Un Cairn

Salvetat des Montagnes

Le puits du Presbytère, la nuit

Christèle Dumas et Philippe Dupont

Christèle Dumas et Philippe Dupont

3 EME EPISODE

LA SALVETAT SUR AGOUT/ANGLES

AU CŒUR DU HAUT-LANGUEDOC

17-18 Août

« Sur le Chemin, comme dans la vie, la sagesse n'a de valeur que si elle peut aider l'homme à vaincre un obstacle ».

Paulo Coelho

LIGNE 654

Depuis la Gare Routière de Béziers, le voyage en autocar dure un peu moins de deux heures pour faire les soixante-quinze kilomètres qui mènent à la Salvetat sur Agout, laissant le temps au passager obligatoirement « masqué » de pouvoir découvrir les agglomérations traversées :  Maureilhan, Puisserguier, Creissan, Cebazan, Saint- Chinian, au cœur du vignoble Héraultais avant de gagner ensuite de l’altitude à Pardailhan, Saint Just de Thomières et Soulie et enfin notre destination finale….

Cette ligne 654 nous permet également de constater les contrastes géographiques qui caractérisent le Département de l’Hérault que les observateurs avisés comparent souvent à un amphithéâtre ouvert face à la mer et dont la diversité des paysages est remarquable : des ultimes contreforts du Massif Central qui tutoient le nord d’un territoire qui va s’étendre jusqu’au sud sur les bords de la Méditerranée en rencontrant sur son chemin, les Garrigues arides puis la basse plaine du Languedoc viticole….

Un département millionnaire en nombre d’habitants mais dont la grande majorité est largement concentrée sur les trois aires urbaines de Montpellier, Béziers et Sète tandis que notre destination du jour nous offre la confirmation d' un habitat de plus en plus clairsemé……Un même territoire, deux mondes bien différents mais avec comme dénominateur commun, un climat méditerranéen avec ses bons et ses mauvais côtés….

MON VILLAGE A L’HEURE MONTAGNARDE

L’autocar est enfin arrivé à l’entrée du village de la Salvetat:  tous les passagers descendent car c’est le terminus du trajet aller. Nous récupérons alors nos sacs à dos qui étaient stockés dans la soute à bagage et nous découvrons notre environnement immédiat qui nous fait immédiatement une bonne impression.

Pour nous comme pour le grand public, le nom du village est associé à celui d’une source éponyme, située à l’écart de la commune et qui contribue à sa notoriété mais ce n’est pas son seul atout….

La Salvetat sur Agout est un gros bourg rural d’un peu plus de 1 200 habitants mais qui parait beaucoup plus important au vu de l’effervescence qui règne sur la place principale bordée de commerces et de cafés.  On se croyait un jour de fête : il y a un manège où l’on entend crier les enfants….

Ce qui est le plus saisissant ce sont les environs immédiats que l’on peut scruter depuis la place : nous sommes au cœur du Parc Naturel du Haut-Languedoc, c’est-à-dire en "moyenne montagne", à près de 850 mètres d’altitude, d' où le contraste flagrant avec les 17 mètres de Béziers d’il y a deux heures ! Sur le versant face à nous, on aperçoit quelques maisons isolées accrochés à cette montagnette couverte de forêts léchées par les rayons d’un soleil encore généreux……

La commune est très étendue et avec plus de 8 700 hectares de superficie, elle est la deuxième en superficie du département de l’Hérault, après Béziers. Le chef-lieu du bourg abrite la majeure partie de la population, le reste étant disséminé parmi une centaine de lieux-dits et hameaux aux alentours….

Cependant, notre premier objectif est de trouver, comme tout pèlerin qui se respecte (enfin, je parle sous le contrôle de Christèle, n’étant encore moi-même qu’un novice), c’est de trouver l’emplacement de notre hébergement pour la nuit, pour cela il faut se rendre à l’Office de Tourisme située dans le centre du village….

Nous franchissons une porte de ville qui nous fait découvrir la rue principale du village avec quelques commerces qui nous confirment le dynamisme du bourg, nous découvrons sur notre passage l’imposante Eglise Saint-Etienne pour finalement accéder à l’Office de Tourisme, une belle bâtisse admirablement située en plein cœur du village, sur la Place des Archers, à l’empreinte médiévale des lieux….

Entrée de la Salvetat par la poterne...

