LES TRACANCES DE MONSIEUR BOULOT.

Philippe Dupont.

Philippe Dupont.

Editorial du 5 août.

La France insouciante des « Trente Glorieuses » (1945-75) avait découvert les joies du « départ en vacances » au lendemain du second conflit mondial, un peu moins de dix ans après l’apparition des « congés payés » de 1936…

Au fil du temps, malgré les différentes  « crises » qu’il a traversées , le plus « beau pays du monde » a vu ses ouailles  pouvoir bénéficier (par le biais d’âpres négociations entre les partenaires sociaux et le patronat) de trois, quatre puis cinq semaines de congés payés, parfois même plus (45-50 jours)  pour certains salariés , après la mise en place des « 35 heures », soit bien plus que nos voisins directs, sans parler des autres qui nous regardent avec autant d’envie que d’interrogations sur ce temps libre alloué….

Pour autant, en cette deuxième décennie du XXIème siècle, seuls 55 % des Français sont partis ou partiront en vacances d’été cette année. Un chiffre qui reste statique depuis 40 ans, donc bien avant la crise sanitaire des trois dernières années qui aura freiné les ardeurs d’évasion de nos « Juilletistes » ou autres « Aoûtiens » qui se retrouvent généralement sur les routes surchargées le temps d’un week end classé « noir »…

Les « non-vacanciers » (qui peuvent être en vacances mais qui ne partent pas l’été et encore moins le reste de l’année) constituent un bloc hétérogène puisqu’ils correspondent souvent aux « actifs » ou précaires (intérim) qui gagnent moins de 1 500 euros par mois et qui restent chez eux pour des raisons purement financières. Leur nombre s’élève à 47 % , auquel il faut ajouter certains chômeurs,  habitants résignés de la France périphérique, gosses de banlieue, agriculteurs-éleveurs,  retraités ou encore des personnes âgées à revenu faible, etc… à contrario des 82 % de Cadres et autres professions libérales qui prennent, quant à eux, « le large » aussi bien l’été que le reste des « petites vacances d’ailleurs, en France comme à l’Etranger, se rattrapant d’avoir été « brimés » pendant la crise du COVID…

Bien sûr, on n’oubliera pas nos « classes moyennes » qui constituent la « majorité souvent silencieuse mais valeureuse » qui attend toute l’année de pouvoir prendre « la tangente » (après l’avoir parfois planifiée dès le début de l’année)  aussi bien à la mer,  la montagne , la campagne, en France comme à l’Etranger, comme précédemment cité.

Mais voilà qu’une nouvelle catégorie est apparue depuis peu de temps dans le « paysage vacancier français » et qui concernerait ceux qui ne partent pas en « vacances » mais plutôt en « tracances »…

« Tracances » Quésaco ? me direz-vous. Un néologisme inventé par nos amis Québécois et qui est la contraction de Travail et de Vacances qui touche une partie de la population active, notamment les cadres et autres dirigeants…mais qui pourrait atteindre dans un avenir proche,  d’autres catégories socio-professionnelles…

Ici, il s’agit d’utiliser les nouveaux moyens techniques et les nouvelles procédures mises en place par les entreprises pour travailler à distance... sur son lieu de vacances.

Diantre ! Il suffisait d’y penser…et ç’est là que l’on apprend, que selon une récente enquête, 30 % des salariés se connecteraient sur leur lieu de vacances et parfois à la demande de leur employeur.

En clair, le salarié est en télétravail durant la journée, selon ses horaires habituels, et utilise son temps libre pour profiter de son lieu de villégiature, par exemple en suivant son ou sa partenaire (comprenne qui pourra…).

Toujours selon un autre cabinet,  35% des personnes interrogées comptaient passer en mode "tracances" cet été. Sur le papier, certains pensent que l'idée parait séduisante (ah, bon ?)

Mais en réalité, elle fait émerger de sérieux risques. Forcément, pour l'employeur, la crainte est de voir la productivité de ses salariés baisser. Et, de son côté, le salarié en « tracances » peut redouter une multiplication des sollicitations des managers, y compris en dehors de ses horaires habituels de travail.

Dans la tête de l'employeur, la crainte est de voir la productivité des salariés baisser. Et, de son côté, le salarié en « tracances » peut redouter une multiplication des sollicitations des managers, y compris en dehors de ses horaires habituels de travail.

Il est clair que l’on assiste, notamment depuis le confinement et l’avènement du « Télétravail » qui a pu s’avérer bénéfique à certains égards mais comporter le risque d’engendrer une « connexion » permanente pour le commun des mortels actifs, établissant de facto une espèce de frontière qui s’est « floutée » de façon assez nette entre la vie personnelle et le travail, comme le déplorent certains analystes….

