PREAMBULE

Paul Delouvrier

Paul Delouvrier

C’était il y a 50 ans, c’était Il y a longtemps….

Le 1 er janvier 1968 naissait officiellement le département de l’Essonne, tout comme les autres nouveaux départements de la Région Parisienne : Paris, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val de Marne, les Yvelines et le Val d’Oise, tous issus du redécoupage administratif décrété en 1964….

Seule la Seine-et-Marne qui représentait à elle seule la moitié de la superficie de la Région-Capitale conserva son héritage territorial issu de la Révolution Française suite à la farouche opposition de ses élus locaux de la voir couper en deux.

L’Essonne était donc une émanation de la Seine et Oise, un curieux département à la superficie conforme à la moyenne nationale (5 600 Km2) mais qui avait la particularité d’encercler celui de la Seine (Comprenant le chef-lieu Paris et une partie des communes de la petite couronne, avec ses deux sous-préfectures : Sceaux et Saint-Denis).

La Seine et Oise (et son code 78 qui sera repris par les Yvelines) avait pour chef-lieu Versailles, et comme sous-préfectures : Pontoise, Rambouillet, Mantes et Corbeil-Essonnes. D’autres chefs-lieux d’arrondissements seront créés en 1962 : Le Raincy, Saint-Germain en Laye et Palaiseau….

Depuis la seconde guerre mondiale, le département connaissait une croissance démographique importante pour atteindre 2.3 millions d’habitants en 1962. A ce rythme, les démographes prévoyaient une population de 4.5 millions au début du XXI -ème siècle !

Il fallait donc trouver une solution à ce problème car la crainte de subir un développement anarchique de la Région Parisienne incita le pouvoir Gaulliste à créer un District de la région éponyme et y mit à sa tête, un grand commis de l’état, le visionnaire Paul Delouvrier….

Ce dernier, brillant inspecteur des Finances, issu des cabinets ministériels et du commissariat général au Plan était fraîchement rentré d’Algérie où il occupait la fonction de délégué général. Il accepta donc cette longue mission (il y restera jusqu’en 1969) et sera considéré par la suite comme le « père » des villes nouvelles.

« Delouvrier, mettez-moi de l’ordre dans ce f… » aurait déclaré le Général à celui-ci qui s’entoura ainsi d’une équipe de hauts fonctionnaires et se mit au travail pour refaçonner ce patchwork territorial.

L’idée qui vint rapidement à l’esprit du groupe de travail fut de « scinder » les deux départements (Seine et Seine et Oise) en plusieurs autres à taille plus modeste impliquant de facto la création de nouveaux chefs-lieux….

Le gouvernement de Michel Debré puis surtout celui de Georges Pompidou projeta rapidement de lancer le projet des « villes nouvelles » qui deviendraient alors des « métropoles régionales » destinées à faire vivre et travailler sur place leurs futurs habitants afin d’éradiquer l’inexorable développement anarchique des communes-dortoirs obligeant ses habitants à rejoindre chaque jour la Capitale pour des raisons professionnelles….

L’idée que « L’aimant » Parisien attirait sa banlieue et même la province, pour rappeler le fameux livre du géographe Jean-François Gravier « Paris et le désert Français » (1947) avait vécu et le brainstorming de technocrates compétents et disponibles était là pour changer la donne….

C’était en 1961, la pleine époque des Trente Glorieuses, période faste en matière de croissance économique (avec un chômage inexistant) et démographique (l’apogée du baby-boom de l’immédiat après-guerre).

Tous les espoirs étaient permis et possibles pour faire évoluer les territoires…Une aventure passionnante concernant l’aménagement du territoire était en marche….

Rappelons que Paris intra-Muros connaissait depuis l’entre-deux-guerres un déclin sensible et continu de sa population, ayant même perdu pratiquement un million d’habitants au profit de sa périphérie.

Le développement de grandes zones pavillonnaires dans la future Essonne avait débuté dès la fin des années 20, notamment à Savigny-sur-Orge, Juvisy sur Orge, Ste Geneviève des Bois, Draveil, Viry-Châtillon ou Athis-Mons qui constituaient un premier noyau urbain en dehors de Paris-Intra-Muros.