Entrée de la Salvetat par la poterne...

LE GRAND TOUR

Ouvert toute l’année aux touristes et autres sportifs, il propose un grand choix de documentations et toutes autres cartes concernant les Monts et les lacs du Haut-Languedoc, mais également des topoguides pour les randonnées pédestres et de VTT, confirmant l’ambiance de moyenne montagne qui nous a saisi dès la descente du car….

La Salvetat sur Agoût est également un lieu chargé d’histoire et dont l’existence remonte au Xe siècle, elle tire son nom du latin « Salvitatem » que l’on peut traduire par Sauveté, sorte de lieu d’asile, sa variation Occitane de Salvetats fait référence à des villes nouvelles qui servaient donc de refuge souvent organisé par le Haut-Clergé dans cette partie méridionale de la France médiévale… C’est une autre mission de l’Office de Tourisme de faire des visites guidées de la vieille ville riche de plusieurs monuments remarquables…

Mais la Salvetat sur Agoût, c’est bien sûr une étape importante sur la voie d’Arles, cette variante du chemin de Compostelle que nous allons empruntée dès demain matin, sur plus de deux cents kilomètres et qui nous mènera à Toulouse dans une dizaine de jours… On dit même que le pont Saint-Etienne, situé au nord de la commune et qui enjambe la Vèbre (qui elle-même se jette ensuite dans l’Agoût) servait de passage aux Pèlerins… et que dire de sa source naturelle qui permit dès le Moyen-âge qui avait la vertu de soigner des fièvres et surtout de désaltérer les adeptes du « Chemin »

La municipalité a su saisir, le regain d’engouement pour « Compostelle et ses chemins » opéré depuis une trentaine d’année, même si cette « voie d’Arles » est beaucoup moins fréquentée que celle du Puy en Velay, elle suscite malgré tout un intérêt croissant du fait notamment de la richesse du patrimoine qui la caractérise….

L’ancien presbytère situé derrière l’Eglise est devenu le gite d’Etape des Pèlerins et c’est à l’Office de tourisme que l’on vient y chercher les clés et payer l’hébergement qui a été réservé il y a déjà un certain temps pour une raison particulière….

Rappelons que pour cause de crise sanitaire, comme nous avons pu le constater auparavant à Béziers, une partie non négligeable d’hébergements n’ont pas réouvert, voire ont fermé définitivement et toute nuitée à l’improviste est devenue impossible…

A l’accueil, l’hôtesse nous fait remplir un questionnaire concernant nos coordonnées : identité lieu de résidence et numéro de téléphone : ce n’est pas anodin, ce formulaire est rempli et conservé en cas de détection de COVID afin de pouvoir nous contacter en cas de suspicion de contamination…Tout un rituel que nous ne cesserons de subir tout le long de notre périple…Prévention oblige…

Ici, le gîte n’offre pas le couvert comme les « donativos » ni la possibilité moyennant supplément d’être nourri pas l’hébergeur mais vous permet néanmoins de pouvoir préparer votre repas du soir…, le prix moyen de la nuitée est de 10 euros par personne….

Et avant de nous donner les clés, l’Hôtesse nous avertit sur les consignes à respecter sur place : ne pas monter les sacs à dos ni ces chaussures dans les chambres pour des raisons sanitaires puis elle tamponne le Cachet de la Salvetat sur les cases encore vides de la Crédenciale de Christèle tandis que l’auteur de ces lignes qui n’a toujours pas le précieux passeport se contente d’avoir son premier cachet apposé sur une feuille de papier libre : c’est bien connu, on fait ce que l’on peut avec les moyens du bord….Enfin, l’hôtesse nous précise que nous serons les seuls occupants du Gîte pour ce soir…..

Pèlerin, souviens-toi...

Pèlerin, souviens-toi...

LE PRESBYTERE

Quelques centaines de mètres après avoir quitté l’Office de Tourisme, nous découvrons le Gîte d’Etape : c’est une belle bâtisse probablement du XVII e siècle et qui fut, rappelons-le, l’ancien presbytère situé à quelques pas de l’Eglise… L’édifice a trois étages et ressemble beaucoup à ces demeures de ville assez massives qui ont été construites au cœur des villages de caractère…

La porte d’entrée est plutôt rustique, jadis fabriquée avec un bois poli par le poids des années et une serrure un peu capricieuse que notre clé arrive toutefois à dompter nous laissant découvrir le vestibule plutôt sombre et imprégné d’une odeur d’humidité (peut-être de salpêtre) qui nous chatouillent d’emblée les narines….

