JE SUIS VENU TE DIRE QUE JE M’EN VAIS

Philippe DUPONT

Philippe DUPONT

Editorial du 3 mars 2021

Il a tiré sa référence un samedi 2 mars 1991, emporté par une crise cardiaque: Lucien Ginsburg, 63 ans, s’est éteint tout seul dans son hôtel particulier de la rue de Verneuil à Paris et l’annonce de sa disparition n’a été connue que tard dans la soirée…

C’était il y a trente ans, à une époque où l’on pouvait apprendre la mort d’une célébrité par un vendeur de journaux (la Une du JDD) dès les premières lueurs du jour avant même que Paris ne s’éveille, comme le chantait un bon copain du disparu du jour…

A des années lumières donc du « Beep » de votre indispensable Smartphone qui vous informe dorénavant « en temps réel » ou des chaînes d’info en continu qui vous font des piqures de rappel en boucle….

La mort de Serge Gainsbourg a suscité autant d’émotion chez ses (nombreux) admirateurs que d’indifférence chez ses (non moins nombreux) détracteurs…mais elle ne fut pas une réelle surprise tant cet « oiseau de nuit » était connu pour ses excès tabagiques et alcooliques, ceux qui vous condamnent à réduire sensiblement votre espérance de vie….

Mais l’ancien peintre à la vocation contrariée, le pianiste de bar qui avait naguère croisé Boris Vian dans un cabaret enfumé, le parolier prisé par les vedettes de l’époque lui-même converti au vedettariat sur le tard avait décidé de vivre hanté par l’autodestruction lente mais certaine…

Bien avant les réseaux sociaux, il savait faire le « buzz » sur les rares médias de l’époque, devenant le « bon client » des émissions qui avaient l’imprudence de faire du « direct » avec les aléas que cela comporte surtout lorsqu'on invite un provocateur dans l’âme…

C’était l’histoire d’un petit enfant juif dont les parents venaient de Russie, qui porta durant l’Occupation, la « Yellow star » comme il le chantera plus tard et qui gardera toute sa vie cette « âme slave » faite de combativité et de mélancolie.

C’est encore la certitude d’un homme qui se pensait laid, rassuré cependant que « la laideur a un avantage sur la beauté, c’est qu’elle dure…) mais qui sût dire « je t’aime, moi non plus » aux plus belles femmes, dont certaines furent ses muses…

Un esprit complexe donc, jouant alternativement le « Gainsbourg » improbable dandy raffiné et pudique, en quête de reconnaissance et se confessant timidement auprès de Denise Glaser, la grande prêtresse de « Discorama » et le « Gainsbarre » « par hasard et pas rasé » et murmurant dans un état second que l’artiste (pourtant) majeur qu’il était s’égarait dans cet « art mineur » qu’est la chanson…

Il avait fait une « ultime » retraite au pied de la « Colline Eternelle » de Vézelay où il avait pris pension chez son ami le restaurateur Marc Meneau, à « L’auberge de l’Espérance » sorte de cène avant la fin du spectacle…

Il est donc mort pratiquement en même temps que le pays de ses ancêtres devenue l’Union Soviétique qui était déjà comme lui, quelque peu sous perfusion depuis quelques années…

Trente ans après, à l’heure de YouTube, certains préfèrent le revoir brûler un billet de 500 francs pour protester contre le matraquage fiscal, ou se délecter sur ses dérapages graveleux, d’autres opteront plutôt pour le formidable show télévisé de Jean Christophe Averty avec sa muse Jane Birkin… Les fans inconsolables iront trinquer à sa santé sur sa tombe du cimetière Montparnasse tandis que sa fille Charlotte a annoncé l’ouverture prochaine d’un musée Gainsbourg (après la crise sanitaire) au cœur de l' hôtel particulier paternel de la rue de Verneuil.

La nostalgie, camarade…

LES FEMMES AUSSI…. (Edito du 10 mars)

Philippe DUPONT

Philippe DUPONT

Elles sont près de 35 millions en France, représentant 52 % de la population totale du Pays et sont « l’avenir de l’homme » comme l’écrivait naguère Louis Aragon et le chantait Jean Ferrat. Je fais bien sûr allusion aux femmes, dont on a célébré la « Journée internationale » le 8 mars, comme on le fait d’ailleurs depuis quatre décennies et c’est tant mieux…

Certains assimileront cette journée à une sorte « d’Aujourd’hui Madame » du nom de la célèbre émission d’Armand Jammot qui fit les grandes heures des « après-midi » de la Deuxième Chaîne dans les années 70.

