LA GRANDE FROUSSE (EDITO DU 10 MARS)

En 2017, Astérix et Obélix, les deux plus célèbres de nos héros de BD affrontaient le pilote de char Coronavirus, ce dernier assisté de son fidèle Bacillus dans « Astérix et la Transitalique ». Certains internautes avertis ont malicieusement sorti des archives cette anecdote, sorte de clin d’œil au SRAS (Syndrome Respiratoire aigu sévère) qui avait sévi en 2003, dont l’origine se situait déjà en Chine pour se propager vers le Vietnam voisin, affectant près de 8000 personnes et provoquant la mort de 600 d’entre eux….

L’histoire se répète mais avec une plus grande ampleur cette fois et depuis plus d’un mois, ce nouveau Coronavirus, appelé COVID-19, qui a  commencé à sévir dans la province de Wuhan, en Chine ne cesse de gagner du terrain à travers le monde, provoquant des sentiments contradictoires selon les populations concernées :  mêlant de la crainte, de l’indifférence ou de l’attentisme….

Comme le SRAS quinze ans plus tôt, le COVID-19 est apparu au cœur de ce que l’on appelle à présent « l’Usine du monde » : la Chine, devenue depuis cette époque la deuxième puissance économique mondiale sur la forme mais qui demeure un pays émergent et  est toujours dirigée par une implacable oligarchie communiste qui cultive le goût du secret sur le fond, mais cette fois-ci, l’ampleur de contagion du virus a contraint les autorités de Pékin à prendre des mesures drastiques pour tenter de  le freiner .

Les quelques cinquante six millions de la région industrielle de Hubei ont donc été mis en quarantaine (et le sont d’ailleurs toujours), des infrastructures nouvelles (hôpitaux) ont été mis en place pour montrer au reste du monde que le gouvernement de Pékin contrôlait la situation.

 

Nous autres occidentaux avons regardé ce phénomène  de façon plutôt détachée, mais  l’arrivée des premiers cas constatés chez nous auront commencé à susciter des inquiétudes croissantes : les plus imbéciles de nos contemporains y ont vu une nouvelle incarnation du « péril jaune », n’hésitant pas à invectiver dans la rue quelques membres de la communauté chinoise, les jugeant responsables de ce début d’épidémie….

La rapide et brutale contagion intervenue en Italie a commencé à angoisser nos compatriotes, sachant que le virus franchirait alors les Alpes et que la fermeture des frontières, contrairement à ce que pense Madame Le Pen et ses alliés n’a jamais empêché une inéluctable propagation….

 

En un mois, le Coronavirus a touché plus de 100 000 malades à travers le monde et tués plus de 3 000 Personnes, dont plus de 80 % en Chine mais il croît à présent moins que dans le reste du monde : en Corée du Sud, en Iran ou en Italie, le nombre de victimes ne cesse de s’allonger et les autorités locales, à défaut de remède rapide ne peuvent mettre en place que des mesures de prévention (quarantaine, hygiène renforcée, absence de contacts physiques avec autrui) …

La France n’échappe pas à la règle : le virus occupe la une de l’actualité, supplantant même le feuilleton de la réforme des retraites et surtout celui des municipales qui pourtant auront lieu ce dimanche. Toutes les régions de l’Hexagone sont à présent touchées mais certaines plus que d’autres : les Hauts de France (dont l’Oise) et le Grand Est (partie Alsacienne) vivent à l’heure de l’isolement : écoles fermées, réunions ou manifestations annulées, etc…

 

Depuis une semaine, alors que notre voisin Italien, à présent le plus touché après la Chine, a décidé de mettre tout son territoire « en quarantaine », nous nous approchons lentement mais surement de la phase 3, celle qui nous amène vers un pic de l’épidémie : le nombre de cas augmente de façon constante et malheureusement celui des victimes aussi, même s’il est moindre que chez nos amis Transalpins.

Nous savons déjà que cet insolite virus continue de faire plonger les bourses mondiales, laissant poindre quelques signes sensibles de baisse de croissance économique que les plus alarmistes assimilent au choc de 2008, tandis que d’autres relativisent en invoquant plutôt une « sorte de mauvaise grippe économique et sociale » qui impactent les rouages économiques majeurs tel le tourisme, les PMI-PME, le transport aérien et même le sport, sorte d’opium du peuple dans les moments de doute….

