Valéry Giscard 
           d'Estaing
          (1926-2020)

Valéry Giscard
d'Estaing
(1926-2020)

4ème Episode

1981-2020

LE DEUXIEME SOUFFLE

Le Jour d’Après

Quand on a 55 ans et que l’on a connu jusqu’à présent un parcours « sans fautes » qui vous a propulsé vers le sommet de l’Etat, autant dire que « digérer » sa première vraie défaite politique (si l’on exclut son retrait pour le 2ème tour des Municipales à Clermont-Ferrand en 1959) doit s’avérer être un exercice particulièrement délicat…

Le matin du 11 mai 1981, alors que Valéry Giscard d’Estaing est encore le locataire de l’Elysée pour quelques jours, il doit d’ores et déjà imaginer ce que sera sa « nouvelle vie » et il est clair qu’il ne peut se résoudre à prendre une « retraite anticipée ».

Certains de ses proches prônent un rebond immédiat de leur champion déchu, à savoir qu’il conduise la majorité sortante pour les élections législatives provoquée par la dissolution de l’Assemblée Nationale par un François Mitterrand en quête de Majorité parlementaire tandis que d’autres, notamment des Députés UDF ne sont guère enthousiastes devant une telle initiative, craignant une défaite logique et ils n’ont pas tort : un raz de « marée rose » va bientôt déferler sur la France ….

La Vie en Rose

La nouvelle Majorité Présidentielle, menée par Lionel Jospin dispose à elle seule de la majorité absolue avec 285 des 491 sièges sortants, à laquelle on se doit de rajouter les 44 députés Communistes, soient 329 élus de Gauche. Ainsi, elle totalise près de 57 % des suffrages tandis que la désormais Opposition nationale que conduit Jacques Chirac n’obtient que 150 députés et seulement 43 % des suffrages.

Une droite sortante qui aura perdu plus de 137 députés issus du scrutin de 1978, plusieurs ex-ministres RPR et UDF mordent la poussière. A noter que Raymond Barre, l’ancien Premier Ministre s’impose facilement dans la Capitale des Gaules, à l’instar de quelques autres députés sortants bien implantés….

Prudent, VGE écoute les bons conseils de son vieil ami Poniatowski et se met donc « en réserve de la République » persuadé que la « gestion du pays par une gauche au pouvoir » sera très rapidement sanctionnée par les électeurs…

Le jeune « préretraité » se met alors à voyager pour tenter d’oublier son amère défaite, en séjournant notamment en Grèce et aux USA. Il refuse de « pantoufler » au Conseil Constitutionnel (bien qu’il en soit membre de droit) pour cause du « devoir de réserve » que cette fonction impose…

La Reconquista

Très rapidement, sa décision de reconquête du pouvoir le hante à un tel point que dès 1982, il décide de « repartir de zéro » et de se présenter aux élections cantonales dans le Puy-de-Dôme, un choix qui inquiète certains de ses proches tant le pari semble risqué.

Pourtant, l’ancien Président est élu assez largement dans le nouveau canton de Chamalières (ville dont il fut maire entre 1967 et 1974) et dans un département pourtant largement dominé par le Parti Socialiste mais qui, au niveau national profite allègrement à l’Opposition de droite qui remporte largement le scrutin, s’emparant de la présidence de 59 des 95 conseils généraux….

Giscard rejoint donc par la « petite porte » le chemin d’un pouvoir quitté dans la douleur un an plus tôt et réapparait dans les émissions politiques comme l’incontournable « Heure de Vérité » de François-Henri de Virieu où il critique avec sévérité la politique économique du gouvernement socialiste et s’autorise non sans malice à commenter la situation internationale (dont les évènements de Pologne, avec les journées de protestation sur les chantiers de Gdansk dirigées par son leader, Lech Walesa).

L’ex-Président ne cherche cependant pas à jouer les « recours », car il est probablement lucide du fait qu’avoir raté sa réélection avait donné des idées à la génération montante de l’UDF.  Il profite néanmoins de la démission de Claude Wolff, qui lui avait succédé comme Député du Puy-de Dôme pour retrouver sa circonscription avec un excellent score de 63 % et surtout les bancs de l’Assemblée nationale, du jamais vu sous la Vème République !