Bons soldats, nous enlevons nos chaussures que nous laissons dans un coin de la pièce avant qu’un escalier nous indique la direction du premier étage dans lequel nous déposons nos sacs et découvrons une pièce à coucher et une salle commune avec cuisine. Mais notre « dortoir » est à l’étage suivant….

Ah, les dortoirs de gite de pèlerin ! …. Composés de lits simples et souvent superposés : on est plus proche de « l’Auberge de jeunesse » que d’une Suite au Sofitel mais le confort existe quand même. Mais durant le périple, votre lit du jour est salvateur : il vous permet de récupérer de votre journée de marche …en attendant la suivante….

PLACE DU VILLAGE

Demain, c’est le grand jour : nous devons analyser le parcours de demain qui devra nous mener à Anglès, situé à un peu plus de vingt kilomètres à l’Ouest, à l’entrée du département du Tarn…Vingt kilomètres pour une première journée, c’est plus qu’un « tour de chauffe », il faudra tenir la cadence et prendre en compte plusieurs paramètres : partir aux premières lueurs du jour, avoir bien rempli son sac à dos, avoir de bonnes chaussures et surtout avoir de quoi boire et de quoi manger jusqu’à notre destination……

Nous retournons à l’entrée du village afin de faire quelques « courses uniquement pour demain » ayant choisi d’aller au restaurant ce soir…. Il y a toujours autant d’animation et nous nous dirigeons vers la Charcuterie Cabrol, située sur la bien nommée Place Compostelle… Ce commerce est tenu par la même famille depuis cinq générations et propose des Salaisons et autres produits locaux. Pour cause de Covid, seules trois personnes masquées peuvent être présentes dans la boutique…  

J’attends dehors et je scrute l’horizon, toujours ce paysage de moyenne montagne, au loin les monts de Lacaune, je découvre que l’altitude moyenne de la commune varie de 800 à 1100 mètres et qu’elle est accessible par trois cols, un ressenti de baisse de température me caresse les jambes…

La Place Compostelle

La Place Compostelle

UNE HISTOIRE D’EAU

C’est bien connu, la Salvetat sur Agoût est également un pays d’eau et de forêts : un lac tout proche transformé en base de loisirs propose des activités nautiques et les ruisseaux avoisinants riches en truites font la joie des touristes comme des pêcheurs…. Mais n’oublions pas également l’Usine d’embouteillage appartenant à la société des Eaux d’Evian et qui commercialise une eau minérale pétillante et peu salée que l’on trouve dans toutes les petites, moyennes et grandes surfaces….

L’entreprise créée en 1848 et qui emploie plus de 75 salariés est située dans le Hameau de Rieumajou, et ironie de l’histoire, dans ce lieu marqué par l’histoire religieuse, a connu une « résurrection » en 1990 en ayant été rachetée par cette filiale de Danone, après des décennies de léthargie….

Retour à la Place Compostelle, propice aux rencontres. Nous discutons avec un Parisien d’adoption qui a dû s’exiler pour des raisons professionnelles et qui revient à toutes les  vacances sur les lieux de son enfance…. "Retour aux sources", Salvetat oblige....

Ah, l’exil!... il est souvent inévitable pour les générations nouvelles qui ne peuvent pas trouver leur place dans cet environnement qui reste excentré et peu porteur d’emplois durables, surtout quand l’industrie est absente et l’agriculture de montagne en voie de marginalisation. « Ils quittent un à un, le pays » comme chantait Jean Ferrat dans « La Montagne » en 1964. Et cela ne s’adresse pas uniquement aux habitants de la Montagne Ardéchoise mais également à celle du Haut-Languedoc qui partent à la conquête des « Métropoles » que sont Montpellier, Toulouse et bien sûr Paris en quête d’un avenir prometteur…

Certes la Salvetat n’appartient pas complètement à cette « France périphérique » : elle possède encore des services publics, un cabinet médical, une radio « libre », une desserte routière existante, des écoles, une industrie et de l’artisanat mais elle aura quand même vu sa population divisée par trois depuis le milieu du XIX e siècle……

LA SALVETAT BY NIGHT

Nous allons donc passer notre dernière soirée à l’extérieur. … Nous trouvons un restaurant sympathique sur une placette, non loin du presbytère…. Le serveur est très affable et adore faire des exercices de jonglage devant les clients…il ne se débrouille pas trop mal et aurait presque pu s’inscrire au Cadet’s Circus s’il avait habité Etréchy… Nous prenons l’apéritif pour fêter notre arrivée au cœur de cette jolie cité médiévale qui constituera donc la première étape de notre « longue randonnée ».

