LA MAISON DE VALERIE ....

Philippe DUPONT

Philippe DUPONT

Editorial du 6 Décembre

Ce samedi 4 décembre, il y avait assez peu de suspense concernant l’issue de ce deuxième tour des « Primaires » pardon, du « Congrès » de la Droite : on savait déjà que Valérie Pécresse, pourtant arrivée deuxième juste derrière son « ami » Eric Ciotti lors du premier tour, lèverait le trophée de la victoire, du fait du ralliement des autres candidats malheureux : la seule inconnue étant le score réalisé… : il s’éleva à 61 % contre son 39 % à son adversaire qui fit alors preuve d’un fair play louable.

« La Droite est de retour » clama dès lors et non sans fierté la gagnante à la tignasse blonde entourée pour la circonstance de ses quatre anciens adversaires solennels dans leurs costards sombres et sous l’œil ravi du président du mouvement, Christian Jacob….

Et c’est sûr qu’elle revient de loin, cette famille LR, issue des décombres de l’UMP, elle-même héritière du RPR et de l’UDF et où résonnent encore le bruit de nombreux scandales politico-financiers,  traumatisée par le désastre de la présidentielle de 2017 qui a vu son candidat jusqu’alors favori sombrer au premier tour, plombé par une sombre « affaire de famille » et une inculpation que n’aurait certainement pas imaginer le Général de Gaulle….

Malgré sa suprématie au Sénat et ses récents succès électoraux locaux, les Républicains, ce parti Bonapartiste par essence, en panne de leadership depuis une décennie ne pouvait que constater non sans une certaine fatalité que le match était plié :  le Président sortant affronterait au second tour Marine le Pen, et eux , pauvres LR joueraient le rôle d’un tennisman français en grand chelem : regarder la finale sur son téléviseur et devenir supporter de l’un (officiement) ou de l’autre (secrètement)….

En rajoutant un « retard à l’allumage » pour lancer la course à cette présidentielle qui risquait d’être mouvementée et les incertitudes sur les motivations du seigneur des « Hauts-de-France », le champion de la droite « underground » : Xavier Bertrand, le seul, selon lui-même,  à pouvoir battre Emmanuel Macron: il était clair que l’avenir des LR était assez peu rassurant….

Mais on connait la suite, le brave Xavier a fini par se rallier à son ex-famille, un peu comme un pré-ado qui aurait voulu s’émanciper mais qui aurait eu besoin d’une caution solidaire de ses parents pour pouvoir mener à bien ses projets. Sa collègue Francilienne, notre ambitieuse et versatile Valérie lui a emboité le pas sous le regard goguenard de ses ex- compagnons d’armes, amusés par le « retour au bercail » de ces deux brebis égarées….

Il est clair qu’en politique, on n’est jamais sûr de rien, et la suite l’a prouvé : le « grandissime » favori Xavier a fini par mordre la poussière, tout comme le compétent Michel Barnier, tandis que deux outsiders sont sortis du lot à la surprise générale : Valérie Pécresse et…Eric Ciotti, chacun déballant avec brio ses « certificats de Droite décomplexée ». On connait la suite.

Au final,  jour de fête pour celle qui est justement née un 14 juillet dans un fief indéboulonnable de la Droite : Neuilly-sur-Seine, au sein d’une bonne famille et qui voit là l’aboutissement d’un long cheminement parfois semé d’embûches : de la difficulté d’être femme en politique et un positionnement politique dont la grille de lecture est parfois aussi ardue qu’un déchiffrage de hiéroglyphes….

Pourtant, la vainqueur de la primaire possède bien« la carte » pour évoluer vers le plus haut sommet de l’état : elle qui savait déjà pratiquement lire au berceau, obtenu son bac à 16 ans, intégré HEC puis l’ENA ….En outre réussit un beau mariage avec Jérôme, un polytechnicien, ponte de l’industrie et également père de leurs trois enfants….

A l’oral de l’ENA, elle tombe sur un certain Pierre Moscovici qui est tellement subjugué par son aisance, qu’il lui colle un 16/20. Elle intègre dans la foulée la Cour des Comptes afin d’embrasser une carrière de haut-fonctionnaire mais notre Rastignac en jupons rejoint vite les cabinets ministériels, dont ceux du cynique Dominique de Villepin qui avoue l’avoir recrutée parce qu’elle était une femme (traduisez : sans risque de faire de l’ombre à ses collègues masculins)

La Parisienne des beaux quartiers n’a pas hésité à salir ses escarpins sur les terres Yvelinoises, autour de la vallée de Chevreuse, profitant de l’aval du « seigneur des lieux » Franck Borotra qui souhaitait ne pas se représenter…Coup d’essai, coup de maitre(sse) pour celle qui a vite appris les « codes » comme l’avait fait auparavant  son mentor Jacques Chirac sur les terres de Corrèze (qui est le berceau familial de son mari).