La question que tout le monde se pose : quand cela s’arrêtera-t ’il ? Nul ne le sait. Chaque soir, le très didactique Professeur Salomon, directeur général de la Santé publie son bulletin sur l’évolution du virus dont on ne peut que déplorer que l’inexorable progression tandis que le nouveau ministre de la Santé, Olivier Véran qui a su trouver ses marques très rapidement ne cesse de marteler nos concitoyens de bons conseils en matière de prévention (y compris a ses collègues du gouvernement dont certains ont même été touchés) …

L’Organisation Mondiale de la Santé, les différentes unités de recherche continuent à se concerter pour enrayer ce nouveau « mal du siècle » mais la capacité à trouver un remède rapidement reste une équation à plusieurs inconnues.

Une chose est certaine, ce maudit Coronavirus a chamboulé l’ordre du monde : la Chine triomphante hier vis-à-vis des anciennes grandes puissances économiques a marqué des signes d’essoufflement et le ralentissement  voire l’arrêt brutal de son activité a fait prendre conscience à nos pays que notre hyper-dépendance (en matières d’approvisionnements automobile, textile ou informatique) risquait de mettre à mal un bon nombre de nos PME, à la trésorerie fragile  et même de certains grands groupes ne pouvant vivre ad vitam aeternam sur leurs stocks anciens….

Ce qui interpelle certains sur la nécessité de « relocaliser » dans nos chers et vieux pays mais qui pourrait impliquer un changement de mentalité chez nos contemporains, qui fustigent les méfaits de la mondialisation (fermeture d’usine) tout en en profitant allègrement (le low coast, sorte d’amuse-bouche de la surconsommation).

D’autres s’interrogent sur la durée de ce mauvais feuilleton : très court, il ne ralentira que partiellement l’économie mondiale, plus long, il pourrait constituer un véritable choc économique, semblable à la crise de 2008, mais tout cela ne reste qu’un vaste champ d’extrapolations et de remue-méninges pas forcément salutaires.

Paradoxalement, cette période anxiogène a mis en exergue les différents problèmes notamment en matière d’écologie : une Chine qui ne fait plus tourner correctement ses usines et met en quarantaine ses habitants permet de faire chuter la pollution de manière sensible……

Tous les gouvernements sont sur le pied de guerre, même Donald Trump qui a troqué ses formules narquoises par un ton plus grave et surtout plus responsable. On sait généralement que le retour des beaux jours peut influer sur l’éradication d’un virus, à défaut de trouver un vaccin rapide mais on sait également que les prévisions météorologiques sont comme l’économie : une science souvent inexacte…….

HUIS CLOS (EDITO DU 18 MARS)

« Nous sommes en guerre ! »

 

Cette phrase, le chef de l’Etat l’a prononcée six fois lors de son allocution radio-télévisée tant attendue. Le ton était martial mais convaincant tant l’heure était devenue grave : Emmanuel Macron avait revêtu les habits du général en chef qui, du fait de son âge, rappelait un Bonaparte prêt à en découdre avec les ennemis de la nation et en même temps (doux Macronisme) ressemblait au Grand Charles dans les heures sombres de 1940 appelant ses contemporains à mener le combat jusqu’à la victoire….

Mais ici, comme chacun sait,  l’ennemi n’est ni l’Anglais ni le Teuton, mais un curieux virus venu de l’Empire du milieu et qui a opéré une véritable razzia dont notre Europe est l’épicentre mais qui a fini par faire tache d’huile aux quatre coins du globe….

Depuis un mois, le nouveau Coronavirus était au cœur de toutes les discussions et de toutes les angoisses, tant son inexorable propagation devenue exponentielle laissait augurer des lendemains funestes si rien n’était acté efficacement pour l’endiguer….

L’organisation contestée du premier tour des élections municipales, bien qu’approuvée par une grande partie de la communauté scientifique mais également par  le forcing des réseaux d’influence et de la plupart des dirigeants politiques mais surtout l’indiscipline voire l’insouciance de certains de nos compatriotes, amassés dans des parcs pour profiter des signes avant-coureurs du soleil printanier ont provoqué l’agacement de l’Exécutif qui a donc décidé de décréter le confinement de 67 millions de français, à l’instar de nos voisins Italiens, Belges ou Espagnols…

Le Président Macron n’a pas utilisé le terme « confinement » préférant le vocable plus rassurant de « restriction ». Certains observateurs tâtillons se sont d’abord attardés inutilement sur le côté sémantique pour finalement approuver cette mesure très coercitive mais à la finalité évidente : stopper la progression de cet ennemi invisible si nocif à défaut de l’éradiquer complètement….