Mais ils seront hors sujet car ce magazine féminin s’adressait plutôt aux « ménagères de moins de 50 ans », généralement « femme-mère au foyer » et qui s’exprimaient sur des thèmes de société spécifiquement féminins …

D’autres, surtout des hommes, pourtant pétris de bonnes intentions se méprendront en souhaitant une « bonne fête » à toutes les femmes, comme s’il s’agissait de la « fête des secrétaires » de « la Saint-Valentin » ou encore de la « fête des mères ».

Or, cette journée du 8 mars a été créée dans un but à vocation militante….

Quand on parle de militantisme, certains y voient immédiatement la marque des mouvements féministes nés à la fin des années 60, avec leurs Pasionarias armées de banderoles déployées et au poing vengeur levé en scandant des « slogans revanchards » et qui ont fait des émules jusqu’à nos jours en pratiquant à présent un « activisme 2.0 ».

Non, il s’agit plutôt d’un militantisme pragmatique mettant en avant la lutte pour les droits des femmes et notamment pour la réduction des inégalités ou toute autre discrimination notoire par rapport aux hommes.

Grâce aux combats de Simone de Beauvoir, Gisèle Halimi ou les émissions télévision de Daisy de Galard (et son cultissime Dim Dam Dom, au générique dynamique) ou d’Eliane Victor avec « les femmes aussi », la cause des femmes a interpellé les consciences , changé peu à peu les mentalités, levé certains tabous et tenté de gommer certains préjugés….

Auparavant, il avait fallu attendre la fin de la Seconde guerre Mondiale pour qu’en France, on consente enfin à accorder le droit de vote aux femmes sans oublier 1965, pour que la femme devienne vraiment « majeure », libre d’ouvrir un compte en banque et de connaitre l’équité en matière d’autorité parentale sans en référer à son conjoint, jusqu’alors « seul chef de famille ».

Aujourd’hui, beaucoup d’entre nous affirmeront, au vu du chemin parcouru, que le monde professionnel a changé de regard en ce qui concerne la place réelle occupée par les femmes dans le monde du travail (70 % d’entre elles ont un emploi contre 50 % en 1970) et que désormais, il est convenu de dire :  les femmes ont accès à tous les métiers…

Si elles sont désormais plus diplômées que les hommes, elles demeurent néanmoins beaucoup moins nombreuses à occuper les postes de direction et que le « plafond de verre reste une réalité forte en entreprise » comme le souligne à juste titre un certain nombre d’observateurs.

Malgré de réelles avancées en matière législative pour faire bouger les lignes en imposant notamment un quota de 40 % de femmes au sein des conseils d’administration, on constate que ce chiffre s’effondre dès que l’on se rapproche des comités exécutifs pour finalement n’avoir qu’une seule femme à la tête d’une entreprise du CAC 40.

Le Ministère du Travail a imposé aux entreprises de plus de 50 salariés la mise en place d’indicateurs fondés sur cinq critères permettant de mieux mesurer les écarts de rémunération ou de promotion entre Hommes et Femmes avec à la clé, des mesures correctives selon le résultat enregistré, révélant au passage les « bons » et les « mauvais » élèves pour une telle démarche ..ces derniers étant sévèrement montrés du doigt….

Si l’on redescend de plusieurs étages dans hiérarchie, il est édifiant de constater que les femmes sont également sous-représentées dans certains secteurs « porteurs » comme ceux de l’informatique ou des filières scientifiques et d’ingénierie, généralement bien rémunérées et pleines d’avenir alors qu’elles sont à contrario sur-représentées dans d’autres secteurs comme l’éducation, les métiers de la santé ou encore les services à la personne, souvent chronophages et surtout beaucoup moins rémunérateurs…

Le monde politique a également entamé concrètement sa « mue » en imposant la parité homme-femme dans les conseils municipaux et départementaux mais qui voit encore ce juste équilibre s’effriter au Parlement ou dans les présidences régionales tout en constatant que 80 % des mairies sont dirigées par des hommes…

Ainsi, le fameux concept « travail égal, salaire égal » version homme-femme commence à se concrétiser mais en mode ralenti…La France ne se plaçant pas en tête de peloton au niveau Européen mais ne faisant pas non plus partie des plus réfractaires au changement des mentalités….

Enfin, il est clair que les Françaises continuent à penser qu’elles subissent parfois la « double-peine » : travail moins bien payé + heures supplémentaires consacrées aux tâches domestiques (3h25 par jour en moyenne contre 2h00 chez les hommes) …raison de plus pour continuer à célébrer le 8 mars, jour idéal pour ne jamais oublier à donner un « bon coup de balai » aux préjugés et autres discriminations qui font de la résistance….

LE CHEMIN DE DAMAS (Edito du 17 mars)

Il s’appelle Bachar El Assad, il est né un 11 septembre, une date évoquant le Coup d’Etat militaire de Pinochet en 1973 ou bien sûr l’effondrement des deux tours du World Trade Center à Manhattan en 2001….