Il fait un peu frisquet et la petite laine n’est pas de trop pour endurer ce climat de moyenne montagne… mais l’ambiance est chaleureuse et le serveur, en fait le Patron, nous raconte la période de Confinement qui a vu son restaurant fermer comme tous les autres pour finalement rouvrir fin mai…

Dans un Anglais un peu hésitant, il « dépanne » des voisins de table qui sont Allemands mais qui possèdent toutefois quelques rudiments de la langue de Molière : il leur a trouvé un hébergement de dernière minute dans un environnement de dernière minute avant de revenir vers nous pour nous apprendre qu’il est lui-même un « Globe-Trotter », un routard amateur de sac à dos surchargé, digne héritier de son père, lui-même « routard quelque part du « côté de Madagascar » ….

Avant d’aller se coucher, une petite promenade digestive s’impose, la nuit est tombée, donc vous l’avez compris : un « Salvetat by night » s’impose. D’ailleurs avec Christèle, nous sommes des adeptes des balades nocturnes dans les cités de caractère, étant persuadés comme le disait naguère Richard Bohringer : qu’évidemment « C’est beau une ville, la nuit » (mais avec une démarche plus sobre…) dès lors que l’on a l’impression que l’environnement vous appartient le temps de votre flânerie, que vous soyez à Dourdan, Fougères, Le Mans ou Moret sur Loing, une autre forme « d’ivresse » vous chatouillent autant l’esprit que le plaisir des yeux…

Le vieux village de la Salvetat ne déroge pas à cette règle : les venelles, les passages, les lucarnes ou tout autre vestige de tour ou encore l’ancien puits près du presbytère constituent des témoignages uniques d’un passé glorieux qui renforcent sa part de mystère envoûtante dans la pénombre….

En conclusion, l’escalier de la Portanelle qui relie la partie basse à la ville haute permet de contempler les restes de rempart qui constituait au Moyen-Age, le point central de défense de la cité fortifiée…

Mais il va bientôt être temps de regagner le Presbytère car nous devons préparer nos affaires pour le « grand départ » de demain matin, ou si vous préférez de vivre la nuit de veille avant « le jour J »

DEMAIN SERA UN AUTRE JOUR

La soirée s’achève donc avec les derniers préparatifs : bon remplissage des sacs, étude du parcours de demain, états des provisions : nourriture et boissons indispensables pour bien démarrer…En bonne cheffe de cordée, Christèle a su anticiper, ayant dû faire de nombreuses modifications pour cause de crise sanitaire…

C’est également une femme autant observatrice que (très) attentionnée : elle remarque en un éclair le moindre détail qui cloche chez son interlocuteur : de l’épi rebelle sur la tête au soulier mal lacé en passant par un sac à dos mal sanglé : elle voit tout et en profite pour prodiguer les derniers conseils judicieux afin de vivre l’instant présent le plus agréable possible…

Autant physiquement que moralement, nous sommes prêts : les sacs déjà bouclés, nous pourrons pratiquement partir dès le saut du lit, n’ayant plus qu’à nous chausser avant d’arpenter des chemins de la découverte…

Néanmoins, une once d’inquiétude : Christèle a une douleur à son genou gauche, qui lui a déjà joué des tours dans le passé et qui a ressurgi par suite d’une mauvaise chute, se voyant ainsi contrainte de porter une genouillère durant tout notre périple, ce qui pourra être préjudiciable en cas de terrain accidenté malgré l’appui solide des bâtons……

La Salvetat s'éveille...

La Salvetat s'éveille...

LE CHANT DU DEPART

Le réveil a sonné avant 7h00. Il fait à peine jour car en ce milieu du mois d’Août, les jours ont commencé à raccourcir.  Nous nous préparons assez rapidement et nous quittons le Presbytère vide de tout autre pèlerin avant d’aller rendre les clés dans la boite de l’Office de Tourisme.

