L'ARBRE DE MAI (EDITO DU 6 MAI)

Indifférente au temps qui passe, une tradition ancestrale comme celle de l’Arbre de Mai continue d’être célébrée un peu partout en Europe, y compris en France notamment dans le Sud-Ouest et en Bretagne. Au premier jour du cinquième mois de l’année que l’on assimile traditionnellement à celui des frondaisons et de la fécondité, on plante ainsi un arbre rendant hommage à dame Nature, synonyme de renaissance et d’espoir….

« En mai, fais ce qu’il te plait » dit l’adage bien connu qui incite chacun d’entre nous à profiter des douceurs printanières, des délices du farniente et de la convivialité : apéro à la fraiche, barbecue dominical ou encore évasion frénétique vers des lieux attractifs….

En plus, lorsque le calendrier est favorable, c’est le mois « de la paresse » diront les besogneux dépités : à commencer par le premier jour du mois : un jour chômé mais que l’on nomme curieusement la fête du Travail…puis une semaine après, c’est l’armistice du 8 mai 1945 puis le Jeudi de l’Ascension et parfois le Week end précédent le lundi de Pentecôte, ce dernier ayant failli passer à la trappe pour cause de solidarité….

Donc, la possibilité de faire un break, voire de faire le « pont » que dis-je parfois des « viaducs », des mini-vacances qui donnent un avant-goût des grandes migrations estivales avant l’heure……

Un mois qui a donné de l’inspiration à nos plus grands artistes, notamment les regrettés Charles Aznavour qui « aimait Paris au Mois de mai » ou Claude Nougaro, Toulousain qui rendait hommage au « Paris Mai ». Ce Paris rempli de touristes venus du monde entier dont certains peuvent entendre le sifflement des balles sur la terre battue du stade Roland Garros….

C’est l’époque des premiers festivals, dont le plus prestigieux, celui sur la Croisette de Cannes avec tout le gratin en smoking et robe de soirée qui arpentent fièrement le tapis rouge dans une ambiance surchauffée et glamour….

Arrêt sur image, puis rembobinage : tout ce qui vient d’être énoncé n’aura pas lieu cette année pour cause de déconfinement : les Français ne sortiront pas des rudesses de l’hiver mais plutôt d’une incroyable hibernation étant prêts à s'extirper de leurs tanières mais munis d’un masque et devant respecter les gestes « barrière » pour tenter de retrouver une vie comme avant mais…en pointillé. …

Pas possible de s’éloigner de plus de cent kilomètres de son domicile, le Parisien qui espérait foncer vers les plages normandes devra se contenter d’un pique-nique en forêt de Fontainebleau ou faire un pèlerinage à Chartres….

Alors que les « ponts » ou autres « viaducs » se sont engloutis au fond des rivières pourpres, certains craignent de voir les grandes vacances subir le même sort que ces jours oisifs de Mai : passer à la trappe …A présent, « en Mai, ne fais pas ce qui te plait » pour cause de virus qui lui ne prend pas de vacances….

Donc, nous resterons en guerre (virale), armés de notre masque, un brin de muguet à la boutonnière guettant l’approche d’un cessez-le-feu mais uniquement lorsque le virus aura capitulé et en attendant de sortir de chez nous, on pourra toujours contempler l’arbre de Mai qui sort de notre imagination et jubiler à l’apparition du premier bourgeon…Oui, Mai….

TUTTI FRUTTI (Edito du 13 mai)

Richard Wayne Penniman est mort à l’âge de 87 ans, non pas du Coronavirus comme on pouvait le craindre mais des suites d’une longue maladie, quelque part dans le Tennessee, au cœur des Etats-Unis.

On ne sait pas s’il avait quelque chose de Tennessee, celui qui avait pris comme pseudonyme Little Richard, qui d’ailleurs n’était pas si « Little » que ça, puisqu’il mesurait quand même 5 pieds 11 pouces (1m80).

 Il s’est éteint dans le même Etat que le King « Elvis » et dont la Capitale, Nashville est également celle du Blues et du Rock…Tout un symbole, n’est-ce pas ?

Né en 1932 à Macon (Georgie), au sein d’une famille nombreuse et plutôt dévote, le petit Richard se démarque précocement du reste de sa famille en affichant d’emblée sa différence : des penchants homosexuels et un goût pour la musique qui provoquent les foudres de son géniteur qui le traite même de « moitié d’homme » le poussant à quitter ce carcan familial sans avenir (surtout pour ce père qui finira abattu à la sortie d’un bar).

Mais l’émancipation du fils maudit ne sera pas pour autant salvatrice au départ : pensez donc dans cette Amérique puritaine des années 50 : être noir, efféminé et avec une jambe plus courte que l’autre, il lui aurait plus manquer que d’afficher des sympathies communistes pour en faire un paria absolu….