De toute façon, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner a bien confirmé qu’il s’agissait « d’une quarantaine généralisée », une première dans l’histoire de la République, avec des conséquences lourdes pour notre quotidien : économie au ralenti, fermetures des frontières de l’espace Schengen, suspension des liaisons ferroviaires et aériennes, fermetures de nombreux établissements publics, sportifs,  culturels et commerciaux et de facto restriction de certaines libertés : tout rassemblement interdits,  annulation de nombreuses manifestations, limitation de la liberté de circuler, etc….

Dans ces sacrifices imposés pour une durée initialement prévue de quinze jours, certains esprits ont pu approuver paradoxalement le « gel des réformes » contestées (assurance chômage, retraite) ou encore le prolongement de la trêve hivernale…D’autres y ont vu les signes encourageants d’un recentrage économique : retour à la relocalisation de certaines activités industrielles qui avaient été trop bercées par les sirènes de la mondialisation….

Bien avant l’annonce présidentielle, on a pu assister aux sempiternels mouvements de panique qui incitent certains de nos contemporains à dévaliser les rayons de supermarché tel le riz, les pâtes, les bouteilles d’eau ou encore le papier hygiénique !

D’autres ont fui la Capitale ou les grandes métropoles pour s’exiler à la campagne prenant le risque de déporter le virus vers des contrées jusqu’à présent épargnées au sein de trains peuplés d’éventuels « contaminants » ne pouvant plus observer de facto, les consignes élémentaires de sécurité….

Peu de temps avant le « couvre-feu » décrété le 17 mars à 12h00, on aura vu des files ininterrompues sur les parkings de grande surface, des pharmacies en alerte et des quidams plus ou moins distants de leur voisins ou affublés d’improbables masques de protection….

Et puis, le souffle léger du silence s’est abattu progressivement sur l’Hexagone : les rues se sont vidées, les quelques 100 000 gendarmes se sont déployés, faisant d’abord de la pédagogie auprès des rares passants non munis de leur attestation, les rues se sont complètement vidées et le civisme et la responsabilité ont pris le dessus et c’est une bonne chose….

Dans son point de presse quotidien, l’excellent Professeur Salomon, directeur général de la santé, à l’unisson avec ses confrères et de l’exemplaire personnel hospitalier, s’est félicité de cette attitude responsable qui contraste avec la réputation d’indiscipline qui nous caractérise généralement et c’est tant mieux car le dessein est de ne plus encombrer inutilement les services d’urgence, dont certains (notamment dans l’Est) sont débordés….

Mais ce facteur rassurant peut trouver ses limites dans la durée du confinement : en effet, rester confiné éphémèrement peut engendrer un retour à des fondamentaux : réapprendre à « s’ennuyer » comme naguère, insufflant une envie de parler, de jouer, de lire, de jouer la carte de la solidarité même à distance, mais au-delà d’une période plus longue, en sera-t ’-il de même pour des enfants privés physiquement d’école et de copains, des petites entreprises au point mort jouant leur survie, d’une économie sous perfusion qui laisserait présager, malgré les aides gouvernementales d’une récession mortifère (explosion de la dette publique, décroissance, chute du PIB)

Il est clair que c’est l’autodiscipline, le respect des règles de confinement et l’acceptation de quelques sacrifices qui en valent la peine tandis que les chefs d’état se concertent pour maintenir un cap de fermeté et de cohérence (Donald Trump a fini par jouer le jeu, Boris Johnson devrait le rejoindre pour ne plus se complaire dans le rôle de l’insulaire qui opte pour la méthode Coué: pas de brexit sanitaire !) tout en s’accrochant à l’espoir d’une résolution  à moyen terme par les équipes de chercheurs mobilisés pour mettre un terme à ce douloureux épisode sanitaire mais qui comme tout les tsunami fait beaucoup de ravages pour finir par redevenir d’inoffensives vaguelettes mais pour l’instant, après cet électro-choc, soyons réalistes : restons chez nous !!!!

PAR TOUTATIS, RESTEZ CHEZ VOUS ! (EDITO DU 25 MARS)

C’est une supplique qu’aurait pu adresser Astérix le Gaulois à ses descendants, peuple valeureux mais parfois ô combien indiscipliné. Soulagé que son co-géniteur Uderzo soit parti rejoindre son vieux complice Goscinny sans avoir attrapé ce maudit virus, il serait probablement confiné dans son village d’irréductibles guerriers, privé de chasse aux sangliers dans la forêt voisine et de paires de baffes à l’envahisseur romain avec la complicité de l’inséparable Obélix qui se tiendrait à un mètre de lui……