Les élections législatives de 1986 s’annoncent très difficiles pour la Gauche sortante : de la « folle espérance » de Mai 1981, aura succédé « le tournant de la Rigueur » que continue à appliquer le Premier Ministre Laurent Fabius qui a remplacé Pierre Mauroy à l’Hôtel Matignon.

Craignant une déroute électorale, François Mitterrand fait adopter un mode de scrutin à la proportionnelle, jugé plus équitable car permettant, de façon officieuse, une meilleure représentation de toutes les sensibilités politiques, y compris minoritaires sur les bancs de l’Assemblée nationale…

Mais le Président espère surtout une « poussée » du Front National, susceptible de prendre des voix à une Droite pourtant assurée de remporter le scrutin…

Si la gauche est battue, elle limite la « casse » et le mouvement dirigé par Jean Marie Le Pen entre au Palais-Bourbon avec plus de 35 députés dont lui-même qui y effectue un « grand retour » vingt-cinq ans après !...

Valéry Giscard d’Estaing est réélu mais ne s’impose pas pour autant en « leader de l’opposition » étant largement concurrencé par ses deux anciens premiers ministres : Jacques Chirac qui est d’ailleurs appelé à Matignon pour le premier gouvernement de Cohabitation de la Vème République mais également par le « loyal » Raymond Barre, réélu à Lyon.

En revanche, l’ancien Président se voyait déjà accéder au Perchoir du Palais-Bourbon mais son ambition sera vite contrariée par Jacques Chaban-Delmas, au départ pressenti pour rejoindre Matignon et qui retrouvera finalement le fauteuil qu’il avait déjà occupé entre 1958 et 1969.

Quant à l’éventualité d’obtenir un quelconque « maroquin », son nom sera évoqué pour celui des affaires étrangères et bien sûr celui de l’économie et des finances mais aucune suite ne sera donnée (véto présidentiel ou du Premier Ministre ?  nul ne le sait vraiment).

Le Folklore Auvergnat

Cette année 1986 correspond également à l’organisation des premières élections régionales au suffrage universel. Les 22 régions métropolitaines et les 4 ultra-marines sont concernées et le résultat est sans appel : en métropole :  les listes RPR-UDF remportent 20 des 22 régions (6 RPR et 14 UDF), à l’exception toutefois de celles du Limousin et du Nord-Pas de Calais. En Outre-Mer, a contrario la Gauche remporte 3 des 4 régions, à l’exception de la Guadeloupe…

Cependant, il faut relativiser cet éclatant succès de la coalition de Droite et du Centre, dont l’accession à la Présidence de région a parfois été favorisée par l’apport de voix venues du Front National, c’est notamment le cas en PACA avec Jean-Claude Gaudin ou en Languedoc-Roussillon avec Jacques Blanc….

Ce n’est pas le cas de Giscard qui réussit à s’emparer de la région « Auvergne » qui était détenue jusqu’à présent par la Gauche … Il restera en fonction jusqu’en 2004.

L’ancien Chef de l’Etat aura un attachement particulier avec cette région du Massif Central qui est plus de l’ordre « génétique » que « politique » comme il le confiera à « L’Express » en 2013. En effet, ce territoire lui colle à la peau car c’est bien la terre de ses ancêtres, dont certains, à l’instar de ses aïeux maternels Bardoux furent des élus du Puy de Dôme comme lui-même et comme le sera d’ailleurs son propre fils Louis qui a finalement réussi à se faire « un prénom » du côté de Chamalières…

A la tête de la région, il mène une politique très favorable au « désenclavement de la région » pouvant permettre à Clermont-Ferrand d’être relié par voie autoroutière aux métropoles voisines, dont Bordeaux et Limoges. Une politique en faveur du développement des établissements scolaires est activement menée sous sa présidence.

Il privilégie également le développement d’infrastructures culturelles dont le Zénith ou bien sûr « Vulcania », son « bébé », un vaste parc de loisirs et d’attraction sur le thème des volcans d’Auvergne qui suscitera autant d’enthousiasme que de controverses (notamment sur son côté onéreux et dont la rentabilité à terme est incertaine).

