petits commerçants « spoliés » par les puissants et également le pourfendeur d’une « quatrième République » qu’il juge déliquescente….

Entre l’ancien leader étudiant et l’ex serviteur de Vichy, rallié à la Resistance, la « mayonnaise prend » et les deux hommes sont persuadés que les opportunités politiques sont à saisir… Ce sera le cas, aux législatives de Janvier 1956, le parti Poujadiste obtient 11 % des suffrages et plus de 75 députés dont Jean-Marie qui devient à 27 ans le benjamin de l’Assemblée Nationale (comme le sera d’ailleurs sa petite-Fille Marion en 2012, à 22 ans, ndlr).

 Il restera parlementaire jusqu’en 1962, avec une interruption de plusieurs mois en reprenant du service en Algérie avec les polémiques que l’on connait puis connaîtra une longue traversée du désert…….

Une traversée du désert qui connaît un mirage lors de l’élection présidentielle de 1965, Jean-Marie tombe dans les bras du Ténor du Barreau, l’avocat Jean-Louis Tixier-Vignancour, homme clairement positionné à l’extrême-droite, qui a défendu notamment le général Salan, co-auteur du Putsch d’Alger ou l’écrivain Louis-Ferdinand Céline.

Il obtiendra 5 % des voix mais au second tour, par antigaullisme viscéral, il appelle à voter…François Mitterrand pour barrer la route au Général. Ce qui n’empêchera pas ce dernier d’être réélu avec 55 % des suffrages exprimés….

Une nouvelle fois, Jean-Marie déplore d’avoir soutenu le « mauvais cheval » et il retourne dans l’anonymat jusqu’en … 1972.

Cette année 1972 est une des dernières années fastes de l’après-guerre, elle annonce le glas des « Trente glorieuses » : ces trois décennies qui ont permis à la France ruinée par la Guerre de se hisser au rang des grandes puissances économiques affichant des performances économiques insolentes : faible inflation, taux de chômage très bas et une croissance avoisinant les 5 %.

Georges Pompidou est Président de la République depuis 1969. Ancien premier ministre remercié par le Général en 1968, il a pris sa revanche l’année suivante en remportant une élection face à un candidat centriste Alain Poher, Président du Sénat. La Gauche avait été éliminée dès le 1 er tour : le dirigeant communiste Jacques Duclos avait obtenu 21 % des suffrages exprimés mais étant arrivé en troisième position, il n’avait pu se maintenir.

Jacques Chaban-Delmas, Compagnon de la Libération, ancien Président de l’Assemblée nationale avait été nommé Premier Ministre et lancer, certainement pour décrisper une « France » marquée par les évènements de Mai 68, sa fameuse « Nouvelle Société », forme de doctrine social-libérale, prônant notamment le dialogue social et la liberté d’expression et surtout le rapprochement avec des personnalités non issues de la droite traditionnelle. Certains conseillers écoutés du locataire de Matignon seront plutôt marqués à Gauche : Jacques Delors, Simon Nora ou encore Michel Vauzelle…

Mais le torchon brûle entre le Président et son Premier Ministre qui finit par démissionner durant l’été 1972.  Plusieurs personnalités de la Majorité s’insurgent (déjà) contre cette volonté de briser le clivage Droite-Gauche.

Finalement, « Chaban » sera remplacé par un autre Compagnon de la Libération, l’ancien Ministre de la Défense, Pierre Messmer, plus en adéquation avec la ligne Présidentielle….

La Majorité parlementaire est composée alors d’une majorité absolue de Gaullistes, issus du « Raz de Marée » lié à la dissolution de Juin 1968. La Gauche y a été laminée, effaçant sa performance réalisée un an plus tôt. Les extrêmes qu’il soient de Gauche ou de Droite, de taille groupusculaire sont absents du champ parlementaire pour encore longtemps…….

En 1972, la petite Marine avait 4 ans. C’est également l’année où son papa va reprendre du service…. En effet, les groupuscules d’extrême-droite tentent de s’unifier pour devenir plus audibles…. Et c’est Alain Robert qui va croiser la route de Jean-Marie Le Pen.

Mais qui est cet Alain Robert, « fondateur » du Front National dont (presque) plus personne ne se souvient aujourd’hui ?

Né en 1945, il n’appartient donc pas à la même génération que Le Pen mais il a pu croiser celui-ci lors de la Campagne de Tixier-Vignancour en 1965. Leader du mouvement Occident, organisation musclée d’Extrême-Droite qui s’est illustrée en 1968 pour bastonner du « Gauchiste », résolument anti-communiste, elle compte parmi ses membres plusieurs futurs ministres de la Droite Républicaine : Alain Madelin, pourtant fils d’un ouvrier Communiste, Patrick Devedjian ou encore Gérard Longuet….

