UN COUP DE

BAGUETTE MAGIQUE



Philippe Dupont

Editorial du 7 décembre


Elle mesure en moyenne 80 centimètres de long et pèse autour de 300 grammes mais elle a tout d’une « Grande », surtout depuis qu’elle est inscrite au patrimoine immatériel de l’UNESCO, rien que ça… 

Je veux bien sûr parler de la « Baguette », l’un de nos trésors nationaux mais qui donne parfois l’impression d’être un « chef d’œuvre en péril » surtout depuis que sa conception et sa commercialisation se font au niveau industriel au détriment de l’artisanat (encore représenté par 33 000 entreprises mais qui continuent de disparaitre progressivement).


D’où cette volonté de la corporation des artisans- boulangers de présenter la candidature de la baguette de pain à l’inscription à l’Unesco, avec le dessein de maintenir ce qui a fait sa réputation depuis toujours et pas seulement en France mais également dans le reste du monde où elle a su acquérir une renommée certaine…


Il a fallu cinq ans de travail acharné et minutieux à la CNBPF (Confédération Nationale de la Boulangerie Pâtisserie de France) et à son président, Dominique Anract pour mener à bien cet ambitieux projet et de pouvoir le présenter à Rabat aux instances représentatives de l’Unesco…

Mais il est évident que le « coup de pouce » du ministère de la Culture a été déterminant en choisissant ce dossier pour représenter la France sans oublier l’appui de toutes les composantes de la filière, qu’ils soient céréaliers, meuniers, équipementier, etc..) mais également l’apport de deux comités de soutien, l’un politique menée par la Sénatrice Catherine Dumas et l’autre culturel dirigé par Bruno Laurioux, historien des cultures de l’alimentation.

 

« Défendre la baguette pour son inscription à l’UNESCO, c’est aussi assurer la pérennité d’une tradition et la formation de nos futurs professionnels » a déclaré Dominique Anract, notamment lors de son passage à la matinale de France Inter, la veille de son audition pour une durée maximale de 2 minutes et devant 1 000 personnes issues de l’ensemble des pays de la planète…


Il a donc remporté son pari, le président de la Confédération en décrochant cette inscription, le savourant même comme une baguette bien cuite tout en prenant en quelque sorte une belle revanche, lui le fils d’artisans-boulangers de Villeneuve sur Yonne qui a été exclu de son collège à l’issue de la Cinquième, car certains professeurs l’avaient jugé « cancre qui ne réussira rien dans la vie ».


En optant pour un apprentissage à Dijon, il a su trouver sa vocation et fait son université de la vie qui l’a même poussé à travailler aux Etats-Unis avant de s’installer à Paris puis de présider aux destinées de sa corporation, transformé en véritable chef d’orchestre muni de sa baguette magique et adoubé par ses pairs tout en encourageant les bienfaits de l’apprentissage qui a touché plus de 24 000 personnes l’an dernier après avoir été si longtemps décrié…


Ainsi l’inscription de la baguette au Patrimoine de l’Unesco et le maintien d’une tradition et d’un savoir-faire indéniables est également la victoire des clients français qui sont pratiquement douze millions à croquer leur baguette quotidienne, fruit d’une simple alchimie mélangeant eau, farine, sel et levure mais dont la longue fermentation et la préparation minutieuse sont les clés de son succès…


Aux yeux du reste du monde, cette baguette « made in France » parfois porteuse de « clichés » (les français avec leur béret basque et avec la baguette sous le bras) a donc encore de beaux jours devant elle, malgré la concurrence industrielle précédemment évoquée et son prix (actuellement autour de 95 centimes environ) dont l’envol n’est pas à exclure au regard des difficultés économiques du moment qu’il faudra toutefois juguler tout en étant conscient qu’une augmentation est la condition sine qua none pour la survie des artisans boulangers et du fameux savoir-faire….




TANT QU'IL Y AURA DES ETOILES


Editorial du 19 décembre



 L'année du Tigre d'eau


Editorial du 31 décembre



Le compte à rebours est déclenché, plus que quelques heures nous séparent de la nouvelle année 2023 pour remplacer 2022 que le calendrier Chinois dénomme comme l’année du Tigre d’eau, porteuse de changement et symbolisant l’énergie, l’harmonie et la créativité…mais qui diffère de notre calendrier, puisqu’ayant débuté le 1erfévrier 2022 pour s’achever en fait le 31 janvier 2023….


Mais contentons-nous de suivre notre bon vieil agenda, évitant ainsi de faire un peu de rab calendaire et faisons un arrêt sur image de cette curieuse année qualifiée d’exceptionnellement chaude, sèche et ensoleillée, probablement l’une des plus torrides depuis un siècle….


Certains y verront la confirmation du réchauffement climatique qui hante lentement mais surement la conscience du commun des mortels, faisant même douter les climato-sceptiques tant ces épisodes caniculaires ne cessent de se répéter sous nos regards fatalistes malgré les moults avertissements et autres cris d’alarme lancés au cours des Sommets de la Terre tel celui qui s’est tenu cette année au Caire, aux portes même du Désert….