A cette heure-ci, les ruelles du village sont assez peu fréquentées mais nous rencontrons toutefois une personne croisée la veille et qui nous souhaite un « bon chemin » …

Nous prenons notre petit-déjeuner sur la place Compostelle, en face des Remparts puis ça y est : le moment est venu de partir, nous enfourchons nos sacs et nous nous dirigeons vers la sortie de la Salvetat….

LE PARCOURS DU JOUR

Dès hier, le « parcours La Salvetat-Anglès » avait été repéré, avec des indications contradictoires sur la durée du trajet, variant de 1 à 2 km, peu importe : il faudra faire au minimum 18 kilomètres et mettre un peu plus de 5 heures (hors pause) pour y arriver. N’oublions que la fameuse moyenne de 5 km à l’heure pour un piéton peut varier selon l’altitude ou l’état de la route et bien sûr le chargement que l’on a sur les épaules et dans le cas présent, une moyenne de 4 km à l’heure parait plus probable….

Comme nous l’avons mentionné auparavant, nous allons évoluer dans un environnement de moyenne montagne, à une altitude moyenne oscillant entre 700 et 860 mètres et le relevé topographique laisse apparaître à première vue un parcours sans grande difficulté empruntant des prairies, quelques ruisseaux et pas mal de forêt et en changeant de département à mi-chemin, l’Hérault laissant la place au Tarn….

Le ciel est voilé, ce qui n’est pas désagréable lorsque l’on commence un périple de bonne heure avec l’idée sous-jacente d’arriver en début d’après-midi à Anglès, ce qui permettra de pouvoir récupérer plus facilement….

Nous sortons des ruelles de la cité fortifiée pour déboucher sur un parapet qui nous permet de contempler une dernière fois les environs et surtout le pont qui enjambe l’Agout.  Nous nous prenons en photo pour marquer « notre départ » puis nous entamons la descente vers le pont….

Il est huit heures et La Salvetat continue de s’éveiller lentement en jouant à cache-cache avec les nuages. Une ultime fois, nous voyons progressivement le village s’éloigner au fur et à mesure que nous gagnons la route….

Les problèmes récurrents rencontrés sur ce type de périple se concentrent souvent sur la signalétique qui peut parfois jouer des tours au « pèlerin » : balisage approximatif, mauvaise appréciation de la lecture du topoguide ou encore difficulté à pouvoir se situer dans l’espace entrainant une perte de temps qui peut s’avérer préjudiciable, amenant stress et surtout fatigue….

Le premier kilomètre arpenté est souvent celui qui vous fait le plus cogiter…à égalité avec le dernier (c’est que j’apprendrai un peu plus tard) :  une série d’interrogations vous agite le cerveau : allons-nous faire la ballade les mains dans les poches en sifflotant ou bien la finir fourbu et essoufflé ?  Mieux vaut ne pas trop avoir d’état d’âme dès le début et de plutôt rejoindre la case « optimisme », l’aventure ne fait que commencer….

La route est assez fréquentée et oblige les piétons que nous sommes à marcher à gauche de la voie dans le sens de la descente des véhicules… Des véhicules qui roulent assez vite malgré une visibilité réduite mais Christèle connait tous les « codes » pour se faire repérer, elle agite un de ses bâtons pour signaler notre présence….

Nous finissons par rejoindre le « Pont de la Lune » que nous dépassons, et qui a défaut d’être « la Mer de la Tranquillité » nous permet de constater que nous faisons des « petits pas comme humains, mais espérons faire de grands bonds pour la randonnée »

Le GR apparait soudain, ce qui va nous permettre de troquer le bitume fréquenté pour un chemin de terre qui s’avère un peu pentu….

Dans les trois heures qui vont suivre, nous allons pénétrer au cœur du parc du Haut-Languedoc, en empruntant aussi bien les chemins sinueux et forestier du massif de l’Agout qui rappelle les Cévennes voisines que les prairies rudes mais on l’on pratique encore l’élevage et qui évoquent plutôt le massif Central….et avec dans tous les cas comme dénominateur commun : l’absence quasi-totale de foyers humains… nous sommes vraiment entrés dans la solitude du pèlerin bravant les éléments naturels, enfin…presque….