Ces lotissements étaient surtout composés de population ouvrière et d’employés qui affluaient chaque jour vers la Capitale pour venir y travailler

L’idée qui était de redéployer des ressources vers la périphérie avait fini par germer : Il fallait générer des ressources économiques, industrielles ou universitaires sur ces territoires pour mieux les faire vivre et surtout de ne pas les cantonner au rôle peu enviable de « zones-dortoir »

La nomination de Paul Delouvrier et la création du Schéma directeur de la région d’Ile de France iront dans ce sens. Il s’agit bien de corriger les disparités spatiales et économiques de la région, d’améliorer les transports mais également de préserver les zones rurales de la région….

Paris se dépeuple mais souffre de nombreux maux : celui d’une congestion automobile, d’où le lancement des travaux d’un boulevard périphérique….

On projette également dès 1960 de transférer le « ventre de Paris », les Halles, menacé d’asphyxie et de problèmes d’hygiène vers le village de Rungis, à une dizaine de kilomètres au sud mais le projet ne prendra forme qu’en 1969…

A l’ouest, le quartier d’affaires de la Défense sort de terre, avec son fameux CNIT qui est inauguré dès 1958 laissant pousser à ses côtés des gratte-ciels qui constitue clin d’œil à une Amérique triomphante qui fascine…

C’était également le temps des grands travaux dans le sud de l’Ile de France : celui de l’autoroute du Sud, envisagé avant la guerre et débuté en 1955 pour arriver au sud de Corbeil-Essonnes dès 1960. Le tronçon de Chilly Mazarin à Savigny sur Orge sera sujet à de nombreux conflits en matière d’expropriation….

L’ouverture du nouvel aéroport d’Orly, dont une grande partie dans la future Essonne, à Paray-Vieille Poste est inauguré en 1961 ou encore l’ouverture du Campus scientifique d’Orsay, le premier de son genre en banlieue sans oublier la création de la zone d’activités de Courtabœuf, entre Bures sur Yvette et Orsay à la même époque…

Mais le problème crucial du début des années 60, c’est surtout la crise du logement. Eh, oui le problème des mal-logés est une histoire ancienne, d’où le projet de grands projets collectifs immobiliers : le plus symbolique au nord de la région, Sarcelles, synonyme de la ville-champignon, accueillant bon nombre de nouveaux habitants en quête d’un logement décent….

D’autres projets d’envergure voient le jour : à Fresnes, Vélizy ou encore Aulnay sous-bois voient des tours et des barres remplacer les champs de betteraves ou de mais….

Dès 1955, un grand ensemble voit également le jour au sud de Paris, à cheval entre Antony (Seine) et Massy (Seine et Oise). Cette dernière commune voit sa population tripler en moins de dix ans et accueillera beaucoup de rapatriés d’Afrique du Nord….

L’apport de ces populations nouvelles implique la construction d’autres infrastructures : scolaires, sportives, culturelles, commerciales ou encore industrielles….

Les grues n’ont pas fini de hanter le sol de la future Essonne……

1961 : Michel Debré, Premier Ministre du Général de Gaulle vient inaugurer le nouvel Hôtel de Ville d’Evry-Petit-Bourg (Seine et Oise), il est reçu par le maire de la commune, le député Gaulliste Michel Boscher qui fut auparavant son collaborateur en 1958. L’évènement est relaté lors du journal télévisé.

On est alors loin de s’imaginer que la commune encore agricole deviendra le chef-lieu du futur département de l’Essonne et qu’Edgar Pisani y posera la première pierre de la ville nouvelle en 1966….

Aux alentours, face aux demandes criantes de logements, notamment à Ris-Orangis où le vaste domaine de l’Aulnette sort de terre toujours en 1961. A Corbeil-Essonnes, c’est également le lancement des Tarterêts qui s’étendra sur une décennie….

Les tours et autres barres d’immeubles poussent comme des champignons à Athis-Mons, Viry-Châtillon, Vigneux-sur-Seine ou encore à Savigny sur Orge et son quartier Grand-Vaux coupé du reste de la commune par une autoroute du Sud toute neuve…

Le recensement de 1962 indique que la future Essonne atteint les 470.000 habitants (soit 20 % de la population de la Seine et Oise) mais que la courbe démographique va continuer de grimper inexorablement.

Plusieurs villes dépassent alors les 20 000 habitants : Corbeil-Essonnes, Viry-Châtillon, Savigny sur Orge ou Athis-Mons, tandis que d’autres s’en approchent comme Massy (population triplée en un recensement) ou encore Palaiseau et Montgeron.

La future Essonne est le département le moins industrialisé de la Région Parisienne. Il comporte cependant quelques poches notables dans la vallée de la Seine et de l’Orge, surtout dans la région de Corbeil-Essonnes, la plus grande ville de la région et indéniablement la Capitale industrielle du Sud-Parisien.