Trêve de plaisanterie, il en faut plus pour décourager ce « fondu » inné de rhythm’n’blues et de gospel qui a la « niaque » de ceux qui croient en leur destin et d’ailleurs la chance va vite lui sourire en signant avec sa première maison de disques RCA dès 1951.

Lors de sa disparition, beaucoup de commentateurs l’ont désigné comme le « créateur » du Rock n’Roll, ce qui n’est pas vraiment exact, car cette « nouvelle vague » musicale fut plutôt une œuvre collective qui a germé au tout début des années 50 mais dont les racines sont bien plus anciennes, ses compagnons de route ayant pour nom Muddy Waters ou encore Fats Domino……

En revanche, il fut, comme il l’autoproclamait lui-même, l’Architecte du Rock n’Roll, celui qui a posé la clé de voute de l’édifice le rendant inébranlable.

 Auteur-Compositeur-Interprète et pianiste inspiré, Little Richard sera aussi l’ange gardien de nombreux musiciens qu’il révèlera le plus souvent : les Beatles, les Stones, Jimi Hendrix, Elton John David Bowie ou encore Prince, certains d’entre eux partageront même la scène avec lui et n’hésiteront pas lors de sa disparition à en faire leur « père » spirituel à qui ils doivent presque tout….

On a beaucoup évoqué son tube absolu, le très entrainant « Tutti Frutti », qui n’est en rien la version originale de « Salade de fruits » de Bourvil, mais plutôt une chanson explicite sur les amours défendus et qui est devenu un Standard repris notamment par Elvis et ayant donné de multiples versions adaptées à l’étranger….

Avec ses tenues excentriques, ses coiffures hallucinantes et un maquillage forcé, il donne tout sur scène, jouant du piano debout bien avant l’heure, sachant chauffer une salle comme personne : il aurait certainement réussi à faire swinguer un cul-de jatte….

Les tubes s’enchaînent devenant des classiques du Rock au fil du temps, à l’instar de « Lucille » ; « Long Tall, Sally » ou « Rit it up » mais comme tout individu vivant à 200 à l’heure, il aura plusieurs vies : l’homo devient bi et se marie, adopte un fils,  plaque tout en devenant pasteur adventiste, chantant des gospel dans les paroisses, puis abandonne la piété pour retrouver de bons vieux rites paganistes, rencontre Quincy Jones, directeur artistique chez Barclay et mentor de nombreux groupes (en France : les Double Six) et bien sûr de Michael Jackson…

Ces cinquante dernières années, Little Richard continuera à « bouffer » encore beaucoup de scènes, gardant sa fraîcheur et son excentricité tout en connaissant une relative « traversée du désert »

Il fera même l’acteur dans quelques solides nanars au cinéma mais considérons ca comme une parenthèse….

En 2006, l’ancien gamin de Georgie collaborera également avec deux de ses fans français, deux enfants de Paname : Jean-Philippe Smet (idole des jeunes, né dans la Rue) et Claude Moine (alias Mr Eddy, le grand gaillard avec une chaussette noire) : le trio interprétera : « Something’ else » d’Eddie Cochran en version bilingue : « Elle est Terrible » ! ».

Les enfants du Rock pleurent donc un de leurs papas, un de ceux qui savait faire le show, les musiciens : un chef d’orchestre mais qui ponctuerait sa prestation par un « Wooh » autant sensuel que débordant d’enthousiasme…

« Show must go on » clamerait ce vieil excentrique qui aurait aimé cette épitaphe sur sa tombe, plus ou moins emprunté à Neil Young : « Rock n’roll Will never die, This Is the story of Little Richard » …

LES CHOSES DE LA VIE (Edito du 20 Mai)

« C’était l’année ou Piccoli jouait dans les Choses de la Vie ». Cette magnifique chanson interprétée par Frida Boccara sur une musique inspirée du Magnificat de Telemann faisait allusion à l’année 1970, date de la sortie du film de Claude Sautet dans lequel apparaissait Michel Piccoli qui perd la vie à la suite d’un tragique accident de voiture….

A l’époque, l’acteur âgé de 44 ans est devenue une véritable star d’un Cinéma Français de qualité qui cartonne au box-office depuis 1963 lorsqu’il partageait l’écran avec Brigitte Bardot dans « Le Mépris » de Jean-Luc Godard, d’après Alberto Moravia….

Pourtant, l’accès au vedettariat est plutôt venu sur le tard : l’acteur ayant plutôt fait ses premières armes sur les planches sous la direction  de Jean-Louis Barrault ou de Jean Vilar préférant alors la vie de troupe à l'ambiance des tournages.....