Et quand son père, Hafez, disparait en 2000, après trente ans de pouvoir absolu, le voilà qui devient « Maître de la Syrie » et chef du « Parti (unique) Baas » se payant même le luxe d’être de confession Alaouite, très minoritaire dans un pays largement Sunnite….

Pourtant rien ne prédestinait ce médecin ophtalmologiste établi à Londres, jusqu’alors peu attiré par les armes et surtout par l'ivresse du pouvoir, de succéder un jour à son père afin de perpétuer ce que l’on ne va pas tarder à appeler « la dynastie de l’horreur » sinon la disparition accidentelle de son frère Bassel, le fils préféré et désigné à l’origine par son despote de père pour reprendre les rênes….

« Le dauphin par défaut » va d’emblée jouer la carte de la communication, aidé en cela par son épouse  Aswa, rencontrée à Londres alors qu’elle travaillait à la City , faisant de cette dernière la maîtresse des "bonnes oeuvres" et  surtout porteuse des valeurs occidentales,  faisant croire un court moment que ce « couple presque glamour » pouvait faire souffler un doux vent teinté de« modernisme et de libéralisation du régime », provoquant l’enthousiasme dans cet ex-Protectorat sous mandat Français qui n’avait connu qu’une très courte période démocratique depuis son indépendance en 1946 pour ne subir par la suite qu’une succession de coups d’état, dont celui d’Hafez-el-Assad en 1970…

Mais très rapidement, on va voir se transformer le « Bon Docteur Bachar » en « Sanguinaire Mister el Assad » provoqués par  des hauts dignitaires du Régime qui lui injectent une « piqure de rappel », convertissant cet ex-toubib effacé et neutre en apprenti-dictateur surdoué, poursuivant avec maestria l’œuvre paternelle, celle d’un Etat militarisé encourageant toute entreprise terroriste susceptible de favoriser son influence dans cette région si agitée du Moyen-Orient, notamment au Liban et en  combattant l’ennemi : Israël et sa volonté hégémonique…

Néanmoins, « Bachar » entreprend parallèlement un vaste programme de développement qui va connaitre quelques succès notables, comme l’émergence d’une classe moyenne (surtout à Damas) sans renier pour autant ce Socialisme d’Etat mais qui va vite être gangréné par une corruption endémique….

C’est alors qu’apparait, à la fin de 2010, l’éclosion des « Printemps Arabes » à travers le Maghreb, ainsi qu’en Egypte ou en Libye qui vont voir chuter bon nombre de dictateurs ou de régimes autoritaires que l’on croyait jusqu’à présent « indéboulonnables » …

Et la Syrie n’échappera pas à cette fièvre revendicatrice, certains manifestants exaltés n’hésitant pas à scander « Dégage, Bachar » et réclamant : « plus de démocratie, plus de justice sociale, un respect des droits de l’homme » …

C’est donc un mouvement spontané et qui se veut pacifique qui va s’exprimer dans la rue, notamment à Damas et dans les grandes villes du Pays. Le régime de Bachar, d’abord relativement conciliant est curieusement prêt à faire quelques concessions, par crainte probablement de subir le même sort que ses voisins avant de réprimer très violemment un mouvement qu’il ne va pas tarder à accuser d’être téléguidé par des forces terroristes venues de l’étranger….

On connait la suite : le dictateur va ouvrir « la boite de Pandore » qui ne va plus jamais se refermer, provoquant une guerre civile qui dure depuis dix ans, ayant provoqué la mort de près de 400 000 personnes, dont de nombreux civils et d’enfants, plus de 200 000 disparus et en sus, plus de 12 millions de « réfugiés » qui ont fui « cette guerre sans fin » se réfugiant massivement au Liban, en Turquie et bien sûr en Occident…

Aujourd’hui, le régime ne contrôle encore que 60% d’un territoire qui aura été le théâtre de nombreux évenements tragiques où se sont affrontés plusieurs bélligérants:  les Forces Loyalistes (celles du régime), les Forces de libération Nationale (celles de l’Opposition), celles de l’Etat Islamique à la volonté hégémonique, les séparatistes Kurdes sans oublier l’ONU, la voisine Turque toujours plus menaçante, les puissances Occidentales…. (Frappes, embargo économique, etc...), ces dernières réclamant (sans succès) le départ du tyran, finissant par déployer des troupes sur place et s’alliant avec les forces de l’Opposition dans un combat qui pourrait malheureusement ressembler à une quadrature d’un cercle toujours plus vicieux……