Corbeil la sous-préfecture a fusionné avec Essonnes l’industrielle en 1951 pour former au début des années 60 une agglomération de près de 25000 habitants. Son potentiel industriel est considérable et varié : dans la métallurgie (Decauville), l’alimentaire (Exona), l’imprimerie (Crété), la minoterie (les Grands Moulins, les plus importants de France) et bien sûr la papeterie (Darblay, l’inventeur du Sopalin, notamment), la féculerie Doittau ou encore les balances Testut. Certaines entités comptant plus de 4 000 ouvriers comme chez Darblay ou 2000 chez Crété.

Donc un bassin d’emploi conséquent qui a fait la fortune de la ville mais qui va malheureusement provoquer son déclin dès le début des années 70 avec la disparition progressive de l’industrie manufacturière.

La construction du site d’IBM au sud de la ville, générateur de nombreux emplois qualifiés va partiellement donner une réponse. Ris-Orangis et Viry-Châtillon possède également un tissu industriel notable. Tandis qu’au sud, Etampes accueille depuis 1955, l’usine Bertrand Faure….

Mais la vocation du futur département réside surtout dans le développement du secteur tertiaire. On parle déjà du développement du plateau de Saclay. Le Commissariat à l’Energie Atomique s’y est implanté depuis le début des années 50 près du bourg de Saclay, mais également à Bruyères le Châtel.
Entre Nozay et Marcoussis, le centre de recherches de la Compagnie générale d’Electricité sera construit entre 1960 et 1964.

L’apport de ces populations nouvelles impliquent la construction impérative d’ infrastructures routières, sportives, scolaires, commerciales, ferroviaires en ce début des années 60 .

Les routes du sud de la Seine et Oise comportent de grands axes :

• Route de Versailles à Corbeil, via Montlhéry (ancêtre de la Francilienne)
• RN 191 entre Ablis et Corbeil
• N20 entre Longjumeau et Angerville, surnommée « la route des cadavres » à cause de certains de ses tronçons accidentogènes.
• N7 entre Athis-Mons et Le Coudray-Montceaux
• N5 entre Villeneuve St Georges et Lieusaint (Seine et Marne).

A l’époque : pas de limitations de vitesse, pas de radars, pas de permis à point, pas de rambardes de sécurité mais la France compte autant de tués sur la route : 14000, soit l’équivalent de la population d’Etampes !

Outre l’Autoroute du Sud, c’est celui du Grand Ouest, à destination de la Bretagne et de l’Aquitaine, les futures A10 et A11 dont les travaux ont été lancés au début de la décennie 60, avec déjà des tronçons en circulation, notamment autour de Massy et de Villebon sur Yvette…

Cette décennie marque l’ère du « Tout voiture » et donc de l’absence de construction de nouvelles voies ferrées pour desservir les grandes zones industrielles naissantes… Les lignes SNCF existantes datent du XIX -ème siècle : Paris-Corbeil (1840, troisième ligne ouverte en France), Paris-Melun via Villeneuve St Georges, Juvisy-Brétigny-Etampes-Orleans (1843), Brétigny-Dourdan (1855), Etampes-Pithiviers (qui fermera en 1969) ou encore Corbeil-La Ferté-Alais/Malesherbes
La RATP exploite la ligne de Sceaux notamment entre Massy-Palaiseau-Orsay-Saint Rémy les Chevreuse.

L’idée de RER a déjà germé, la première ligne sera inaugurée entre Nation et Boissy Saint Léger en 1969. Elle ne verra le jour dans l’Essonne qu’à l’orée des années 80 comme beaucoup d’autres projets infrastructurels d’ailleurs…. Dans ces années 60, elle court, elle court la banlieue et même la grande banlieue pour rejoindre la Capitale….

La future Essonne, pionnière pour la Recherche le sera également pour ce que l’on n’appelle pas encore la Grande distribution en inaugurant en 1963, le premier Hypermarché d’Europe à Sainte Geneviève des Bois qui a pour nom « Carrefour » fondé à Annecy en 1960 par Marcel Fournier et Denis Defforey. L’évènement est fêté en grandes pompes mais qui sonnera à moyen terme du petit commerce….

La France de 1964 est un pays bercé par une douce insouciance.

