IL ETAIT UNE FOIS DANS L'OUEST (Edito du 9 Novembre)

Philippe DUPONT

Philippe DUPONT

Il était une fois dans l’Ouest un pays qui avait envoyé des hommes sur la Lune  et  qui était toujours en pointe dans toutes les technologies avancées mais…qui n’arrivait pas à élire rapidement son Président. C’était une terre de convoitises où le Western en technicolor avait été inventé et où d’ailleurs un grand nombre de ses habitants avaient gardé l’esprit pionnier en continuant à jouer aux Cow-boys et aux Indiens….

Et le reste du monde regardait avec perplexité ce vaste et étrange pays composé de 50 états avec son processus électoral aussi facile à comprendre que les règles du Base-Ball….nous faisons bien sûr allusion aux Etats-Unis d’Amérique et de l’interminable feuilleton au retentissement planétaire commencé le mardi 3 novembre, digne d’un vaudeville avec ses rebondissements aussi incessants  qu’insoutenables et qui s’est finalement achevé vendredi 7 novembre à l’heure du thé provoquant un évident soulagement pour les uns et une colère affichée pour les autres….

Pour faire court, il s’agissait d’élire ou de réélire le Président des Etats-Unis : deux candidats étaient en lice : le sortant Républicain Donald Trump, élu à la surprise générale en 2016 et son adversaire Démocrate Joseph Robinette Biden II, alias Joe Biden… C’est ce dernier qui a été déclaré vainqueur par la plupart des grands médias du pays, mettant fin à ce très long suspense alors que son adversaire a aussitôt refusé de reconnaitre sa défaite et de féliciter son successeur, dénonçant une fraude massive orchestrée par le camp adverse dans quelques états-clés….

Hormis le fait qu’ils soient de la même génération, tout oppose ces deux septuagénaires qui ont chacun leur propre vision de l’Amérique et qui n’auront cessé de s’affronter durant cette longue et rude campagne électorale sur fond de véhémence voire de violence….

L’un, Donald Trump, considéré comme un véritable OVNI politique, avait été programmé depuis l’enfance pour « gagner », véritable showman et homme d’affaires sans états d’âme, alors qu’il avait été perçu il y a quatre ans comme un des cavaliers de l’Apocalypse avait finalement réussi à imprimer sa patte, lui dont le slogan était « Make America Great Again » en parvenant à afficher des résultats économiques indéniables et se targuant d’avoir remis « l’Amérique moribonde » au travail tout en parvenant à prendre un certain leadership vis-à-vis de l’Ogre Chinois dans l’impitoyable guerre économique que se livrent ces deux géants…  

Sa popularité dans « l’Amérique des Champs et des territoires oubliés » n’aura cessé de croître et explique le remarquable score qu’il obtient malgré sa défaite : plus de 71 millions de suffrages en sa faveur, confirmant un socle électoral solide pour son parti d’adoption qui avait fini par être rattrapé par cette doctrine que l’Homme pressé à imposer, à savoir « Le Trumpisme », constituait une valeur sûre pour entamer un deuxième mandat….

Son adversaire, Joe Biden est en revanche un « vétéran » de la politique, celui qui fut le vice-président de Barack Obama durant deux mandats, s’est fait élire sénateur du Delaware dès 1972, à l’époque de Richard Nixon, autrement dit une éternité : clin d’œil de l’histoire : il fut le plus jeune parlementaire élu, il sera désormais le plus vieux président jamais élu ! 

Ce père de famille qui a vécu des drames familiaux (disparition accidentelle de sa première femme et de sa fille, son fils décédé d’un cancer du cerveau) est aussi attaché au Delaware que son adversaire à New York, mais son riche passé parlementaire et de vice-président l’ont amené à être partisan d’un retour au multilatéralisme, à la prise de conscience écologique et au retour d’une meilleure protection sociale, tout le contraire de son adversaire…

L’élu du Delaware avait auparavant essuyé deux revers lors des primaires de 1988 puis en 2008, mais son opiniâtreté a fini par payer en parvenant enfin à être désigné en 2020 pour tenter de déboulonner le locataire de la Maison Blanche. Mais ces débuts de campagne ont été chaotiques, l’homme est également connu pour être aussi habile à faire des gaffes que son adversaire à envoyer des Tweets… Pour certains observateurs : le parfait loser qui voulait faire un baroud d’honneur…

Mais un évènement totalement imprévu s’est invité dans la campagne : un méchant virus qui continue à sévir sur une grande majorité de la planète et qui a provoqué des ravages sur les Etats-Unis : à l’heure actuelle, plus de 230 000 morts et une gestion de la crise sanitaire piteusement menée par le bouillant Mr Trump, qui s’est enfermé dans le déni, minimisant ce qu’il qualifiait être une « grippette chinoise » …

Les cartes ont donc été redistribuées : Joe Biden a pris l’avantage dans le duel électoral tout en jouant les « pères tranquilles de la Nation », se voulant rassurant, en quête de résoudre en priorité la crise sanitaire qui ravage le pays, se présentant toujours masqué devant les foules et faisant campagne tout en respectant le confinement alors que son adversaire paradait dans les rues et les meetings à visage découvert et narguant son « adversaire pleutre » et faisant fi de sa propre contamination….

Joe Biden s’sest adjoint les services de Kamala Harris, ancienne procureure de Californie, issue de la diversité et relativement jeune (56 ans) et la mayonnaise a commencé à prendre, plaçant l’outsider en position de favori …jusqu’au jour de l’élection, où chacun sera allé de surprise en surprise : pour la première fois depuis un siècle, le taux de participation a flirté avec les 70 % et un afflux de massifs de votes par correspondance pour cause de COVID…

En France, on pensait que la « Nuit Américaine » ne serait qu’une formalité, certains pronostiquant une « vague bleue » Démocrate… qui s’est cependant transformée en vaguelette pleine d’incertitudes, avec des scores parfois très étriqués dans certains états, contredisant tous les sondages, comme ce fut d’ailleurs le cas en 2016…

 On faillit avoir la « Nuit Polaire » celle qui pouvait durer aussi longtemps qu’en l’an 2000 lors du duel Al Gore-George Bush Jr…. A coups de recomptage, de bulletins arrivés en retard, de coups de théâtre jusqu’à la chute finale… de quoi nous faire rire, nous qui connaissons notre vainqueur à la Présidentielle à 20 heures….

L’annonce de la victoire de Biden a provoqué des scènes de joie et de soulagement dans un camp Démocrate qui a également réjoui les chancelleries du monde entier, à l’exception de la Chine et de la Russie et certainement du Brésil… Dans le camp Républicain, on a vu en revanche des manifestations de protestations, le lancement d’un arsenal législatif pour remettre en cause ce résultat jugé injuste et truqué et un Président sortant qui, entre deux parties de golf ne veut surtout pas « lâcher l’affaire » … même si quelques-uns de ses partisans n’ont pas tardé à féliciter le vainqueur….

Joe Biden ne prendra donc ses fonctions que le 20 janvier lorsqu’il prêtera serment, en présence ou non de Donald Trump.  Ce dernier continuera à siéger dans le bureau Ovale et s'ingeniera à saper la passation de pouvoir ou pas, l’avenir nous le dira tant l’homme est imprévisible. C’est une tâche titanesque qui attend le « vieux sage » Biden, en quête de sortir son pays du « fléau viral » et surtout de réconcilier les deux Amériques qui se sont affrontées, conscient que son vieil ennemi « le vieux lion au crin gominé » n’est pas mort ce soir, il ne nous reste plus qu’à lui souhaiter « Good Luck, In Joe they trust » ….

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