LA NUIT FINIRA (EDITO DU 1 er Avril)

Philippe DUPONT

Philippe DUPONT

Certains soirs, les cloches des églises vides des villes et villages de France sonnent peu avant la tombée de la nuit à l’instar des habitants confinés fidèles à un rituel et qui applaudissent à 20 heures un personnel hospitalier qui fait souvent plus que son devoir en bravant l’odeur de la mort qui rôde…. Depuis deux semaines déjà, notre beau et vieux pays vit au ralenti, en régime de semi-liberté nécessaire comme près de la moitié de l’humanité d’ailleurs….

Certains seraient tentés de faire une comparaison avec la période de l’Occupation que connut la France entre 1940 et 1944 : un couvre-feu dans certains secteurs, une attestation à procurer comme naguère le Ausweis, le marché noir (les masques), le franchissement de la Zone libre (« les supermarchés »), des rues de Paris complètement désertes comme en Juin 40, des « corbeaux » qui « conseillent » à leur voisin issu du personnel soignant de déguerpir comme s’ils étaient des « terroristes », des « poches de résistance » qui s’organisent par ci par là et une grande majorité qui subit les évènements en attendant des jours meilleurs….

Clap de fin. Retour à la réalité. C’est vrai le moment que nous vivons un moment totalement aussi inédit qu’imprévisible malgré les dénégations des pseudo-prophètes ou tout autre « has been »de la vie publique qui tentent piteusement de faire le buzz dans un moment aussi délicat. Il y a un temps pour tout comme l’a rappelé le Premier Ministre Edouard Philippe, au cours de son intervention télévisée qui aura eu le mérite d’avoir employé un ton aussi grave que pédagogique  salué par ses adversaires les plus coriaces…On fera le procès de Riom après....

Notre propension franco-française à nous autoflageller ou encore à nous complaire dans des polémiques aussi stériles que vaines auront été vite balayées pour laisser la place à une prise de conscience collective : le respect d’une règle du jeu qui consiste à sortir victorieux de cette partie complexe en jouant la carte de la responsabilité de chacun et d’un civisme aussi exemplaire que possible.  Comme quoi un peuple certes indiscipliné et souvent rétif à l’autorité sait se transformer dans cette épreuve si coercitive…

Au fil du temps, un sondage laisse que le confinement était majoritairement supporté par une petite majorité de nos concitoyens, porteurs de vertus insoupçonnées : le retour à certains fondamentaux : le retour à l’entraide, au dialogue familial, à une certaine introspection sur le sens de notre vie, etc…

C’est vrai, on a pu aussi constater paradoxalement l’amplification de certains maux de notre société : la solitude et ses ravages, l'explosion des violences conjugales et familiales et les risques d’une poussée anxiogène suite à la boulimie télévisuelle exclusivement consacrée au virus laissaient remonter à la surface des odeurs nauséabondes dans ce marais d’incertitude….

En France, comme dans le reste du monde, on ne peut que continuer à déplorer l’inexorable progression du mal dont le pic n’est toujours pas atteint et dont nous ne pouvons dater précisément dans le temps. Pour l’instant la liste interminable des victimes prend le pas sur le nombre de personnes qui guérissent pourtant plus nombreux……

Certains évoquent déjà le déconfinement qui dépendra notre attitude civique d’une part et des progrès médicaux en la matière d'autre part, en sachant qu’il s’agit de facteurs à moyen terme (traitement, vaccin) tandis que le court terme (dépistage massif, désengorgement des hôpitaux) reste la priorité absolue pour voir la courbe de progression  enfin s’infléchir….

Ce qui est certain que cet épisode unique laissera des traces dans l’après-Coronavirus : le déconfinement et le retour à la normale se feront par paliers : au consomment ne succédera pas un grand raout sur les places publiques ou les grandes avenues pour fêter « la libération » mais plutôt une longue convalescence durant laquelle nous devrons être les acteurs de la reconstruction de nos quotidiens tant au niveau politique, sociétal, social et bien sûr économique. Au lendemain de ce très mauvais rêve, nous serons un temps les « paumés du petit matin » prêts à reprendre nos vies d’une façon nouvelle, humblement convaincus que durant notre long « quart d’heure de résistance » nous savions subconsciemment que la nuit finirait….

COCONFINEMENT (EDITO DU 8 AVRIL)

 « Mettez en place des routines et obéissez à ceux qui savent ». En ces temps incertains qui peut prodiguer un tel conseil : le gouvernement ? les autorités scientifiques, une quelconque célébrité ? Pas du tout :  ce conseil sort de la bouche de Mario Sepulveda, un mineur Chilien qui est resté 69 jours à 600 mètres sous terre en 2010 avec trente-trois de ses compagnons d’infortune à la suite d’un éboulement dans une mine de cuivre au cœur du terrible désert d’Atacama et qui retrouva la lumière du jour après un héroïque sauvetage….