Malgré un bilan jugé positif, Giscard sera cependant battu lors des régionales de 2004. A 78 ans, il a peut-être voulu effectuer le « mandat de trop » mais il ressent cet échec face à un adversaire socialiste sans notoriété comme une « nouvelle injustice » voire une « ingratitude de ses compatriotes Auvergnats ». Ce qui est clair, c’est que son « détachement » vis-à-vis de sa région de cœur commence à partir de ce moment. Il rejoint d’ailleurs le Conseil Constitutionnel à Paris comme membre de droit après l’avoir refusé quinze ans plus tôt… Autre temps, autre mœurs….

Dégiscardisation intensive

Malgré son retour réussi dans l’arène politique, le Député du Puy-de-Dôme ne peut que constater la « dégiscardisation » de ses anciennes troupes et que son ex-machine de guerre « l’UDF » est en train de faire les yeux doux à Raymond Barre, chantre du « Barrisme » qui peut séduire une grande partie des composantes du Centre…

Pourtant, ce premier gouvernement de cohabitation compte parmi ses membres quelques « bébé-Giscard » nourris aux mamelles de l’UDF, à l’instar de François Léotard et des membres de sa » bande » : Gérard Longuet ou Alain Madelin, sans oublier André Santini ou encore Pierre Méhaignerie, ancien ministre de l’agriculture ou encore René Monory, passé de l’économie à l’éducation nationale…

Cependant, la plupart d’entre eux veulent voler de leurs propres ailes et la période 1974-81 n’est plus qu’un lointain souvenir. En 1988, seuls Raymond Barre et Jacques Chirac seront au rendez-vous de la Présidentielle face au sortant François Mitterrand.

Ce dernier a su « trouver sa place » au cœur de la cohabitation : si le « Premier Ministre » gouverne et entend bien mener à bien son action politique, lui, le Président continue de « présider » et de conserver ses domaines de prédilection que sont les affaires étrangères et la défense nationale comme lui confèrent ses pouvoirs sous la Vème République (qu’il avait ardemment combattus dans l’opposition pour mieux en profiter arrivé au pouvoir…) et ne pas hésiter, à l’occasion, de « savonner la planche » de son « Premier Ministre » et néanmoins adversaire….

Le résultat est sans appel : les deux leaders de l’opposition « mordent » la poussière, au 1er tour François Mitterrand qui avait annoncé le plus tard possible sa volonté de se représenter, arrive largement en tête avec 34 % des suffrages exprimés devant Jacques Chirac qui obtient moins de 20 % tandis que son ex-successeur à Matignon, Raymond Barre, que Giscard soutient d’ailleurs, n’obtient que 16 %.

A noter la « percée » de Jean-Marie Le Pen, le leader d’extrême-droite qui arrive en quatrième position près de 14 % des suffrages exprimés et qui confirme son « ancrage » dans la vie politique française alors que quatorze ans plus tôt, son score avait été plus que confidentiel : 0.91 % !

« Le rabibochage » médiatique entre Jacques Chirac et Raymond Barre afin de contrer la réélection de François Mitterrand se solde par un échec cuisant, ce dernier l’emporte largement face à Jacques Chirac avec plus de 54 % des voix…Le « flop » absolu…

Dépité, Jacques Chirac se réfugie alors dans son fief Parisien ainsi que dans sa circonscription de Corrèze tandis que Raymond Barre retourne sur les bords du Rhône car il ne peut prétendre prendre la direction de l’UDF déjà fortement affaiblie par les revers électoraux précédents et qui se méfie surtout de lui…

En outre, la machine UDF est « grippée » et une grande partie de ses composantes a des envies de sécession, voire de changer parfois de camp : Nommé à Matignon, Michel Rocard intègre dans son gouvernement plusieurs ministres issus du centre-droit, parmi lesquels des anciens soldats du Giscardisme : Jean-Pierre Soisson, Olivier Stirn, le maire de Metz Jean Marie Rausch, Lionel Stoléru ou encore Michel Durafour…C’est ce que l’on appelle « l’Ouverture » qui fait alors grincer beaucoup de dents….

