MONTRETOUT MAIS RESTE DISCRETE

La petite Marine est sortie indemne, comme le reste de la famille de l’attentat de l’appartement de ses parents. Juste quelques égratignures et une grosse frayeur et surtout le timide éveil d’une conscience politique….

On n’a jamais retrouvé les auteurs des méfaits, certains pensent qu’il s’agit d’un règlement de compte d’une organisation extrémiste rivale mais rien n’a pu être prouvé.  La famille Le Pen, surnommée « Les miraculés de la Toussaint » car l’attentat s’est produit un 2 novembre connait simultanément un deuxième miracle : celui de l’héritage Lambert……

Hubert Lambert est un militant assidu pour ne pas dire inconditionnel du jeune Front National. Cet homme chétif et malade est acquis aux idées nationalistes depuis des lustres. Il réside dans une vaste propriété des hauteurs de Saint-Cloud dans le quartier huppé de Montretout. Il compte parmi ses voisins, le célèbre acteur Lino Ventura. Rentier, le militant exemplaire est en fait l’héritier des Ciments Lambert. Il se lie d’amitié avec Jean-Marie Le Pen à tel point qu’il décidera, au soir de sa courte vie (il disparait à 42 ans), d’en faire son légataire universel….

Bingo pour la famille Le Pen !

Fini les lendemains incertains à la suite de la longue traversée du désert. Le petit éditeur de la SERP, maison spécialisée dans la diffusion des chants patriotiques avec un choix éclectique : des cœurs de l’armée rouge aux chants de la Waffen SS va pouvoir « vivre de ses rentes » et en faire profiter sa famille qui s’installe dans le domaine de Montretout. Le couple Le Pen toujours bohème devient mondain en organisant des soirées fastueuses comprenant tout le gratin parisien….

Le Front National reste cependant un micro-parti dont l’audience peine à croître au fil du temps. Mais Jean-Marie Le Pen étoffe son équipe avec l’arrivée de Jean-Pierre Stirbois en 1977. Cet ex-représentant devenu imprimeur à Dreux est né en 1945. Militant nationaliste de la première heure, il avait également participé à la campagne de Tixier-Vignancour en 1965 et devient donc, douze ans après, secrétaire général du mouvement. Il restera un fidèle lieutenant du « Menhir » jusqu’à sa tragique disparition en 1988 : sur la route de Dreux, à la hauteur de Jouars-Pontchartrain, il meurt dans un accident de la route. Il avait 43 ans.

Après la non-participation de JMLP à la présidentielle de 1981, faute de parrainages suffisants, le n° 2 du FN avait été le « catalyseur » du début de l’expansion du FN. Candidat aux municipales à Dreux en 1983 où il défie la maire Socialiste Françoise Gaspard, il obtient à l’issue du 1 er tour, un score totalement inédit pour le mouvement d’extrême-Droite : près de 17 % !

C’est un véritable coup de tonnerre dans le landernau politique. Comment un parti qui ne faisait que des scores confidentiels a-t-il pu « monter » si haut ? Certes, aux cantonales de 1982, le même Stirbois avait obtenu 10 %. Sa recette : elle est simple : omniprésence sur le terrain dans cette sous-préfecture d’Eure et Loir qui a connu une forte expansion démographique dans les années 60, triplant pratiquement sa population.

Le gros bourg commerçant et chargé d’histoire (lieu de la chapelle Royale) est éloigné des cités du plateau hébergeant une population issue en grande partie de l’immigration. Le taux de chômage y est élevé (+de 10 %), l’insécurité augmente.

Le secrétaire général du FN entame une campagne musclée et agressive, usant de slogans basiques mais porteurs, aux dires mêmes de ses amis politiques et cela porte ses fruits : l’immigration « massive » des années 60 est à l’origine de la plupart des maux de la société Française.

A l’issue du premier tour, deuxième « coup de tonnerre » : la droite traditionnelle RPR-UDF fusionne sa liste avec le Front National, ce qui provoque l’émoi dans la classe politique. Mais la « nouvelle alliance locale » échoue quand même de peu le soir du 2 -ème tour : la liste de Françoise Gaspard est réélue avec 8 voix d’avance….