« Mettez en place des routines pour ne pas vous ennuyer, il y a beaucoup de choses à faire ! », tient à préciser le rescapé de la mine. :  en entamant une quatrième semaine de confinement, une très grande majorité de Français comme d’autres nombreux habitants de la planète suivent ce conseil sans l’avoir forcément entendu. C’est vrai le contexte d’une pandémie planétaire est fort différent de l’héroïque épisode Chilien même si on espère in fine le même dénouement heureux….

De Valenciennes à Hendaye et de Brest à Menton, certains vantent les bienfaits du confinement : pas uniquement les misanthropes, les casaniers patentés ou autres bambins addicts au jeu vidéo n’étant plus obligés de répondre aux injonctions parentales de sortir pour profiter d’un doux soleil printanier, mais également ceux qui finissent par y trouver quelques vertus à cette quarantaine « at home » insolite : le retour à des « fondamentaux » jusqu’à présent rangés au placard : la cellule familiale 24 heures sur 24, l’instauration d’un système D, le retour de la solidarité, etc….

A contrario, d’autres y ont plutôt vu une « assignation à résidence », sorte de cauchemar pour tout claustrophobe, hyperactif, bobo addict à la « perf », sportif invétéré qui ne peuvent gérer trop longtemps leur « mental » sans oublier les « exclus » de la « France périphérique », souffrant déjà d’ostracisme et qui ressentent alors l’impression de subir la « double peine »

Au début, certains ont cru à un jeu de rôles, lu « Huis clos » de Sartre ou « la Peste de Camus » ou encore les « aventures de Robinson Crusoé », (l’histoire romancée du plus long confiné de l’histoire : 28 ans !), alliant tradition à la modernité (l’heure de l’apéro, mais à distance) de faire plus souvent le ménage et le repassage, de se remettre à la cuisine , d'ingurgiter toutes les séries sur Netflix, de débiter de la « blagounette » sur les réseaux sociaux, des « bons conseils pour occuper son temps », puis optant pour un certain relancement du « made in France », se lançant dans la couture artisanale (les masques)…

Puis le temps a passé et le provisoire s’installe dans la durée, au vu de la gravité de la situation : la pandémie restant toujours meurtrière sans que l’on n’y voie pour l’instant une réelle possibilité de sortir de ce « trou noir » dans les plus brefs délais.

De leur balcon ou de leurs fenêtres, les « confinés » applaudissent ceux qui sont dehors mais pour une belle et noble cause afin d’assurer la bonne marche d’un pays (nous soigner, nous nourrir, etc..)

Une incertitude et un sentiment d’inutilité qui peut habiter un grand nombre de « confinés » autant résignés qu’inquiets, mais comme le disent les médecins : vous vous croyez passifs, vous êtes en fait les acteurs majeurs de l’éradication de ce fléau en restant chez vous. Chacun sa « résistance » en temps de guerre….

Mais la lutte continue et la quarantaine va vraiment trouver sa signification. On passera « Pâques au balcon », le très Saint Père s’adressera à la « Ville et au Monde » mais à huis clos, certains prieront pour ne pas pouvoir sortir enfin de chez eux sans être obligés illico presto de devoir « mettre la clé » sous la porte, tandis que d’autres espéreront de pas trop subir les méfaits d’une économie sous « respirateur » …

Pour finir avec une lueur d’optimisme, on imagine la sortie prochaine du « Confinement pour les Nuls » afin de pouvoir dénicher de bons conseils en la matière tout comme il pourrait se créer un réseau de coaches pour "gérer son mental en milieu fermé" , comme disent les commentateurs sportifs. A n'en point douter, l’imagination et la dérision restent nos meilleurs atouts….

CYBER PAQUES (Edito du 14 avril)

Les Français ont dû se résigner à faire une croix sur leurs vacances de Pâques et doivent à présent poursuivre le confinement jusqu’au 11 mai prochain car la grande majorité n’espérait pas un quelconque miracle de levée de cette quarantaine inédite….

Durant cette période pascale si particulière, qui concerne aussi bien les chrétiens catholiques et orthodoxes que les juifs est autant symbolique que festive. Cette année, les évènements ont pris une toute autre tournure : on connaissait le dicton : en avril, ne te découvre pas d’un fil auquel il aura fallu rajouter : et surtout reste chez toi !