Pour confirmer que son ancrage local, elle rejoint la liste de Jean-François Copé aux Régionales de 2004, espérant secrètement coiffer un jour la couronne de la première région française, ce qu’elle fera en 2015 et en 2021….

La bonne élève continue son cursus en devant ministre de Nicolas Sarkozy ou elle entreprend notamment la délicate et controversée réforme des universités…

En 2017, cette « Filloniste » sera suspectée d’être « Macron-compatible » mais ne franchira pas le Rubicon comme un certain nombre de ses compagnons d’armes… Elle quitte les LR après avoir dénoncer la dérive « réactionnaire » de Laurent Wauquiez et lance son mouvement « Agir »….

Revenue au bercail, elle continue à trainer cette réputation de « traîtresse » et d’opportuniste, accompagné de la raillerie de ses adversaires à l’instar d’un Mélenchon qui décortique son ADN politique : « deux tiers Macron, un tiers Zemmour ». Mais la dame est habile : Passé son succès, elle prône « l’union d’une droite retrouvée », adoubée par son ex-adversaire Ciotti, voyant en lui le « Pasqua du XXIème siècle », le retour aux fondamentaux et musclant son discours pour rassurer ceux qui seraient tentés de prendre une fois de plus la tangente…

Cette femme pragmatique veut « redresser la France qui a été abimée, selon elle , depuis cinq ans » et se targue d’avoir en reserve dans sa lourde besace : une série de remèdes de cheval afin de remettre debout notre cher et vieux pays, comme aurait pu dire le « Grand Charles »…

Toujours est-il que son nouveau statut l’a propulsé au sommet des sondages : la voilà qui talonne brusquement le chef de l’Etat au premier tour avec la réelle possibilité de le battre au second….

Mais Super-Valérie garde la tête froide :  comme on a pu le voir dans le passé : les sondages flatteurs d’un soir ont pu se transformer bien souvent en grave désillusion : il est clair que la partie est loin d’être gagnée tant l’incertitude est grande : pas tant au niveau d’une Gauche invisible mais plutôt du côté d’une Droite aux multiples facettes : des extrêmes au conservatisme mou  qui ne voudront pas forcément que du bien à la Dame  qui sait que la pêche aux voix pour atteindre les 50% ne sera pas vraiment une partie de plaisir…….mais qui espère bien « redonner l’espoir à tous ceux qui n’y croient plus et devenir la candidate des solutions concrètes et de la vie quotidienne ». Bon courage…

BOJO, UN CLOWN DEVENU TRISTE...

 

Editorial du 18 décembre

« C’est une claque, que dis-je c’est une rouste ! »  Aura dû grommeler Boris Johnson en apprenant la perte de la circonscription du Nord Shropshire (Centre de l’Angleterre)  lors de l’élection partielle d’avant-hier et qui a vu basculer ce bastion Tory depuis deux siècles au profit d’une candidate du nouveau parti Libéral Démocrate qui a remporté le scrutin avec plus de 6000 voix d’avance envoyant au tapis un proche du Premier Ministre, qui avait profité de sa position de député pour faire du lobbying industriel…

Un sérieux revers et surtout un nouvel avertissement pour le locataire du 10, Downing Street, peu habitué depuis son accession au pouvoir en 2019 aux déconvenues électorales. Mais beaucoup d’eau a coulé sous les ponts de la Tamise depuis ce temps glorieux où l’excentrique Mr Johnson, alias « Bojo » promettait aux sujets de sa gracieuse Majesté des « lendemains qui allaient chanter » après avoir claqué la porte de la maison « Europe »….

En effet, la crise sanitaire et une série de scandales sont passés par là, déstabilisant lentement mais sûrement le facétieux Premier Ministre jusqu’à ternir son image y compris chez ses plus fervents supporters.

Tout a commencé par une gestion dilettante de la crise du Covid (à l’instar de son «complice » au brushing : Donald Trump) et qui a provoqué des dégâts considérables de l’autre côté de la Manche : le plus lourd bilan de victimes en Europe (près de 150 000 morts) subissant un revers de bâton : lui-même ayant bien failli être envoyé « Ad patres » après avoir été contaminé...

Mais le leader Conservateur a su faire son Mea Culpa et pu redresser la barre en pratiquant une politique drastique en matière de prévention sanitaire,  devenant même un stakhanoviste avisé de la vaccination…

Malgré tout cela, comme on dit à Epsom : « Chassez le naturel, il revient vite au galop », notre fanfaron en chef est accusé d’avoir organisé des « petites réunions arrosées entre amis » en plein confinement strict (dont il était lui-même l’initiateur) prenant à la figure le fameux adage : « faites ce que je dis, pas ce que je fais »….