Mais le soulagement sera de courte durée, l’élection ayant été entachée de nombreuses irrégularités sera annulée. Et rebelotte : fusion des deux listes RPR-FN qui cette fois-ci l’emportera facilement avec 55 % des voix. Jean-Pierre Stirbois devient Maire-Adjoint….

Le Front National est sorti de la marginalité pour faire une percée dans « la cour des grands ». Avec son thème porteur, celui de l’immigration, il va lentement mais surement progresser sur l’échiquier politique malgré une franche hostilité du personnel politique et d’une crainte d’une majeure partie de la population.

Mais Jean-Marie Le Pen se frotte les mains, il va pouvoir entamer la campagne des Européennes en toute quiétude, se servant à merveille de l’outil médiatique qui pourtant lui est majoritairement hostile mais ce provocateur né va pouvoir faire « le buzz » avec plusieurs d’avance….

Pendant ce temps, les filles Le Pen grandissent… Marine à 15 ans, elle assiste comme ses sœurs à l’irrésistible ascension de leur père doublée d’une notoriété avec les inconvénients que cela comporte : être mal vue par ses camarades de classe et « saquée » par les professeurs, souvent aux antipodes des idées frontistes.

Mais les sœurs Le Pen vont-elles échapper à la tentation politique ? Elles apparaissent au grand jour lors de l’émission politique « L’Heure de Vérité » dont leur père est l’invité en 1984.

Dans son ouvrage « La politique en héritage » la journaliste Annette Ardisson décrit bien le pour et le contre de l’engagement politique des « fils et fille de… ».  Une carrière politique implique un engagement complet et qui implique des sacrifices familiaux, surtout quand on veut jouer en « première division » celle qui mène aux portes du pouvoir.

En cas d’engagement, les enfants choisissent la même famille politique que leurs parents : Gilbert Mitterrand, député socialiste de Gironde, Jacques Barrot, député de Haute Loire, ancien ministre, Pierre Méhaignerie, ancien ministre, Jacques Médecin qui succède à son père à la mairie de Nice. Jean Louis et Bernard Debré. Mais parfois, les rejetons n’épousent pas les idées politiques du père : tel Pierre Joxe, socialiste pur et dur, fils d’un ministre de De Gaulle ou encore le Constitutionnaliste Olivier Duhamel, député européen apparenté socialiste, fils d’un ancien Ministre de la culture Centriste, Jacques Duhamel.

Mais pas de danger de sécession (à l’époque…) pour les filles Le Pen : peu de chances de les voir rejoindre la Ligue Communiste Révolutionnaire ou le parti Socialiste. Non la fibre Frontiste opère déjà notamment chez l’ainée, Marie-Caroline, promue à jouer un rôle majeur dans « l’organisation » et qui sait « succéder un jour au Chef ».

Marine, jeune fille bagarreuse, aimant bien se chamailler virilement avec ses sœurs est quant à elle un peu éloignée de la sphère politique : c’est une élève moyenne, qui aime faire la fête à cette époque mais regarde avec admiration son papa prendre de l’ampleur dans l’impitoyable univers politique….

Mais en 1985, un évènement majeur survient dans la galaxie Le Pen, le couple Jean-Marie/Pierrette bat de l’aile : Madame ne supporte plus cette vie trépidante et violente et décide de faire ses valises, laissant son futur ex-mari avec ses trois filles.

La jeune Marine ne verra plus sa mère pendant plusieurs années, le vivant comme une véritable déchirure. Le divorce sera très houleux, affaire de gros sous sans dote, et la brouille conjugale fera la « une de l’actualité ». Jean-Marie Le Pen ayant déclaré « Que Madame Lalanne aille faire des ménages », cette dernière le prendra aux mots en « s’affichant comme soubrette dans le magazine Playboy » …. Certains se rincent l’œil, d’autres grincent des dents…

Déjà l’émergence de la presse People….

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