Pour cause de pandémie, les lieux sacrés qui rassemblent d’ordinaire des foules de fervents croyants se sont retrouvés aussi déserts qu’un ermitage enfoui sous les dunes du Hoggar. De Rome à Jérusalem et bientôt dans les lieux saints de l’Islam avec l’arrivée du Ramadan, une seule consigne : vivez votre foi mais à distance….

Le Pape François, à défaut de fidèles à ses côtés, en a profité pour délivrer un message plus politique que jamais sur tous les déshérités de la planète et pour une prise de conscience d’un monde qui tourne trop vite et qui laissent de plus en plus d’exclus sur la route…

Cette fête de Pâques ne nous a-t-elle pas fait découvrir un clergé souvent « connecté » et redoublant d’ingéniosité pour continuer à exercer son ministère, inventant une sorte de Messe assistée par ordinateur, avec en prime une nouvelle version de « Pâques Office » avec des paroissiens Prémium ?

Les récents scandales qui ont éclaboussé une Eglise décalée, souvent à la traîne en ce qui concerne les problèmes sociétaux ou donnant l’impression de pratiquer l’Omerta sur des déviances ancestrales de certaines de ses ouailles aurait pu ternir à jamais l’image d’une institution qui n’a cessé de déplorer la lente déchristianisation de notre société depuis l’après-guerre mais la technologie comme outil de communication peut constituer une sorte de réhabilitation, à défaut de résurrection….

On a ainsi pu constater que la nouvelle génération de prêtres n’était plus dans la lignée du curé de campagne de Bernanos, ascétique et souffreteux mais au contraire n’hésitant pas à jouer de temps en temps sur les paradoxes : porter la soutane tout en ayant un compte Facebook, Instagram ou même LinkedIn et se servir de leur IPhone pour réciter le « je vous salue Marie »

Donc après le télétravail, voici la messe en visioconférence pour des paroissiens confinés qui ont pu, comme les autres non croyants trouver des subterfuges pour maintenir les traditions qui font la joie de nos marmots : la collecte des œufs, hier disséminés dans les jardins, aujourd’hui dans les bacs à fleurs des balcons ou dans les recoins des appartements, « système D » oblige….

L’imagination au pouvoir tandis que l’angoisse de certaines corporations n’a fait que grimper : le surplus d’agneaux pascals non vendus ou des chocolatiers confrontés au même problème et qui ne font que s’ajouter à l’incertitude économique et des lendemains où il faudra tout repenser et peut être beaucoup reconstruire….

Emmanuel Macron, espéré comme le Messie est donc apparu à la télévision. Attendu au tournant, il a littéralement fait exploser l’Audimat, bien éloigné du traditionnel « Jours du Seigneur » et même d’une finale de Coupe du Monde : trente- six millions de fidèles captifs qui ont appris qu’ils devraient encore rester au bercail jusqu’au 11 mai et encore, à condition d’avoir une conduite aussi bonne que celle exercée jusqu’à présent !

La grande majorité des téléspectateurs attendait que le chef de l’Etat donne un cap à suivre après une longue période de navigation à vue (en étant toutefois soulagés de ne pas avoir à tenir le gouvernail eux-mêmes) et ont pu apprécier les nouvelles mesures concrètes dévoilées quel qu’en soit le coût en priant toutefois qu’elles puissent être tenues. Prions, ils feront le reste….

Les croyants pourront toujours se souvenir de Jésus, parti quarante jours dans le désert, tenté par le démon mais ne cédant pas, réactualisé en « Vade Retro, Coronavirus ! pour les autres, notamment pour les plus fragiles, la poursuite d’un chemin de croix entamé il y a déjà un mois, avec la possibilité à l’instar des pèlerins de Compostelle d’atteindre le Cap Finisterre qui débouche sur l’océan de toutes les espérances….

LES PARADIS PERDUS (EDITO DU 21 AVRIL)

Il est mort ce 16 avril à Brest, à la suite d’un problème pulmonaire n’ayant rien à voir avec la saleté du moment, dixit la famille, mais cette disparition de Daniel Bevilacqua à l’âge de 74 ans donne un coup de blues supplémentaire à une époque devenue plus incertaine que jamais et teintée de nostalgie concernant un authentique artiste qui aura traversé plusieurs générations, de celle qui avait l’oreille collée au transistor à l’actuelle, dévoreuse de téléchargement….


Né à Juvisy-sur-Orge, dans la banlieue sud de Paris, connue pour sa gare de triage, son observatoire et sa rue commerçante, Daniel Bevilacqua est le fils d’un chauffagiste et d’une couturière tous deux d’origine Italienne. « L’enfant du pays » n’avait d’ailleurs pas oublié sa ville natale en y faisant un concert gratuit en 2011. Retour aux sources….