Ce type d’accusations n’a fait qu’accroitre le discrédit du locataire du Downing Street dont les récentes mesures en faveur de la lutte contre le variant OMICRON et sa volonté d’établir un Pass Sanitaire pour les grands évènements lui a valu un camouflet au Parlement : 99 députés Tories ont défié le chef du gouvernement en votant "contre" et la mesure n’est finalement passée que grâce aux votes des Travaillistes !

Il y a encore peu, rien ne semblait pouvoir déstabiliser un « Bojo »  jouissant d’une popularité « blindée » et d’une image de « Winner » : l’homme qui avait remporté « haut la main » les élections législatives, déjouant alors tous les pronostics puis réussi à « boucler » l’interminable feuilleton Post-Brexit, en outre favorisé par la faiblesse de l’Opposition pouvait ainsi se permettre de débiter de « bons mots » ainsi que des « promesses alléchantes » qui séduisaient encore une grande partie de l’électorat Britannique…

Mais le vent a tourné, outre la crise sanitaire, c’est surtout la crainte d’un avenir plus qu’incertain qui se profile à l’horizon et qui pourrait être fatal au Premier Ministre …

Une sorte de « Fog » persistant qui trouve son origine dans les premiers effets de la sortie de l’Union Européenne : pénurie de main d’œuvre étrangère (issue notamment d’Europe de l’Est et qui a quitté en grand nombre le Royaume-Uni : provoquant un véritable « Brexodus »),

Les problèmes d’approvisionnement dans les magasins et de facto l’ accroissement des inégalités notamment entre une Angleterre des « Upper Class » du Grand Londres et l’ex « Black England » dont les habitants se sont sentis peu à peu trahis par les promesses mirobolantes non tenues depuis deux ans….La vitrine alléchante d’un « monde meilleur d’après Brexit » symbolisé par « Goodbye UE !, Hello the Word ! »  risque de voir son rideau baisser à jamais…

Il est clair que pour beaucoup, Boris Johnson est étroitement lié au Brexit, dont il fut un temps opposé avant d’en devenir le porte-étendard, sorte de bonimenteur des temps modernes, assénant quelques contre-vérités ou autres mensonges qui ont réussi à faire basculer l’opinion publique. Mais à présent, le voilà devenu le « maître » et « esclave » à la fois de son œuvre…

Il a enfilé le costume du promoteur d’un libéralisme décomplexé, prônant une économie basée sur des salaires et des compétences élevés et accompagnés d’une fiscalité faible et d' un nouvel axe de libre-échange avec notamment les états du Commonwealth, d’Extrême-Orient et bien sûr de l’Amérique du Nord, comme centre de gravité de « l’Anglosphère » …tout en continuant à entretenir des relations « je t’aime, moi non plus » avec le Vieux-Continent :  un audacieux stratagème du joueur de Poker Boris mais qui peut s’avérer long et bien difficile à réaliser…

Sans oublier les nombreux contentieux qui commencent à constituer une montagne sur le bureau du Premier Ministre : les dossiers épineux concernant L’Irlande et son impossible frontière, l’Ecosse et sa volonté d’émancipation, la contraction du PIB due à la baisse des investissements et la délocalisation des institutions financières, etc…

Bref, l’ambitieux Boris, né en 1964 à New York (et qui eut très longtemps la double nationalité), éduqué à Eton et Cambridge où il côtoya un de ses prédécesseurs David Cameron (le premier à avoir déclenché imprudemment l’idée d’un référendum pour quitter l’Europe), devenu Journaliste (déjà incontrôlable) dans différents quotidiens Britanniques et correspondant à Bruxelles, puis Maire de Londres où il fit mordre la poussière à Ken Livingstone a longtemps pensé que rien ne lui résisterait, son côté iconoclaste et sa capacité à déjouer les pronostics constituant  une solide marque de fabrique.

Ses pitreries, ses bons mots ou bien sûr ses mensonges débités a longueur de journée ont fini par lasser une opinion publique qui doute de plus en plus de sa « capacité à gouverner » tout en lui reprochant d’avoir « encouragé » avec brio la corruption dans toutes les strates de la société britannique….

Dure réalité de l’exercice du pouvoir pour ce même Bojo qui, interviewé au JT de France 2 il y a quelques années, déclarait (en français) à Laurent Delahousse qui le questionnait sur ses ambitions personnelles « qu’il était aussi peu probable pour lui de devenir Premier Ministre que de se transformer en olive » (sic)….

Pourtant, même si l’étau se resserre de plus en plus pour lui, notre homme est persuadé qu’il peut encore redresser la barre comme sut le faire la vaillante et rusée Angleterre dans les périodes les plus sombres de son histoire, ça, c’est son côté Churchillien mais qui est systématiquement contrebalancé par son autre côté Benny Hill….

Wait and See…le suspense demeure (so british)….

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