Les Généraux en chef Macron et Philippe n’ont pas encore décidé de prolonger réellement le confinement jusqu’à la fin avril, après consultation des autorités scientifiques. On devine cependant que la quinzaine n’est qu’une période probatoire, la pandémie étant encore loin d’avoir atteint son pic et que ledit confinement demeure le meilleur rempart à l’inexorable propagation à défaut de l’éradiquer, mais le temps peut faire quelque chose à l’affaire, comme on peut le constater dans le berceau du mal : la Chine…

La mort de plusieurs médecins victimes du devoir, l’augmentation vertigineuse des décès dans les EPHAD et malheureusement ce chiffre de plus de 1 100 victimes (uniquement celles recensées à l’hôpital, laissant présager un bilan en réalité beaucoup plus lourd, selon les dires du Pr Salomon) ont incité les autorités compétentes à instaurer durcissement de cette insolite quarantaine (sans aller jusqu’au confinement total) : interdiction des marchés, encadrement des sorties, amendes plus importantes en cas d’absence d’attestations…

Oh, bien sûr, il restera toujours quelques brebis égarées dans les territoires perdus de la République pour braver l’autorité voire le danger, il n’en demeure pas moins que les Français ont à présent compris la gravité de la situation, une des plus insolites que nous ayons vécue depuis fort longtemps. Les observateurs avisés continuent à craindre l’hypothèse du scénario Italien, le pays étant à présent le plus touché du monde, mais commençant à être talonné par l’Espagne et dans la ligne de mire : les Etats-Unis….

Si l’Europe reste l’épicentre, la planète tout entière est infectée, l’apparition du virus certes encore timide en Afrique ou encore en Inde pourrait avoir les effets d’une bombe à retardement….

Pendant ce temps, toutes les régions françaises sont touchées, dont notamment l’Ile de France qui craint une rapide saturation de ses capacités d’accueil des malades comme ce fut le cas pour le Grand Est. On craint également comme partout ailleurs la forte exposition du personnel médical qui se dévoue sans compter, épuisé mais ragaillardi par les applaudissements effectués chaque soir sur les balcons et fenêtres de nos villes….

Le consensus national sur cette « guerre » menée contre cet ennemi invisible mais implacable n’a pas empêché l’émergence d’un début de polémiques notamment la pénurie de masques, le faible niveau de dépistage opéré auprès des populations ou le manque de respirateurs. Sans oublier l’impuissance à trouver rapidement un vaccin ou un quelconque remède malgré l’émergence d’une synergie entre les différentes unités de recherche à travers le monde.

Certains membres éminents de la communauté scientifique sont omniprésents sur les plateaux télé pour faire de la pédagogie et de la prévention (« restez chez vous) mais préfèrent jouer la carte de la prudence quant aux remèdes miracle comme celui que préconise le professeur Raoult, savant iconoclaste Marseillais, autant admiré que critiqué, qui avec à son allure de druide Panoramix aurait trouvé la potion magique en procédant à des dépistages massifs suivis de  la mise en circulation de la Chloroquine, seul remède selon lui pour stopper net l’expansion du virus. Quelques personnalités locales lui ont emboité le pas en commandant les stocks « rédempteurs » sans tenir compte de la fiabilité au vu de l’insuffisance des essais clinique du « remède ». Wait and See...

Mais in fine, l’heure n’est pas à une quelconque querelle entre « anciens » et « modernes », à la cocasse réhabilitation de certains (Roselyne Bachelot, les agriculteurs) ni à celle de trouver un ou des quelconques boucs émissaires (les sempiternels pourfendeurs de l’exécutif, de l’Europe, du libéralisme, etc…) mais plutôt à une gestion de la crise au « jour le jour », de profiter du « confinement » pour nous remettre en question…

C’est vrai : cet épisode totalement inédit et dont nous ignorons encore combien de temps il durera nous a fait perdre certaines de nos certitudes, ranger au placard notre individualisme forcené et laisser présager la fin d’un cycle : peut être le réajustement d’un certain modèle économique dominé par la technologie et sa jungle d’algorithmes nous mettant en pleine figure que face aux éléments naturels, nous ne pouvons pas tout sauf de rester humbles et responsables….

En jouant la carte de la responsabilité et de la solidarité entre nous et les états (n’est-ce pas, Mr Trump et ses « alliés » ?), nous aurons plus de chance de trouver plus rapidement la sortie du tunnel, conscients cependant que nous ne sommes pas à l’abri d’un nouveau choc cette fois-ci économique….

Mais comme chacun sait, l’espoir fait vivre, espérant écrire le mot « Fin » à ce mauvais récit international et nous retrouver comme autour d’un banquet comme dans « Astérix », vous savez le petit Gaulois orphelin mais qui ne baisse jamais les bras….

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