A 14 ans, cet enfant du Baby-Boom qui grandit dans une France prospère mais conservatrice se nourrit de plusieurs rêves : celui de l’Amérique opulente et du Rock n’Roll né au début de ces années 50, du cinéma de quartier qui projette les films de Marlon Brando et de James Dean et enfin des bagnoles qu’il aime conduire en faisant des pointes de vitesse sur des avenues sans fin. Il prendra d’ailleurs le pseudo de Christophe, du nom du Saint-Patron des automobilistes, sorte de talisman pour ce dingue de vitesse qui finira perdre définitivement tous ses points : un relent de fureur de vivre….


Comme beaucoup de jeunes de banlieue de cette époque, il crée un groupe de Rock, apprend la guitare et l’harmonica et ne va pas tarder à faire son « trou » dans le milieu musical, à l’époque dominé par le phénomène « yé-yé » apparu au tout début des années 60 et largement sponsorisé par un journal et une émission de radio mythique : « SLC, Salut les Copains » animée par Daniel Filipacchi et Franck Ténot, sur les ondes d’Europe N°1.


Chaque soir, la radio périphérique de la rue François 1er attire de nombreux jeunes auditeurs et va lancer la carrière de certains chanteurs de l’époque. Une sorte d’ancêtre de la Star Ac’ et Christophe appartient à ceux-là : rapidement, il accède au vedettariat, évitant les périodes de vache enragée en enregistrant « Aline » qui devient un des tubes du moment puis dans la foulée « les marionnettes » qui rencontre un succès comparable. C’est l’âge d’or des Scopitones et des Juke-boxes qui crachent des décibels dans l’ambiance enfumée des troquets.

En 1966, le photographe vedette Jean-Marie Périer réalise la « Photo du Siècle » pour « SLC » : l’équivalent d’une photo de classe réunissant la plupart des vedettes du moment (certaines vont passer à la postérité tandis que d’autres tomberont dans les oubliettes), Christophe est discrètement accroupi en bas à droite, voisin de Richard Anthony tandis que Johnny Hallyday, pas encore le « taulier » domine tout le monde en haut du cliché…. Des copains et copines (de circonstance) qui reprennent des tubes anglo-saxons a contrario du dernier des Bevilacqua qui préfère chanter en Yaourt et en play-back car il a horreur d’apprendre par cœur….


Le plus dur dans le show-biz n’est pas tant de percer, mais plutôt de durer et Christophe va connaître plusieurs vies artistiques avec des hauts et des bas, les succès chevauchant les éclipses, il sera autant chanteur pour minettes, avec lequel il a « un succès fou » qu’artisan d’album à forte tonalité pop rock, mais on retiendra surtout l’oiseau de nuit, pas vraiment abonné aux horaires de bureau mais plutôt un franc-tireur, dans sa bulle (son appartement-studio, véritable laboratoire musical), se faisant rare dans les médias et privilégiant la qualité à la quantité.


Sa route croise celle de Jean Michel Jarre, futur pape de la musique électro-acoustique et des méga-concerts à travers le monde. Entre l’héritier d’une longue lignée de musiciens et l’explorateur de nouvelles contrées mélodiques, l’entente est parfaite et donne naissance à deux chefs d’œuvre écrits par Jarre : « les paradis perdus » et bien sûr « les mots bleus » fruit de longues nuits d’expérimentation et de recherche qui récompenseront un grand succès critique et public, le travail du perfectionniste voire maniaque Christophe et celui du parolier inspiré qui sait faire glisser avec délice, les mots sur une partition….


Cinquante-cinq ans de carrière au compteur pour ce « véritable couturier » de la chanson, comme l’a mentionné Jean-Michel Jarre lors de son éloge post-mortem et qui résume bien le long parcours d’un artisan de la musique, ne cédant jamais à la facilité et toujours exigeant avec lui-même pour produire de la belle ouvrage….


Certains y ont vu une sorte de Bowie ou de Lou Reed à la Française mais ce genre de comparaison est souvent autant hâtif qu’hasardeux, en fait l’homme était surtout lui-même pouvant cependant avoir emprunté les mêmes chemins de traverse qu’un William Sheller, Gérard Manset ou Jean-Louis Murat, à savoir vivre sa passion sans faire de concessions et finalement laisser une empreinte indélébile dans la galaxie musicale….

LE HUSSARD SUR LE TOIT (Edito du 29 Avril)

Ce mardi 28 avril à 15 heures, il est apparu à la tribune de l’Assemblée nationale face à un hémicycle où siégeaient seulement 75 des 577 des députés pour cause de confinement.