Quelque peu ulcéré par la trahison de certains de ses lieutenants, Giscard ne baisse pas les bras et compte bien reprendre le leadership de l’UDF alors présidée par Jean Lecanuet, dont l’autorité est contestée. C’est ce qu’il fait assez rapidement tout en présidant la Commission des Affaires étrangères dans la nouvelle assemblée issue des urnes, devenant ainsi le seul président issu de l’Opposition…

Mais l’arrivée de l’ancien Président à la tête de cette union des partis libéraux et centristes qu’il a lui-même fondée dix ans plus tôt n’est pas forcément synonyme de « retour à la normale » car de nouveau, l’appétit des « jeunes loups »qui composent l’UDF et qui forment ce que l’on appelle un « noyau de réformateurs », on trouve parmi eux Philippe de Villiers, François Léotard, François Bayrou, Charles Millon, Bernard Bosson ou François d’Aubert qui se sont alliés avec leurs collègues du RPR : Michel Noir, Alain Carignon, François Fillon, Michel Barnier, Philippe Seguin ou Michel Barnier qui comptent bien faire « bouger les lignes » d’une opposition de droite qu’ils jugent anesthésiée….

Mais ce « coup politique » très médiatisé tournera court car les « Hussards » de la Droite et du Centre sont en fait très divisés et leur programme est en fait une coquille vide…

Aux élections européennes du printemps 1989, Valéry Giscard d’Estaing prend la tête de la liste UDF-RPR, en étant toutefois contraint d’affronter une liste dissidente menée par…son ancienne Ministre Simone Veil qui fut la Première Présidente du Parlement Européen entre 1979 et 1982… Plusieurs rénovateurs et un nouveau venu atypique dans la sphère politique, Jean-Louis Borloo font partie de son équipe….

Mais le résultat tournera nettement à l’avantage de la liste de l’ancien Président qui arrive en tête avec 28 % des suffrages devant celle du PS menée par Laurent Fabius avec 24 % tandis que la liste dissidente de Simone Veil connait un revers cinglant en n’obtenant que 8 %....

VGE démissionne de l’Assemblée Nationale pour se consacrer à son mandat européen. A Strasbourg et Bruxelles, il présidera le Groupe Libéral Démocratique et Réformateur avant de rejoindre le Parti Populaire Européen.

En 1993, il retourne cependant sur les bancs de l’Assemblée nationale qui est « submergée » par la « vague bleue » : plus de 500 députés de la droite et du centre ont été élus (dont pratiquement 215 issus de la seule UDF) et qui provoque une deuxième cohabitation dans la présidence Mitterrand. C’est Edouard Balladur qui est nommé à Matignon tandis que Jacques Chirac se « tient en réserve de la République » …

On connait la suite : le duel fratricide entre les deux amis de « trente ans » tourne finalement à l’avantage du Maire de Paris qui devient le nouveau locataire de l’Elysée au Printemps 1995. Après 1981 et 1988, cette troisième tentative aura donc été la bonne ….

Un temps pressenti pour être « le candidat » rassembleur, VGE a prudemment jeté l’éponge, se jugeant trop « âgé » pour revenir « aux affaires nationales » malgré le trait d’humour d’André Santini « En 1974, les Français avaient élu leur plus jeune président tandis qu’en 1995, ils éliront le plus vieux ».

Giscard semble avoir « enterré » la hache de guerre avec son ex-Premier Ministre puisqu’il lui apporte son soutien cette année-là tout comme il le fera en 2002. Il quitte d’ailleurs la présidence de l’UDF en 1996, dix ans après l’avoir reconquise.

 Il sera remplacé à ce poste par François Léotard avec lequel il entretient des relations conflictuelles mais il se console en s’adressant un autosatisfecit au sein de la formation de Centre-Droit, riche de nombreux élus et surtout exempte de scandales politico-financier à contrario de son allié RPR ou même du PS.

Giscard entame son dernier mandat de député en 1997, marqué par le « flop » de la dissolution orchestrée par le tandem Chirac-Villepin qui voit la « Gauche Plurielle » revenir au pouvoir avec à sa tête, Lionel Jospin, Premier Ministre de la Troisième cohabitation depuis 1986….

Il continuera d’intervenir dans le débat public national notamment sur la réforme du Septennat, partisan d’un quinquennat renouvelable et qui aurait l’avantage de faire suivre l’élection présidentielle par celle des législatives, plus propice à donner une majorité présidentielle claire et sans risque de cohabitation comme par le passé.

Le projet sera adopté par référendum puis acté lors de l’élection de 2002 qui voit un Jacques Chirac réélu à la surprise générale avec l’élimination dès le premier tour de Lionel Jospin, son Premier Ministre de cohabitation, devancé d’une centaine de milliers de voix par un certain …Jean-Marie Le Pen.