Pourtant, la France a été un des premiers pays à voter le « droit à la déconnexion » (sic), même si les effets ne sont pas encore probants car cet effacement progressif entre travail et vacances a déjà atteint certains salariés « contraints » ou tout simplement « addicts » :  en témoignent l’explosion du « Burn out » (syndrome d’épuisement professionnel, comme pourrait dire les vrais francophones du Québec) constatés dans un nombre conséquent d’entreprises…

Allez, la véritable thérapie consiste à éteindre son portable, à ranger son clavier dans l’armoire et à partir « piquer une tête » dans la « belle bleue » ou tout simplement aller découvrir les chemins de randonnées, car c’est ça la vraie évasion : plutôt les vacances de Monsieur Hulot que celle de Monsieur Boulot. ...mais ce n’est qu’un avis personnel, bien sûr…

CLIMAT DE FRANCE OU UNE HISTOIRE DE TEMPS

 

Editorial du 25 Août.

A ceux qui,  au printemps dernier,  se posaient la question de savoir si l’été 2022 serait chaud contrairement à l’année précédente où il s’était avéré mitigé : la réponse est sans appel : la saison estivale (encore qu’elle soit loin d’être terminée) a battu un joli record, avec pas moins de trois épisodes caniculaires marquants depuis le début de juillet….

Il n’est pas hasardeux de confirmer qu’il a représenté sur cette seule année plus de 8% des vagues de chaleur enregistrées depuis 1947 !  Ce qui lui fait occuper la deuxième place du podium, juste derrière la fameuse année 2003 qui avait tant marqué les esprits….

En outre, cet été 2022 a surtout été marqué par une série d’évènements jusqu’à présent inhabituels dans certaines régions de l’Hexagone : en témoignent les incendies à répétition et difficilement maitrisables qui ont ravagé la région d’Arcachon ou encore celle des Monts d’Arrée en Bretagne sans oublier une tornade qui a dévasté en août une partie de l’Ile de Beauté !

Des phénomènes jugés anormaux et porteurs de nombreux dégâts dans ces contrées jusqu’alors épargnées par des avaries climatiques de cette ampleur amenant au constat d’une élévation brusque du mercure dépassant par exemple les 39° à Brest ou au Touquet : du jamais vu jusqu’alors….

Aux quatre coins de notre Hexagone, on s’est vu contraints de subir ces interminables et éprouvantes journées caractérisées un soleil de plomb, dépassant allègrement les 40° le jour et près de 26 ° la nuit, et sans le moindre souffle de vent , bien sûr…Dur pour tout le monde : les vacanciers, les inactifs et bien sûr ceux qui travaillent…

Au nord comme au sud de la Loire, on a autant étouffé dans les villes que dans les campagnes, avec l’émergence d’une sécheresse équivalente voire supérieure à celle de 1976 et paradoxalement :  les moissons vont être plutôt bonnes sans avoir eu à affronter les incendies violent subis notamment l’an dernier sur nos plateaux fertiles…

La mise « entre parenthèse » de la crise sanitaire a en outre permis l’exode massif des vacanciers à destination de l’ensemble de notre littoral, profitant des délices d’une eau tutoyant les 28° à Antibes tout en constatant les 22 ° sur les plages de la Manche !  Ainsi, en Normandie, même les plus frileux ont pu se jeter à l’eau sans le moindre état d’âme, c’est dire !

En définitive, que l’on se trouve à la mer, à la montagne ou à la campagne, personne n’a grelotté, bien au contraire…partant souvent à l’assaut des fontaines, brumisateurs, ventilateurs et autres éventails en attendant des journées plus clémentes au cœur de nos villes et autres villages…

La France en particulier, comme l’Europe en général a donc chaud et ces épisodes caniculaires qui sont largement rediffusés chaque année (comme une série à la télé)  interpellent plus que jamais l’ensemble de nos concitoyens…

La thèse du réchauffement climatique a été remise en avant plus que jamais à la suite de ces différents évènements vécus, génératrice de querelles sur son existence entre différents protagonistes que l’on peut classer en deux écoles :

-       La première, celles des « climatosceptiques » qui ne croient guère à un « dérèglement climatique », arguant du fait que ces épisodes de chaleur ont toujours existé au cours de notre longue histoire

-        La seconde,  composée de membres de la communauté scientifique (les fameux rapports alarmistes du « GIEC » sont là pour nous faire des piqures de rappel) mais également celle des « lanceurs d’alerte » dominée par les acteurs politiques, associatifs à la conscience écologique affutée qui ne font que rappeler l’état d’une situation qui ne fait que s’aggraver au fil du temps jusqu’à devenir irréversible si nous ne faisons rien d’ici aux vingt prochaines années…

-       On serait tenté d’y rajouter une troisième « école » : celle des « indifférents », conscients de la réalité d’un réchauffement et d’un dérèglement climatiques mais optant pour une posture fataliste : les différentes conférences sur le climat (COP) porteuses d’espoir pour une prise de « conscience collective » et autres actions urgentes à mener finissent toujours par faire « pschitt » .