Après , tout s’enchaîne frénétiquement, l’acteur dont la carrière avait commencé après la Libération tournera de plus en plus, sollicité par les plus grands metteurs en scène : Luis Buñuel, Costa-Gavras, Jean-Pierre Melville, Claude Sautet, Claude Chabrol, Alfred Hitchcock, Jacques Demy, Marco Ferreri, Manuel de Oliveira ou encore Raul Ruiz … La liste est très longue…

Il interprète également « Dom Juan » réalisé par Marcel Bluwal à la télévision et tombe peu après dans les bras de « Belphégor » alias Juliette Gréco, l’ancienne muse de Saint Germain des Prés….

Les années 70 marque la grande époque des grands classiques du cinéma Français dont Claude Sautet est l’indéniable chef de file et Piccoli est l’ un de ses acteurs fétiches : il tient la tête d’affiche dans « Max et les Ferrailleurs » avec sa partenaire des « Choses de la vie » : Romy Schneider…

Dans « Vincent, François, Paul et les Autres » (1974), il y campe : « François », un médecin en rupture sentimentale qui passe ses week ends à la campagne avec Vincent-Montand, chef d’entreprise à la dérive et Paul-Reggiani-Ecrivain raté : trois acteurs de la même génération, d’origine transalpine et qui acceptent dans leur cercle d’amis, Jean-Depardieu, le rebelle Berrichon qui ne va tarder à rejoindre ces « monstres sacrés » et que Piccoli voit comme un « acteur génial » partageant avec lui l’affiche du « Trio Infernal », de « René la Canne » et bien sûr de « Sept morts sur ordonnance » de Jacques Rouffio…..

Dans ces années qui marquent la fin des trente glorieuses, ce cinéma dit « des années Pompidou puis de Giscard » permet à l’acteur, qui gardera jusqu’à son dernier souffle « la tripe à Gauche » (« caviar » rajouteront ses détracteurs parfois hérissés par ses prises de position), d’interpréter une palette variée de personnages : inquiétant, ambigu, sympathique, antipathique, suffisant, rassurant, bouffon ou iconoclaste…il pouvait tout jouer….

Il n’avait pas de plan de carrière mais savait saisir les opportunités et  casser les « codes » : dès 1956, lui , devenu athée interprète un curé dans la « Mort en ce jardin » de Buñuel, qui l’emploiera également dans la « carrière d’une femme de chambre » interprétant un aristo fornicateur face à une Jeanne Moreau manipulatrice et arriviste….

Ah, les actrices, le séducteur aux tempes grisonnantes, au sourire discret mais sarcastique les aura beaucoup côtoyées : outre Romy Schneider, il y aura Catherine Deneuve : pas moins de onze confrontations devant la caméra : dont la "Chamade" d'Alain Cavalier ou bien sûr « Belle de jour » de Buñuel……

Il est aussi un des hommes par qui le scandale arrive  avec ses copains Noiret, Tognazzi et Mastroianni : en 1973, la « Grande Bouffe » de Marco Ferreri fait scandale à sa sortie. Mal compris, le film est perçu comme une « orgie » filmée alors qu’elle dénonce les excès de notre société de consommation… L’acteur sera même giflé dans la rue par des passants……

Mais il en faut plus à l’acteur pour ne pas continuer à prendre des risques : explorer de nouveaux horizons cinématographiques mêlant nouveaux réalisateurs et nouvelles générations d’acteurs ou d’actrices : « une étrange affaire » de Pierre Granier-Deferre avec Gérard Lanvin et Nathalie Baye où il campe un « repreneur » d’entreprise qui vampirise ses subordonnés ou encore  le peintre de la « Belle noiseuse » avec Emmanuelle Béart sans oublier les films « art et essai » dans la mouvance d’un Théo Angelopoulos ou encore le vétéran Manuel de Oliveira….

Piccoli l’acteur tenta également l’aventure de la « Production » à l’instar d’un Delon et d’un Belmondo mais avec beaucoup moins de succès comme la réalisation qui restèrent des aventures ruineuses ou sans lendemain : on ne peut pas réussir partout….

Non Piccoli, l’homme aux deux cents films reste étroitement lié au cinéma européen des cinquante dernières années, pouvant se targuer d’avoir participé à quelques grands classiques du 7 -ème art même si curieusement, il ne décrocha jamais aucun césar, même pas d’honneur. Malgré tout, il eut les faveurs du jury de Cannes, avec un prix d’interprétation pour « Le saut dans le vide » de Marco Bellochio (bien que doublé dans la VO !).

Le cinéma le réclamera moins au début du XXI e siècle, mais pas le théâtre où il fera un grand retour en force avec des créateurs exigeants comme Luc Bondy, Peter Brook ou Patrice Chéreau.

Cependant, son dernier rôle sur le grand écran remonte à 2011 quand Nanni Moretti lui proposera de jouer le rôle d’un Pape élu par ses pairs mais qui renonce à sa charge jugée trop lourde, c’est l’excellent « Habemus Papam » que l’acteur accepte de jouer dans la langue de Dante…Une véritable performance avant de baisser le rideau sur l’écran noir…….