Le leader d’Extrême-droite (il réfute d’ailleurs cette classification sur l’échiquier politique) accède à la « finale » mais trébuche au second tour, victime du « front républicain » massif (Droite et Gauche réunies, cette dernière  soutenant Chirac,  la « mort dans l’âme »).

Ironie du sort : Chirac avait obtenu au premier tour : le score le plus faible d’un candidat sortant (20%) sera finalement réélu au second avec plus de 82 % !

Anéanti par cette humiliante défaite, Lionel Jospin adopte une posture toute Gaullienne : il décide de se retirer de « la vie politique », attitude pleine de panache mais qui va porter un coup de massue supplémentaire sur  la Gauche qui perd largement les élections législatives qui suivent…

Jacques Chirac, peu reconnaissant du « sacrifice électoral » de la Gauche qui a voté massivement en sa faveur, se garde bien de constituer un gouvernement « d’union nationale » en mettant en place une coalition Centro-Chiraquienne et nomme comme Premier Ministre : Jean-Pierre Raffarin, déjà ministre en 1993 et qui fut surtout dans sa jeunesse un « Giscardien » actif :  de quoi réjouir « le sage de Chanonat » ….

Deux Français sur Trois

Giscard est convaincu des bienfaits de la fusion du RPR et de l’UDF en un parti unique, un projet jugé fédérateur et surtout plus enclin à éviter la « machine à perdre » souvent provoquée par les incessantes divisions ou de guerre des « ego » (mais que l’on déplore aussi à Gauche, ndlr).

 C’est ainsi qu’il finit par rejoindre cette formation nouvelle baptisée : UMP, signifiant d’abord Union pour une Majorité Présidentielle, puis Union pour un Mouvement Populaire et qui a vu le jour pour ces élections législatives de 2002. Son premier président en sera Alain Juppé.

Cependant une frange de l’UDF, d’ailleurs baptisée « Nouvelle UDF » présidée par François Bayrou refuse d’adhérer au nouveau mouvement, hostile à l’idée d’un parti unique et conforté par le fait d’avoir pu obtenir près de 30 sièges, lui permettant même de constituer un groupe au Palais-Bourbon.

Dès lors, cette Nouvelle UDF rentre dans une semi-opposition : en ne votant pas la confiance au gouvernement Raffarin puis en s’opposant à plusieurs réformes gouvernementales bien qu’un de ses membres, Gilles de Robien ait été promu Ministre de l’Education Nationale…

Giscard s’est définitivement désolidarisé de ce qui reste de « l’UDF », il n’a d’ailleurs pas apporté son soutien à François Bayrou, candidat aux présidentielles de 2002 et encore moins de 2007 où il soutiendra Nicolas Sarkozy.

Un coup de grâce sera d’ailleurs porté à l’UDF en 2007, lorsque le futur Maire de Pau, devenu le « Troisième homme » de la Présidentielle avec un excellent score de 18 %, fonde le « MODEM ».

Curieusement, Giscard comme Bayrou, malgré leurs divergences ont comme dénominateur commun cette volonté de dépasser les clivages droite-gauche, s’inscrivant dans l’émergence d’une force politique s’étendant du centre-gauche au centre-droit  (en fait, du Macronisme avant l’heure, ndlr) …….

On verra par la suite que les « débauchages » de personnalités de Gauche (Besson, Fadela Amara, Bernard Kouchner, Bockel, etc,) par Nicolas Sarkozy n’auront pas d’effet probant sur l’élargissement de sa majorité, bien au contraire…

Il faudra attendre l’avènement d’Emmanuel Macron avec d’ailleurs la complicité du même Bayrou pour réussir une telle opération : fondée sur un renouveau politique au doux parfum de « dégagisme » pour terrasser ce vieux clivage droite-gauche, tout en élaborant une doctrine : « en même temps à droite et à gauche » dont les bienfaits ultérieurs restent cependant incertains…

Certains ont vu en Emmanuel Macron, un nouveau « Giscard du XXIème siècle » : élu plus jeune président de la Ve République à seulement 39 ans (contre 48 à son aîné) ambitieux, réformateur, un bourreau de travail, une « machine intellectuelle », un « inspecteur des finances » mais également un personnage « suffisant » et « hautain » et assez éloigné du « peuple » … et qui a la particularité comme lui d’être autant admiré que détesté….