Aujourd’hui Bachar el Assad est toujours à la tête de la Syrie et il le doit au soutien inconditionnel des Russes, de l’aval Chinois et de l’Iran…concrétisés par des vétos à l’ONU et d' une présence militaire appuyée sur le terrain qui  aura permis au « despote » de reconquérir un terrain qui avait perdu auparavant, en accumulant alors les reculades ou autres défaites militaires face aux rebelles et aux Djihadistes…

Mais le pays, en dehors de Damas n’est plus qu’ un vaste champ de ruine souvent provoqué par la brutalité des frappes gouvernementales utilisant en outre des armes chimiques pour mieux étouffer les populations prises en étau  et qui a perdu plus de la moitié de sa population,  ayant même vu son riche patrimoine archéologique victime de la barbarie islamiste et qui  se retrouve isolé et totalement ruiné économiquement (on estime à 1200 milliards de Dollars le coût de cette guerre civile),  sans oublier l'effroyable impact sur la santé et l’éducation des enfants, dont un bon tiers n’est même plus scolarisé.. Et pourtant, ce pays « moribond » va tenter de se reconstruire tant bien que mal…

Se reconstruire, certes, mais avec qui ? Probablement avec Bachar el Assad, le même qui est à l’origine de la destruction de son propre pays et qui compte bien se représenter à la prochaine présidentielle où il sera réélu sans surprise, au grand dam des occidentaux impuissants…. Et dans cette terre levantine ancestrale où les services de renseignements sont rois, on peut déjà épier les nombreuses larmes de dépit qui coulent parmi les ruines d’Alep ou de Palmyre….

PLASTIC BERTRAND (Edito du 24 mars)

En vérité, il y pensait depuis longtemps, surtout en se rasant le matin devant la glace : il devait être candidat à la Présidence de la République en 2022, quoiqu’il arrive… « Ca plane pour lui »….

D’ailleurs, il avait déjà affirmé à maintes reprises, par média interposé, son intention d’être le nouveau locataire de l’Elysée, à tel point que sa déclaration d’avant-hier a été considérée par certains observateurs attentifs… comme un secret de Polichinelle…

Pourtant la candidature de Xavier Bertrand, 56 ans, actuel Président de la Région des Hauts-de-France (et qui compte bien se succéder à lui-même lors du prochain scrutin de juin prochain) a pu paraître incongrue en cette période de nouvelle flambée de l’épidémie …

En effet, la prédominance du « Variant Anglais » qui devient de plus en plus hors de contrôle mettant l’exécutif sous pression, poussant  des soignants en surchauffe ainsi qu’une population espérant  être vaccinée sept jours sur sept » seule alternative pour sortir du tunnel peuvent nous amener à penser que ce genre d’annonce concernant « la vie d’après » est plutôt totalement « hors sujet »…

Mais Xavier Bertrand croit en « son destin national » et à son « projet rédempteur pour une France qui plonge dans le marasme ». Celui qui occupa le même poste qu’Olivier Véran sous Chirac et qui hérita du maroquin du Travail sous Nicolas Sarkozy veut incarner « une droite sociale et libérale, représentante du France des Territoires fermement opposée au Centrisme autoritaire et Jacobin mais également laxiste incarnée par Emmanuel Macron….

L’ancien des jeunesses RPR, devenu Secrétaire Général de l’UMP, soutien de François Fillon puis qui a « claqué la porte » des Républicains menés par Laurent Wauquiez au motif de ne « plus reconnaitre sa famille politique » veut incarner une nouvelle gouvernance pour la France…

 Il compte cependant jouer la carte de « l’apolitisme » du « rassemblement » à la sauce Gaullienne afin de ratisser large pour arriver à ses fins face à une Gauche en miettes et à une Droite toujours traumatisée par ses revers aux précédentes présidentielles sans oublier d’être le meilleur rempart contre un Rassemblement National qu’il a toujours combattu mais qui s’approche inexorablement du pouvoir.

Néanmoins ce « marathon vers l’Elysée » ne sera possible  que « si » et « seulement si » le même Xavier Bertrand parvient à être réélu à la tête de la Région face à une Gauche qui a réussi pour une fois à s’unir,  à un candidat de la République en Marche qui pourrait se maintenir au second tour et  à un Rassemblement National qui n’aura plus forcément à subir un énième « Front Républicain » pour lui barrer la route comme en 2015.

En cas de succès, le chemin ne constituera pas pour autant « une voie royale , certains doutant même du charisme de l’ancien Ministre et de sa capacité à rassembler au-delà de son « camp » mais il pourrait se retrouver dans la position enviable du « troisième homme », celui qui joue souvent les « faiseurs de rois » lors des scrutins décisifs, provoquant parfois des surprises tout en prouvant que la politique n’est pas vraiment une science exacte…..

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