On accuse les pays riches et surtout leurs dirigeants d’être des adeptes de la procrastination en matière de lutte contre le réchauffement climatique: plutôt remettre au surlendemain ce que l’on peut faire le lendemain.

Malgré quelques mesures de politique préventive,  certains rapports d’expert mentionnent qu’actuellement les 10 % des plus riches de la planète seraient responsables de 50 % des émissions de Gaz à effets de serre, tandis que 50 % des plus pauvres n’en seraient responsables qu’à la hauteur de 10 %...

L’empreinte carbone moyenne des 10 % les plus riches serait 11 fois plus élevée que celle des 50 % les plus pauvres… Néanmoins, d’autres accusent des pays émergents (mais pas forcément pauvres, à l’instar de la Chine) du fait de leur industrialisation forcenée sont des responsables en première ligne de ce dérèglement forcené….

Sans chercher à trouver le coupable idéal, il est évident que la situation actuelle nous incite à admettre que si les pays occidentaux souffrent de la chaleur estivale excessive, d’autres sur le continent Africain ne cesse de voir s’accroitre le nombre de « réfugiés climatiques » au fil du temps qui fuient vers des contrées plus hospitalières (pour l’instant)….

Alors réchauffement climatique, réalité ou mythe persistant ?

En 1967, le célèbre historien Emmanuel Leroy-Ladurie publiait son « Histoire du climat depuis l’an Mil » un ouvrage docte mais accessible au plus grand nombre qui confirmait également que les épisodes caniculaires ont toujours existé et qu’ils alternaient avec des périodes de refroidissements plutôt sévères.

 Au cours de cette Histoire du Climat , les populations de l’époque vivaient et subissaient ces calamités climatiques, en étant imprégnées de croyances religieuses et des peurs millénaires (« la vengeance divine ») mais optant cependant pour une observation affinée de l’évolution du climat par le biais de l’état des récoltes (Vendanges, moissons) puis plus tard, de façon scientifique notamment avec l’observation de l’évolution ou de la régression des Glaciers….

Des observations factuelles qui auront trouvé tout leur sens jusqu’au XIXème siècle, puis la « Révolution industrielle » est passée par là et surtout à partir du XXème siècle, l’explosion démographique de la Planète, qui aura quadruplé, passant de 2 milliards au lendemain du deuxième conflit mondial à 8 milliards de nos jours,  entrainant la création de zones surpeuplées et de mégapoles  abritant généralement des populations qui ont contribué, à leur insu,  aux grands changements socio-économiques et biophysiques de notre bonne vieille planète Terre….

Emmanuel Leroy-Ladurie comme beaucoup d’autres de ses contemporains est convaincu de la véracité du réchauffement climatique et qu’il ne s’agit pas d’une lubie de scientifiques pessimistes mais comme encore d’autres, la mise en place de politique efficace pour freiner son inexorable progressivement est confrontée à de multiples problèmes, dont les deux plus importants seraient les croissance économique et démographique , jugées grande responsable de l’augmentation de Co2 dues à l’utilisation massive des combustibles fossiles…

On sait que ces deux types de croissance sont étroitement liés mais certains préconisent que pour trouver une solution au problème, l’idée serait de réduire de façon sensible l’un des deux….

Peut-être, mais on sait également que cela n’est que la partie immergée de l’Iceberg (qui fond toutefois lentement mais surement), le facteur démographique contributeur du changement climatique ne se limite pas au nombre de personnes car d’autres facteurs sont à prendre en compte (revenu, éducation, régimes alimentaires, éducation, lieux d’habitations , etc…) qui démontrent les inégalités criantes entre les pays riches ultra-consommateurs et ceux des pays en voie de développement….

En définitive, une équation à multiples inconnues reste à résoudre, à défaut de résolution du problème, continuons à prendre quant à nous de bonnes résolutions auto-préventives certes autant dérisoires que symboliques mais malgré tout, porteuses d’espoir, comme au lendemain d’une nuit de fin de canicule…

A méditer, en attendant le prochain Eté qui sera probablement…chaud…

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