                                       Clermont sur le fil…

Clermont-Ferrand, Capitale de l’Auvergne et fief socialiste depuis la Libération. C’est clair, la ville du « Bibendum » a « la tripe à gauche » et la Droite Clermontoise se cantonne à y jouer les seconds rôles mais on le sait, il n’y a pas de citadelle imprenable et en politique, l’opiniâtreté et parfois (l’usure d’un pouvoir local) peut finir par faire céder un « écrou » fermement vissé.

En 1995, Giscard, « Patron de l’Auvergne » veut conquérir sa Capitale et espère bien réussir là où il avait échoué en 1959 , lors de sa première tentative face au maire de l’époque, Gabriel Montpied.

Il constitue une liste de large ouverture à Droite et au Centre, seule condition pour espérer l’emporter contre le maire sortant, Roger Quilliot, élu depuis 1973 mais dont la popularité commence à faiblir…

Et puis le Giscard de 1995 n’est plus le même que celui de 1959 :  son exceptionnel parcours politique jusqu’au plus haut sommet de l’état parle pour lui. Son équipe est composée d’hommes de terrain, au sens politique très affuté, à l’instar de Brice Hortefeux, futur ministre de l’intérieur et son action au niveau de la région peut plaider en sa faveur, notamment du fait que l’ancien Président a beaucoup favorisé Clermont qui pourrait bien lui « rendre la politesse » dans les urnes…

Mais Roger Quilliot n’est pas n’importe qui. De la même génération que son adversaire (il est né en 1925), ce n’est pas un simple « baron local », il fut également Ministre du logement dans le premier gouvernement Mauroy entre 1981 et 1983.

Le maire sortant de Clermont-Ferrand est également connu pour être un grand spécialiste de l’œuvre d’Albert Camus, dont il fut le secrétaire dans les années 50, étant également à l’origine de « l’entrée dans la Pléiade » du Prix Nobel de Littérature….

Agrégé de Grammaire puis Docteur ès lettres, Roger Quilliot est d’abord professeur de lycée, il est notamment muté avec son épouse Claire au « Lycée Jean-Baptiste Corot » à Savigny-sur-Orge (Essonne) que cette dernière surnomme d’ailleurs: « Le Plus beau lycée de France » dans un livre-souvenir. Ils séjournent notamment à Méréville (Sud-Essonne), village natal de Jean-Louis Bory (Prix Goncourt 1945).

Militant socialiste depuis la IVe République, qui sera proche de Gaston Defferre dès les années 60, ce natif du Pas-de-Calais est arrivé à Clermont-Ferrand au début des années 60 pour y enseigner à la faculté des Lettres de la ville. Dès 1971, il est élu au conseil municipal dans la liste de Gabriel Monpied qu’il remplacera au moment du décès de ce dernier en 1973.

Elu Sénateur du Puy-de-Dôme, l’année suivante, il sera toujours largement réélu et de façon aisée mais en cette année 1995, la crainte de « faire un mandat de trop » est très présente. Pourtant, il réussit à l’emporter, de 860 voix seulement (50.9 %) face à l’ancien chef de l’Etat, probablement grâce à l’apport des bureaux de votes des quartiers ouvriers, généralement favorables à la gauche… Giscard n’est donc pas passé loin de l’exploit….

Cependant, deux ans plus tard, Roger Quilliot rend son écharpe de maire puis démissionne dans la foulée de son mandat de sénateur car il est gravement malade. La suite est tragique : en 1998, il décide de mettre fin à ses jours en compagnie de son épouse Claire. Contrairement à lui, cette dernière est sauvée in extrémis mais réussira malheureusement son suicide par noyade en 2005….

Giscard où la dernière tentation de l’Europe

Après la France et l’Auvergne, Valéry Giscard d’Estaing retrouve un de ses amours de jeunesse : l’Europe… Après avoir quitté le Palais Bourbon et la Cité du Bibendum, il compte bien se remettre « à temps complet » au service de cette Union Européenne qui a bien changé depuis sa création à la fin des années 50.

Certes, outre son pro-européanisme » de la période élyséenne, il est resté un « Europhile » actif, alliant sa passion pour les territoires à celle pour le « Vieux continent », notamment en présidant à la fin des années 90, le Conseil des Communes et Régions d’Europe (CCRE) créée en 1951 par des parlementaires et des grands commis de l’Etat épris d’Europe (dont Jacques Chaban-Delmas ou bien sûr Lucien Sergent, Maire et Conseiller Général d’Etréchy qui la présidera également).