Chaud devant!


Serions-nous tentés de proclamer, découvrant l’actualité brûlante qui avait inondé nos chaines d’infos, lors d’un début d’année marqué par la Crise Sanitaire (encore) mais annonçant des jours meilleurs (levée du Pass Sanitaire et du port obligatoire du masque) mais se faisant rapidement voler la «vedette» par l’invasion de l’Ukraine décrétée par Vladimir Vladimirovitch Poutine, le «patron» du Kremlin dont les chancelleries occidentales espéraient qu’il ne revienne finalement sur sa décision….


C’était bien méconnaitre cet autocrate matois, toujours prompt à engager un rapport de force musclé avec un Occident déboussolé (comprenez l’OTAN) composé, selon lui de «mauviettes» aux ordres de Washington (comme aiment à claironner la plupart de nos complotistes français, …) mais qui a dû réviser très sensiblement à la baisse ses velléités de «Blitzkrieg» sur son ancien territoire frère, période URSS, pour tenter d’y déloger un ancien comédien recyclé en «chef de guerre» qu’il méprisait et dont il ne pensait faire qu’une bouchée pour finalement jouer entre bluff et menaces répétées qui ont mené à une longue guerre d’usure, dont on est plus trop sûr de connaitre le vainqueur après plus de dix mois de luttes acharnées…


Chaude également fut la campagne de la Présidentielle en France, où l’on aura assisté à l’irrésistible ascension d’un ancien journaliste politique devant le «chouchou» des médias et «habité» par un destin national et que certains observateurs voyaient déjà atteindre le second tour pour peut-être espérer l’emporter: on connait la suite, l’opération politico-médiatique fit un gros «pschitt» profitant finalement à celle qu’il voulait abattre, à savoir l’ancienne héritière de Montretout qualifiée pour un second tour qu’elle perdra une deuxième fois face à un Jupiter controversé et exempté de campagne mais bénéficiant d’un report de voix de certains de ses adversaires effrayés de façon exagérée par l’arrivée au pouvoir des «ennemis de la démocratie»…


Encore plus torride seront les législatives, où l’on aura vu un Jean-Luc Mélenchon qui après avoir échoué de peu au second tour après une remontada spectaculaire a réussi un coup de maître en reconstituant une «Union de la Gauche» jusqu’ici moribonde mais a fini par trébucher une fois de plus en demandant aux Français de l’élire «Premier Ministre»! Une première dans l’histoire de la Vème République mais probablement une dernière…


Bouillant sera l’ambiance lorsque l’on apprendra que le Rassemblement National envoie près de 90 députés au Palais-Bourbon, brisant pour la première fois le «fameux plafond de verre» qui avait pourtant résisté à la Présidentielle et privant ainsi les troupes Macronistes d’une Majorité Absolue mais finalement peu inquiété par une Opposition certes majoritaire arithmétiquement mais trop hétérogène et contradictoire pour espérer renverser la table...

Canicule en juillet-août en Europe où l’on vu des régions tempérées comme la Bretagne afficher des températures supérieures à 40° tandis qu’au Pakistan, des inondations gigantesques ont submergé une grande partie de ce vaste pays asiatique…


Des évènements politiques ont également chauffé les esprits: la défaite du très populiste Bolsonaro au Brésil face à son meilleur ennemi Lula tandis que la non moins populiste Giorgia Meloni a fini par s’imposer de l’autre côté des Alpes tout en se réclamant du Post-Fascisme… La perfide Albion a perdu son plus grand symbole unitaire (surtout en période de Brexit), Elizabeth II et changé le nom de son hymneentonnant à présent «God Save the King»…


Une ambiance chaude s’est enfin invitée en fin d’année sur un petit territoire du Golfe Persique aux richesses excessives et à la réputation sulfureuse qui a organisé une Coupe du Monde de Football aux portes du désert, sujette à de nombreuses polémiques et autres tentatives de boycott, mais au vu de l’exceptionnel parcours de l’Equipe de France, n’ayant échoué que d’un cheveu pour conserver son titre, la ferveur des supporters en doudoune à Paris a finalement fait oublier tout le reste sur fond de clim’ marchant à plein bloc….


L’année finit donc comme elle avait commencé: sur fond d’incertitude, avec le COVID qui fait de la résistance dans nos contrées tandis qu’il explose chez ce géant au pied d’argile qu’est la Chine moins experte en désinformation , la Grippe qui peut saper certains réveillons sans oublier la réapparition d’ une «revenante» qui avait fait les beaux jours des années 70 et qui a pour nom «inflation» affolant nos porte-monnaie et poussant nos concitoyens à adopter un nouveau concept, celui de la sobriété énergétique…


Entre le chaud et le froid, bonne année à tous….