Depuis peu, l’Hexagone vient de sortir du douloureux épisode de la Guerre D’Algérie qui aura quand même coûté la vie à plus de 30 000 appelés ou engagés et ramener vers la métropole un peu moins d’un million de pieds-noirs pas forcément les bienvenus dans un pays qui n’est le leur que de façon lointaine.
Elle marque aussi l’apogée du Baby-boom, né au lendemain ’un conflit mondial qui avait dévasté l’Europe et une partie du Monde.

Les « trente glorieuses » économiques et sociales battent leur plein. Les taux de croissance à plus de 5 %, un chômage inexistant (moins de 400 000 chômeurs), la découverte des biens de consommation, l’allongement de la scolarité et la possibilité de progresser socialement.

C’est l’époque du Commissariat Général au Plan : des plans quinquennaux destinés à financer les grands travaux et autres infrastructures de notre cher et vieux pays….
On fait appel à une main-d’œuvre étrangère abondante et bon marché pour construire nos autoroutes, nos immeubles ou nos établissements scolaires et sportifs….

Bref des temps anciens que l’on serait tenté de revisiter avec nostalgie. Mais on sait toujours que l’adage « c’était mieux avant » est toujours à nuancer car pas forcément mieux mais simplement différent….

La France Gaullienne (le Général est revenu au pouvoir en 1958 et s’apprête à organiser cette fois ci son éventuelle réélection au suffrage universel pour 1965. Son Premier Ministre depuis 1962 est Georges Pompidou et il le restera jusqu’en …1968
(Un record de longévité à ce jour).

Une époque qui sera riche en évènements : notre gouvernement reconnait la Chine Communiste de Mao. Jean Paul Sartre refuse le Prix Nobel de Littérature, le continent Africain, en grande partie libéré du joug colonial, connait de gros soubresauts : au Kenya, en Rhodésie, au Mozambique ou au Gabon avec des tentatives de coups d’état ou de sécession au cœur de la couronne britannique ou de la dictature Salazariste.

L’Office de Radiotélévision Française (ORTF) voit le jour. Une nouvelle chaîne de télévision voit d’ailleurs le jour mais n’émet que de façon épisodique. Il y a trois stations de radio publique : France Inter, Culture et Musique sans oublier les radios périphériques (Europe n°1, Radio Luxembourg et Radio-Monte Carlo)…

Lyndon Johnson est élu Président des Etats Unis et s’apprête à déclencher la nouvelle guerre du Vietnam pour affronter de façon indirecte son adversaire Soviétique, Nikita Khroutchev.

Pendant ce temps, La France est donc devenue un vaste chantier. Ne parlons pas de l’Ile de France, menacée par une hypertrophie démographique si les flux ne sont pas plus maitrisés. C’est ce à quoi travaille la Commission Delouvrier depuis 1961.

Début 1964, une rumeur persistante affirme que la Seine et Oise sera morcelée en plusieurs nouveaux départements ce qui va se concrétiser avec le décret du 10 juillet qui voit Paris devenir un Département, le reste de la Seine étant coupé en trois départements : les Hauts de Seine, la Seine Saint Denis et le Val de Marne.
Ce que l’on appelle la Grande Couronne (la Seine et Oise) est coupée en trois : au nord, le Val d’Oise, à l’Ouest : les Yvelines et au Sud : L’Essonne.

Comme nous l’avons déjà évoqué, l’immense Seine et Marne demeurera inchangée mais va cependant connaitre un essor semblable à ses voisines….

Jusqu’à cette période, la France n’a que 90 départements métropolitains : de l’Ain au Territoire de Belfort. La création de ses nouveaux départements donna a présent 95 numérotations. Paris reprend le numéro 75, la Seine et Marne reste le 77, et les Yvelines reprend le 78 de la Seine et Oise. Les autres reprennent les anciennes numérations des départements algériens : 91, 92, 93, 94, 95…

L’Essonne (91) qui tire son nom d’une rivière qui la traverse, prenant sa source au nord du département du Loiret et devenant un affluent de la Seine à Corbeil-Essonnes.
Les confusions avec Essonnes, l’ancienne commune rattaché à Corbeil prêteront longtemps à confusion.

Dans le décret, le nouveau département qui compte 1800 km2 est une émanation des arrondissements de Palaiseau (créé pour rappel en 1962), celui de Corbeil-Essonnes et pour partie également de celui de Rambouillet (Dourdan, Etampes).

Le chef-lieu (provisoire) est fixé à Corbeil-Essonnes avec comme sous-préfecture : Palaiseau.
Le futur département, comme tous les autres, restera soumis à une période de mise en place administrative jusqu’au 1 er janvier 1968.