Héritier de Jean Monnet et de Robert Schuman, VGE qui contribua naguère à la création du Système Monétaire Européen avec son ami Allemand Helmut Schmidt a toujours des idées novatrices pour relancer une Organisation qu’il assimile parfois à une « usine à gaz », un « large vaisseau technocratique, submergé par des structures compliquées voire opaques qui finissent par nuire à son bon fonctionnement.

Partisan d’une « troisième voie » entre une Europe Fédérale et une Europe des Etats, reprochant à Bruxelles de vouloir réduire toujours plus la marge de manœuvre des Etats et fustigeant cette règle de l’unanimité apparu avec l’entrée des anciens pays de l’Est….

Assez hostile à l’intégration continu de nouveaux états membres, il préconise une gouvernance plus souple et la volonté de remettre à plat tous les rouages des institutions européennes. Pour cela, il veut promouvoir une nouvelle Constitution.

Il est d’ailleurs nommé à la tête de la Convention sur l’avenir de l’Europe dont le but est de simplifier les différents traités européens en rédigeant un projet de traité constitutionnel.

Ce projet finalisé sera signé par les 25 membres de l’Union à l’époque puis une longue campagne pour le « OUI » va être lancée à laquelle l’ancien Président participe activement en compagnie d’autres experts (dont Jacques Delors)…

Un référendum est organisé en France en 2005 et se solde par la victoire du « NON » à plus de 54%. C’est une « claque » pour son promoteur ainsi que pour une grande partie du personnel politique favorable à un projet qui a visiblement été mal compris par les électeurs.

Dans les jours qui suivent, un second référendum est organisé aux Pays-Bas et qui est rejeté de la même façon par les électeurs néerlandais, ce qui entraine un abandon partiel de ce traité constitutionnel qui laissera sa place au Traité de Lisbonne en 2007…

Europa for Ever

Valéry Giscard d’Estaing restera cependant un observateur attentif de l’Europe.  Il lance sa Fondation éponyme en 2011 qui vise à participer à l’accroissement de la « conscience européenne » (sic) travaillant notamment avec la « Fondation Robert Schuman » qui remet chaque année un prix à un étudiant travaillant sur les questions européennes….

Il déplore le pénible épisode du Brexit, un sujet de discorde susceptible de détériorer encore plus l’image de l’Union Européenne tout en confessant en avoir été involontairement à l’origine…

En effet, alors qu’il présidait la Convention Européenne chargée d’élaborer le Nouveau traité Constitutionnel, il rédigea (avec son complice Alain Lamassoure), le fameux Article 50 qui permettait à un Etat membre de pouvoir sortir du « Club ». Après l’échec du Référendum de 2005, si une grande partie des options furent abandonnées, ce fameux article fut conservé….

L’habit Vert

Sa vivacité intellectuelle est également présente sur les bancs de l’Académie Française où rappelons-le, il fut élu en 2003 , occupant le fauteuil laissé vacant par Léopold Sédar Senghor, ancien Président du Sénégal (et condisciple de Georges Pompidou à l’Ecole Normale Supérieure) ainsi qu’à l’hebdomadaire « Le Point » où il tient une chronique ….

Mais VGE est aussi un « fondu » de littérature, grand amateur de Maupassant dont il dévoilera sa passion lors d’un passage à l’émission « Apostrophes » de Bernard Pivot en 1979.

Il publiera plusieurs romans d’amour dont le fameux « La Princesse et le Président » qui fait grand bruit Outre -Manche, les perfides observateurs anglais imaginant en fait une liaison entre l’auteur et une Princesse Royale Anglaise qui connaitra d’ailleurs un destin tragique sous un tunnel Parisien….

 Selon VGE : le roman est "une forme d'écriture qui permet l'oubli, la possibilité d'un autre monde", comme il le confiera un jour au journal « Le Figaro ».

Mais l’ancien Président est bien sûr un essayiste politique (son premier ouvrage « Démocratie Française » s’était d’ailleurs vendu à plus d’un million d’exemplaires) et comme c’est souvent la tradition pour un Chef d’Etat, c’est  un Mémorialiste. C’est en effet sous la direction de sa première fille Valérie-Anne qu’il fera publier les trois tomes de ses mémoires « Le Pouvoir et la Vie » qui connaitront également de jolis succès de librairie….