Lui, Alain Robert possède la parfaite panoplie du militant d’Extrême-droite : il fricote également avec le GUD (Groupe Union de Défense », très présent à la faculté de Paris-Assas, un groupuscule pas forcément composé de « mauviettes » qui aime bien les « actions coup de poing ». On ne se refait pas….

A la tête d’Ordre Nouveau, il décide de co-fonder « Le Front National » dont le but est de fédérer tous ces groupuscules éparpillés avec le journaliste François Brigneau, un Collaborateur notoire pendant la guerre, grand admirateur de Robert Brasillach et qui s’engagea un temps dans la Milice….

Mais les deux hommes ne se sentent pas présider le mouvement, ils font alors appel à Jean-Marie Le Pen qui voit dans cette proposition la possibilité de sortir de son purgatoire politique et de mettre en exergue ses talents d’organisateur et d’orateur prompt à haranguer les foules, mais à l’époque, elles se concentrent dans une cabine téléphonique……

L’ex Député devient donc Président du tout jeune Front National, il s’entoure d’une équipe composée pour partie d’anciens nostalgiques de l’Algérie Française (version OAS), de cathos intégristes, de Waffen SS à la retraite et de jeunes « loups » du Nationalisme.

Son premier cheval de bataille sera l’Anticommunisme, alors que dans « l’autre camp » on prône l’instauration de « L’Eurocommunisme », une forme de Communisme qui prend ses distances avec Moscou, tenté d’abandonner la « dictature du Prolétariat », ses instigateurs sont l’Italien Berlinguer, l’Espagnol Santiago Carrillo et le Français Georges Marchais que l’on ne présente plus….

Au niveau interne, le tout jeune parti connait les premières dissentions entre ses membres fondateurs. Alain Robert, secrétaire général du mouvement, veut rester également à la tête du mouvement Ordre Nouveau, ce dont s’oppose Jean Marie Le Pen. Il en profite pour évincer celui qui l’avait fait roitelet. Quelques temps, il y aura deux FN : l’un Le Peniste, l’autre Robertiste. Mais le premier finira par l’emporter finalement, broyant au passage le rival Parti des Forces Nouvelles….

Le Président du FN, débarrassé de son rival qui d’ailleurs, au fil du temps, s’éloignera de l’extrême-droite pour rejoindre les rangs de la droite parlementaire……

Entre temps, Jean Marie Le Pen s’entoure de compagnons de route plus fiables, tel François Duprat, connu pour ses thèses révisionnistes et qui connaitra un destin tragique en 1978, victime d’un attentat….

En 1974, il se présente à l’élection présidentielle provoquée par la disparition brutale de Georges Pompidou. Cette élection permet toujours aux petits candidats de « connaître leur heure de gloire » au moins au 1 er tour, avec des possibilités « d’audience » impossibles dans d’autres circonstances.

Affublé d’un bandeau sur l’œil gauche dont l’origine reste mystérieuse (problème médical ? suite d’une rixe ?), il parcourt la France et en profite pour prôner le « ni droite, ni gauche », condamner un système politique qu’il juge « en voie de déliquescence » et s’oppose surtout à un vote utile (c’est-à-dire voter Giscard afin d’éviter l’arrivée au pouvoir d’une coalition socialo-communiste).

Il n’obtient que 0,75 % des suffrages à l’issue du premier tour et n’empêchera pas l’élection de Valéry Giscard d’Estaing qui l’emporte de façon étriquée face à François Mitterrand... (50.81%).

Cette candidature a défaut d’être fructueuse, lui aura permis de retrouver un espace politique qu’il ne cessera d’explorer au cours de la décennie suivante….

Deux ans plus tard, Il réapparait à la Une de l’actualité : son domicile est plastiqué, Villa Poirier à Paris : c’est la que vit le leader du Front National, qui occupe les 4 et 5 e Etage. En effet, il occupe deux appartements : l’un réservé aux parents qui mènent une existence bohème et l’autre occupé par les trois filles du couple. Le choc est terrible, d’après les enquêteurs une charge de 5 kilos de dynamite a provoqué des dégâts considérables jusque dans le voisinage. Heureusement, il n’y a aucune victime à déplorer.

C’est le troisième attentat subi par le leader Frontiste, comme il le confiera au « journal télévisé », il en profite pour mettre en exergue la montée de l’insécurité dans le pays, lié selon lui à une politique intérieure trop laxiste et trop complaisante pour les ennemis de la nation. Il devra être relogé et c’est son ami Jean Marie Le Chevallier, futur maire FN de Toulon qui l’hébergera durant trois mois avant de vivre dans sa nouvelle résidence : à Montretout (commune de Saint Cloud) qui va bouleverser son existence et surtout son destin….

La petite Marine, 8 ans, rescapée de l’attentat avec ses sœurs, confiera que l’évènement lui a fait prendre conscience que « son père faisait de la politique » …avec les risques que cela comporte.

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