Ce territoire à la taille modeste par rapport à la moyenne nationale présente la particularité de présenter deux visages bien différents : un tiers nord déjà urbanisé ou en passe de l’être et un grand sud, plus éloigné de Paris et à la physionomie rurale (ce constat n’a pas changé depuis).

Il abrite 197 communes (dont deux rejoindront en 1969, le département des Yvelines : Toussus le Noble et Châteaufort, compensé par la création de celle des Ulis en 1977, pour donner suite à son détachement de Bures sur Yvette et Orsay).

Mais le choix du chef-lieu n’est pas complètement arrêté : on parle de Brétigny sur Orge, idéalement situé au centre du département et possédant de nombreux espaces vierges), d’Etampes, mais la cité Royale, encore très provinciale est trop éloignée de Paris.
Corbeil-Essonnes tient donc la corde, alors chef-lieu d’arrondissement de 25 000 habitants avec ses bâtiments administratifs existants : la sous-préfecture, le tribunal, la chambre de commerce mais avec un territoire déjà très urbanisé et peu propice au développement de nouvelles infrastructures administratives. En plus, la ville est dirigée depuis 1959 par le Communiste Roger Combrisson, chef de district à la SNCF.

Georges Pompidou et Delouvrier survolent en Hélicoptère la région de Corbeil et notamment son immédiate périphérie : Evry-Petit-Bourg.

Evry-Petit-Bourg, commune de cinq mille habitants a déjà amorcé une urbanisation notable avec Le parc de Petit-Bourg avec son fameux « building » dès 1958 et la toute récente résidence du « Bonhomme en Pierre » garde toutefois une physionomie rurale indéniable.

Un site idéal pour y établir une ville nouvelle et surtout le chef-lieu du nouveau département. Deux éléments positifs plaident en sa faveur : la municipalité est dirigée par un Gaulliste, Michel Boscher et l’ensemble des terrains appartiennent à un seul et unique propriétaire, le Comte Hubert Pastré.

Ce dernier est issu d’une famille de riches armateurs Marseillais mais dont l’implantation à Evry remonte au courant du XIX e siècle, ayant même donné deux maires très estimés à la commune durant la première moitié du XXe.

Mais Hubert Pastré ne jouit pas de la même sympathie que ces aïeux, ce banquier et propriétaire est un personnage d’un conservatisme extraordinaire.

Avant-guerre, il fut impliqué dans « l’affaire des Cagoulards », cette organisation terroriste d’extrême droite qui menaçait de « renverser » la République, le Chatelain d’Evry Petit Bourg fut accusé d’être un des bailleurs de fonds de l’organisation dirigé par le Polytechnicien Deloncle et d’abriter des caches d’armes au sein de son château des Tourelles mais il fut innocenté.

Sous l’occupation, il fait partie de la délégation municipale désignée par le régime de Vichy. On le soupçonnera de collaboration avec l’ennemi Allemand mais échappera à toute condamnation lors de l’épuration, il s’exile cependant sur les bords du Lac de Genève ou il mourra en 1995.

Ses relations avec Michel Boscher, Député-Maire d’Evry Petit Bourg et ancien déporté étaient très mauvaises et l’ancien Châtelain ne lui facilitera pas la tâche par la suite pour l’acquisition des terrains…

Entre temps, Roger Frey, ministre de l’intérieur annonce à Boscher que sa commune va devenir Chef-lieu du Département de l’Essonne et qu’une ville nouvelle va y voir le jour, ce qui ne réjouit pas l’élu car ce type de mutation sont souvent périlleuses pour les acteurs locaux car elle entraine des bouleversements d’ordre sociologique et électoral indéniable.

Loin des brainstormings parisiens, cette parenthèse enchantée que constituèrent « les Trente Glorieuses » connait ses foyers de contestation : à Etampes est organisée une manifestation d’agriculteurs inquiets sur leur avenir (et ce, avant la politique agricole commune instituée en 1966), d’autres manifestent contre l’instauration d’un péage sur l’autoroute A10 à Dourdan….

La préfecture provisoire du département est installée rue Lafayette à Corbeil-Essonnes et son premier occupant délégué est Christian Orsetti, qui d’ailleurs le sera d’ailleurs à deux reprises...jusqu’en 1969, date de la nomination de Michel Aurillac….

Le département de Seine et Oise subsiste donc pour encore 4 ans mais le démarrage du passage de témoin est lancé… Une aventure qui ne sera pas toujours un fleuve tranquille…

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