Epilogue

Devenu le plus ancien ex-Président de la République encore en vie, il sortira de sa réserve du Conseil Constitutionnel en 2007 pour soutenir Nicolas Sarkozy puis François Fillon en 2017….

On le remarque aux obsèques de Jacques Chirac en 2019, en compagnie de son épouse Anne-Aymone et de ses successeurs Nicolas Sarkozy et François Hollande…. Son âge avancé (93 ans), sa silhouette voutée et des problèmes de santé réduisent ses apparitions publiques, certains s’étonnant de ne pas le voir assister à la « Panthéonisation » de son ancienne Ministre Simone Veil….

L’année 2020 sera comme chacun sait, caractérisée par l’apparition mondiale d’un virus aussi dangereux qu’inattendu, la COVID qui va s’attaquer avec cruauté sur les personnes faibles ou vulnérables, qu’elles soient humbles ou puissantes. Retiré dans le château familial d’Authon (Loir et Cher), Valéry Giscard d’Estaing ne sera pas épargné, souffrant au préalable d’infection pulmonaire et de problèmes cardiaques, il fera plusieurs séjours à l’Hôpital Pompidou ainsi qu’au CHU de Tours…

Son état se détériore en novembre, on dit qu’il a été infecté par le virus puis s’est rétabli mais il finit par s’éteindre à Authon dans la nuit du 2 décembre, probablement des suites du COVID, comme l’annonce l’entourage…

Comme cela est d’usage, l’actuel Président Emmanuel Macron rend un vibrant hommage à son lointain prédécesseur et décrète une journée de deuil national prévue le 9 décembre (avec une minute de silence, notamment dans plusieurs institutions de la République).

L’ancien Président est inhumé dans l’intimité à Authon, aux côtés de sa fille cadette Jacinthe, brutalement emportée par un cancer en 2018 et qui fut, rappelons-le très présente lors de la campagne électorale de 1974, avec cette fameuse affiche où l’adolescente était photographiée sur une affiche en compagnie de son père….

Avec la disparition de Valéry Giscard d’Estaing, c’est indéniablement une page importante de l’histoire politique qui se tourne. L’ancien Président de la République aura marqué une période s’étalant de la fin de la IVème République en 1956, date son élection comme Député du Puy-de-Dôme au soir de la longue vie à la deuxième décennie du XXIème siècle…

Lors de son décès, l’homme a été salué, notamment par son lointain successeur Emmanuel Macron, né sous son Septennat mais aussi par ses adversaires pour son « courage » et son « audace » réformatrice…, sans oublier son ardent combat pour la construction européenne et sa grande intelligence visionnaire sur la marche du monde.

Certes, l’homme Giscard fut souvent moqué avec férocité par les chansonniers et les humoristes qui raillaient l’aristo parvenu jouant de l’accordéon pour s’accorder les faveurs du populo, qui fut sifflé sans élégance par certains adversaires tel un monarque déchu qu’on amènerait vers l’échafaud, longtemps considéré comme un homme distant et hautain sûr de sa «supériorité » intellectuelle mais qui peu à peu s’est transformé en sage, en observateur avisé de la marche d’un monde qui avance de façon parfois frénétique….

A la tête de la France, de sa chère Auvergne ou au chevet de cette Europe turbulente, l’homme-Giscard fut parfois « incompris » et les éloges funèbres à son endroit, constitueront en quelque sorte une « réhabilitation » du personnage…

Comme il est d’usage, on aime associer chaque Président à un lieu de mémoire : le nom de Georges Pompidou fut indissociable du Musée Beaubourg dont il fut le promoteur, François Mitterrand à la Très Grande Bibliothèque, Jacques Chirac au musée du Quai Branly, il était bien normal d'associer Valéry Giscard d’Estaing au Musée d’Orsay dont il fut l’instigateur……

Pour lire les épisodes précédents, veuillez cliquer sur les liens suivants:

2. Mai, 2021

1er Episode: De Coblence à l'Elysée, itinéraire d'un enfant gâté

2. Mai, 2021

2ème Episode: Le Réformiste Eclair

2. Mai, 2021

3ème Episode: La Solitude du pouvoir

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