L’hommage des médias a porté sur la disparition à 94 ans, d’un des derniers « monstres sacrés » du cinéma Français, mais comme l’aurait dit l’ironique Mr Piccoli : « Monstre, certainement, sacré pas vraiment » ….

OUVREZ LA CAGE AUX OISEAUX (Edito du 29 Mai)

Ce mardi 28 Mai, Edouard Philippe avait donné rendez-vous aux Français pour commenter la fin de la phase 1 du déconfinement prévu le 2 Juin.

Sortie d’une longue « captivité » depuis quinze jours, une grande partie de la France attendait non sans fébrilité , l’annonce de nouvelles plus salvatrices les unes que les autres : l’adepte des week-ends prolongés espérait pouvoir refaire la queue aux péages d’autoroute, le commerçant ou l’entrepreneur de rebooster une trésorerie aussi tarie qu’un filet d’eau dans le désert, le croyant de pouvoir retourner au confessionnal, l’étudiant de recommencer à buller sur les pelouses des parcs, le pilier de bistrot de refaire le monde autour d’un canon de Pastis, le manifestant de pouvoir ressortir ses banderoles, etc., etc….

Entouré de ses ministres Olivier Véran et Jean-Michel Blanquer, le chef du Gouvernement a confirmé la réussite « mieux que prévue » de cette période, permettant ainsi un retour progressif à la normale…

Un grand « ouf » de soulagement a alors éclaté dans de nombreux foyers à l’annonce de ces exquises nouvelles : un territoire national basculant complètement en « zone verte » à l’exception de l’Ile de France, la Guyane et Mayotte (toujours confinée) qui resteront en « orange « à cause d’un taux d’hospitalisation qui reste chargé notamment dans la Région-Capitale….

Dès le 2 Juin, les habitants de la « Zone verte »se paieront des « journées portes ouvertes » : ils pourront retourner piquer une tête à la piscine, retourner à l’école, fréquenter les bibliothèques, s’accouder au comptoir des cafés et réinvestir les galeries marchandes….

Pour la « Zone Orange » il faudra garder la main sur le frein : réouverture des parcs et jardins, de certains collèges et lycées, réouverture en terrasse des cafés et restaurants….

Mais dans tous les cas, fin de la limitation des 100 kilomètres à « vol d’oiseau », ce qui en faisait « piaffer » plus d’un, notamment les Parisiens qui avaient (re) découvert leur région Francilienne et ses trésors et qui pourront dès lors retourner à Deauville ou Cabourg sans attestation collée sur le pare-brise de leur 4X4….

Le Premier Ministre avec sa barbe a moitié blanche fait donc figure de druide Panoramix qui aurait distillé un peu de potion magique à ses ouailles et qui aurait réussi un déconfinement que certains avaient trouvé trop prématuré. D’ailleurs, on n’a pas entendu les habituels pourfendeurs de l’action gouvernementale : l’inénarrable Dupont-Aignan qui « avait tout prévu » avant tout le monde et qu’on n’a pas écouté, Éric Ciotti qui pense que « Nicolas Sarkozy aurait fait mieux » ou encore Ségolène Royal qui « Elle Présidente » aurait su « contrer la pandémie » ….

Plus sérieusement, l’éclaircie se précise donc, agrémentée d’un temps magnifique tout en sachant que chacun d’entre nous doit continuer de vivre quotidiennement avec un virus qui n’a pas disparu, juste fait « un break » et qui oblige toujours à privilégier le port du masque dans les lieux publics ainsi que le respect des gestes barrières et la détection systématique des éventuels « clusters » : condition sine qua non pour ne pas faire un retour à la case départ….

Bientôt, les frontières se réouvriront et cette réouverture sur le monde ne doit pas nous faire oublier que ce parfum de liberté retrouvée n’évitera pas de prendre conscience que le plus dur reste à faire : cette guerre « virale » de 2020 qui aura obligé la moitié de la Planète à se plonger dans une « quarantaine » d’inspiration médiévale » plongeant l’économie mondiale dans un épais brouillard d’incertitudes….

Cela devra nous contraindre à ressortir notre bouclier afin de nous protéger contre une éventuelle « guerre de cent ans » économique et sociale, risquant de provoquer un chômage endémique et amenant des entreprises à tutoyer des faillites retentissantes,  génératrices de frondes sociales qui constituent une des marques de fabrique de notre Hexagone rebelle, même s’il peut être atténuée par le « vaste plan Marshall »décidé au sein d’une Europe tentant d’être plus soudée, et qui s’il est acté nous permettra de revoler de nos propres ailes et de réussir notre migration vers un monde meilleur, du moins dans un avenir proche……

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