Le Premier Ministre, Edouard Philippe, puisqu’il s’agit de lui, avait l’air concentré, un peu tendu car il se savait attendu au tournant : celui d’expliquer avec précision les modalités de la levée dudit conditionnement prévu comme chacun sait le 11 mai prochain et qui suscitait de nombreuses interrogations voire de multiples sources d’inquiétude dans la majorité de la population….

La pression était d’autant plus forte que certains observateurs, qu’ils appartiennent à la sphère politique ou bien médiatique avaient cru noter l’émergence de désaccords profonds entre les deux têtes de l’exécutif quant à la marche à suivre pour sortir de cette crise majeure….

Mais Edouard Philippe n’est pas homme à capituler, ni devant les critiques de l’opinion, ni devant celle d’une opposition certes divisée et acide et encore moins celle d’un Président de la République, Emmanuel Macron même s’il sait que le chef de l’Etat, son patron peut décider du jour au lendemain de mettre un terme à son CDD à Matignon….

Mais après tout, l’un comme l’autre est confronté à la même problématique : leur fonction est autant précaire qu’ingrate et les trois premières années d’un quinquennat bousculé par la rude épreuve du terrain se voit à présent submergé par un océan d’incertitudes provoqué par un maudit virus qui tétanise également une grande partie de la planète….

Alors que Jupiter est redescendu de l’Olympe jouant à présent la carte de l’humilité et du mea culpa, son dévoué obligé, a énoncé avec précision les grandes lignes du déconfinement, en précisant d’emblée que la date du 11 mai n’était que le début du commencement d’une levée d’un confinement.

Ce dernier aura tout de même duré deux mois et pourrait être prolongé si les conditions n’étaient pas réunies : baisse trop lente des hospitalisations ou trop grand relâchement de la population jusqu’à la date butoir, douchant au passage les espoirs de libération qu’avait espéré une grande majorité de la population et que certains avaient cru comprendre dans le précédent discours du chef de l’Etat….

Le chef du gouvernement a donc énoncé trois grands principes de cette sortie de crise : protection de la population, tests massifs à faire (plus de 700 000 par semaine) et isolement des personnes vulnérables car le 11 mai ne constituera que le premier jour pour chacun d’apprendre à vivre avec le virus et que les actions à mener devront être progressives car le risque d’une seconde vague plane au-dessus de nos têtes fragiles comme l’épée de Damoclès….

On l’a vu, le virus a frappé impitoyablement quelques régions (surtout l’Ile de France et le Grand Est) tandis que d’autres ont été plutôt épargnées même si elles ont été soumises aux mêmes de quarantaine que les autres. En bref, la France coupée par une diagonale Le Havre/Marseille : l’Ouest et le grand Ouest étant préservé à contrario d’un Nord et d’un grand Est rudement contaminé, un département du Cantal vierge de tout décès tandis que la Seine Saint Denis en déplore de trop nombreux….

D’où l’idée d’établir une carte de France coupée en deux zones : une Rouge, avec les départements à risque donc à surveiller de près et une Verte, dont les modalités de déconfinement seront d’emblée assouplies tant au niveau économique que social.

Le Premier Ministre a réussi son grand oral, son plan a été adoubé par la majorité ce qui n’est pas une surprise, tandis que l’opposition a voté contre ou s’est largement abstenue, à l’instar d’une droite qui fustige autant qu’elle approuve finalement….

Mais le plus dur reste à faire, l’opinion a certes bien accueilli ces mesures à opérer par pallier, sachant que la reprise se ferait lentement mais sûrement tout en restant sceptique sur deux points : la rentrée scolaire que beaucoup auraient préféré différer à la rentrée et la mise à disposition de masques pour tout le monde, véritables sésames pour circuler avec sécurité et qui aura constitué une véritable épine dans le pied dans l’action d’un gouvernement tiraillé entre une attitude en « même temps » volontaire et brouillonne……

Une chose est sûre : rien ne sera plus comme avant après cet épisode autant exceptionnel que d’une longévité encore pleine d’inconnues et qui aura été un révélateur sur notre capacité à l’affronter. Notre indécrottable indiscipline, notre sympathique mentalité « d’anar de comptoir » prêt à en découdre avec le pouvoir jugé faible ou insuffisant ont finalement été rangés au placard pour le bien commun, mais le râleur toujours mécontent de son sort serait-il devenu pour autant pragmatique sous la contrainte, seul l’avenir nous le dira, le passé nous ayant appris que nous savions rebondir lors de nos périodes les plus sombres….

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