Jusqu’au bout, on a cru au miracle mais à l’issue d’un suspense insoutenable, l’Equipe de France de Football, tenante du titre n’a pas réussi à conserver son trophée de 2018 et rajouter une troisième étoile sur son maillot, la cédant à une Argentine qui attendait son heure depuis 36 ans et qui a remporté cette fameuse guerre des nerfs que constitue cette cauchemardesque séance de tirs aux buts…


Un ultime exercice qui ne sied décidément guère aux Bleus qui avaient déjà trébuché en 2006 lors de la Finale contre la Squadra Azzura, la privant alors d’une seconde étoile…

Cependant, cette fois-ci, la défaite d’un cheveu revêt un caractère bien plus honorable que la précédente (marquée à l’époque par le fameux « coup de boule » de notre ombrageux Zizou) tant les rebondissements furent nombreux, à l’instar d’une comédie de boulevard mijotés avec les ingrédients d’une tragédie grecque….


D’abord ce score étonnant de 3-3 avec prolongations et 4 tirs au but à 2 en faveur des hommes de l’Albiceste qui auront largement dominé le match les 80 premières minutes, asphyxiant dans tous les compartiments du jeu nos Bleus auparavant si incisifs.


Dès lors, le duel au sommet promis entre Messi et Mbappé promettait de tourner au plus court : en l’espace   d’une demi-heure de jeu, la tenante du titre avait déjà pris 2 buts !

Pour faire court, la Bérézina risquait d’engloutir la partie Française du terrain climatisé de Doha jusqu’à ce qu’un certain électrochoc provoqué par le premier penalty réussi par Mbappé ne redonne espoir  à toute son équipe qui avait jusqu'alors des bleus à l’âme avant de crucifier quelques minutes plus tard le portier Argentin et de remettre ainsi les compteurs à zéro, laissant complètement interdit les hommes de Messi…Caramba !


On connait la suite, le match avait pris  d'emblée une toute autre tournure autant frénétique qu’haletante, avec un pas en avant, un pas en arrière comme pour un bon vieux tango avant qu’  un nouveau but argentin (contesté par certains mais validé toutefois) ne soit contrarié par un autre but français, le troisième du même Mbappé qui pouvait ainsi espérer rejoindre son père spirituel Pelé en réalisant un  légendaire doublé tandis que l’ultra-capé Messi devait se résoudre à voir  le titre suprême lui passer son nez une fois de plus, le seul qui manquait pourtant à son glorieux palmarès…


Oui, mais, on le sait le football n’est pas une science exacte, comportant nombreuses inconnues dont la solution n’est parfois trouvée qu’à l’ultime coup de sifflet de l’arbitre, qui peut vous faire passer en une fraction de seconde de l’ivresse du vainqueur au spleen du vaincu…


La France a fini par se classer dans la catégorie du perdant, trébuchant à la séance des tirs au but, laissant au passage un Mbappé « ailleurs » et hermétique aux tentatives de consolation d’un Emmanuel Macron (dont l’attitude a été critiquée par ses adversaires, mais entre nous, dans le scénario inverse, les mêmes détracteurs l’auraient accusé de récupération) avant de proclamer un requinquant « Nous reviendrons » tandis que son complice du PSG Messi savourait son sacre avec délectation, d’ailleurs plus très sûr de vouloir prendre sa retraite comme annoncé antérieurement…


Dure loi du sport donc mais beau parcours pour ces deux équipes dont beaucoup d’observateurs ne voyaient pas aller si loin dans la compétition, notamment la France avec son lot de blessés et probablement victime comme tant d’autres de la « malédiction du sortant » quand de fins analystes, probabilités à l’appui nous expliquaient qu’une finale Brésil-Angleterre était écrite….


Belle ambiance également pour un peuple Français, d’abord partagé avant la compétition sur l' attitude à adopter sur un éventuel Boycott et sa perplexité quant aux performances de son équipe nationale et qui,  au fil des succès rencontrés a retrouvé (voir dépassé) l’esprit de 1998, gagnant en ferveur pour finalement troquer son registre défaitiste pour un  plus cocardier, et ne jurant plus que par « une troisième étoile sinon rien », un verre de bière à la main en entonnant avec fougue le premier refrain de la Marseillaise…


Cette fois-ci, pas 68 millions de « sélectionneurs » pour contredire Didier Deschamps dans ses décisions mais bien 68 millions de supporters, en témoignent les audiences télévisées (29 millions de téléspectateurs en fin de match, du jamais vu...)


Alors, Football, opium du peuple et regain patriotique le temps d’une compétition ?


Probablement oui, mais bon, ne boudons pas notre plaisir en ces temps incertains, en savourant ce doux moment d’allégresse, que ce soient chez les vaincus comme chez les vainqueurs, ces derniers autant enivrés par leur « exploit » sportif que par le rythme affolant de l’hyper-inflation qui hante les rues de Buenos Aires….