Après un peu plus d’une heure de marche, un premier constat s’impose : le parcours est loin d’être plat et nos efforts déjà déployés pour une première journée laisse présager quelques signes d’étonnement : ce sera peut-être plus dur que prévu…

Nous faisons notre première pause avant d’emprunter un chemin forestier, j’en profite pour me délester de mon sac : une impression de grande légèreté m’envahit, je me sens un peu en apesanteur, je saisis ma gourde pour envoyer une rasade d’eau fraiche dans une gorge déjà sèche……

Mais pour ne pas avoir les jambes « coupées », il est bon de ne pas trop s’attarder et de reprendre notre chemin car le temps est précieux… nous n’allons jamais rencontrer d’autres pèlerins mais plutôt des Vététistes que nous croisons en arpentant une pente très raide….

La Symphonie pastorale

La Symphonie pastorale

 « Que vous en semble ? Si un homme a cent brebis, et que l'une d'elles s'égare, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres sur les montagnes, pour aller chercher celle qui s'est égarée ?

Évangile selon Matthieu, chapitre 18, versets 12 à 14.

Nous aboutissons vers une prairie entourée d’un vaste enclos dans lequel est groupé un  élevage ovin important : quelques brebis se rapprochent de nous en bêlant allègrement, rejointes assez rapidement par le reste du troupeau et cette bruyante « symphonie pastorale » résonne jusqu’à notre départ…. Pas le temps d’essayer de trouver le mouton noir du troupeau ou une quelconque brebis égarée…nous continuons notre propre transhumance….

Nous retrouvons une route bitumée mais parfois coiffée de petites touffes herbeuses, Christèle avance d’un pas régulier, aidée par ses deux bâtons dont la pointe caresse de façon rythmée le sol tel un métronome…. Je suis en fait passé devant, progressant de façon soutenue tout en contemplant un paysage toujours constitué de prairies et coiffés de conifères éparpillés qui masquent les collines boisées qui s’étirent à l’horizon…

A la fois naturels, forgés par l’homme et ersatz d’une présence humaine, les cairns se tiennent à la frontière entre matériel, fonctionnel et spirituel. Caméléons de pierres, ils endossent le rôle que l’observateur leur prête.

Alexandre Gillet, Géographe

Nous nous imprégnons progressivement de l’esprit du « Chemin » et la main de l’homme est passée par là : nous allons découvrir quelques signes de « ferveur religieuse » qui sont visibles mais hors des chemins balisés comme ce « cairn » dominé par une Croix qui nous rappelle au bon souvenir du « pèlerin inconnu » qui a édifié cet amas de pierre comme pour une sorte de « témoignage » et peut-être d’y apporter notre propre touche personnelle en rajoutant une « petite pierre » à l’édifice de fortune…

Les Cairns ne surgissent pas uniquement sur la Route de Compostelle car on en trouve un peu partout dans les zones montagneuses, ils servent souvent de repère pour celui qui emprunte les sentiers abrupts et qui sait que l’on est passé par là avant lui, ou comme une sorte de lieu de mémoire érigé au sommet des montagnes ou sont tout simplement édifiés sans symbolique particulière, telle une simple inspiration à un moment précis….

Au milieu d’un vaste pré laissé en jachère, une croix de fer scellée sur un socle rocheux est chapeautée par une coquille, c’est clair, Saint-Jacques et Saint-Roch se rappellent au bon souvenir des pèlerins….

Nous marchons depuis plus de trois heures après avoir fait plusieurs poses, toujours de courte durée pour ne pas casser le rythme, mais le parcours est un peu plus compliqué que prévu, peut être trop raide pour une première journée, je commence à sentir le poids du sac sur mes épaules encore peu rodées à ce type d’exercice, Christèle se plaint parfois de son genou qui lui fait un peu mal en arpentant les descentes…. Mais l’heure du déjeuner n’est pas loin, nous comptions au départ filer directement jusqu’à Anglès mais il nous reste encore au moins deux heures de marche, nous nous arrêterons dans une aire de repos dès que nous en croiserons une….

Une Pèlerine en action...

Une Pèlerine en action...

PIQUE-NIQUE

Après avoir emprunté une route forestière, nous découvrons cette « fameuse aire » que nous cherchions…. Un cabanon est installé au milieu d’une sorte de parking de terre entouré de petites buttes sur lesquelles ont été construites des tables….

Face au cabanon, une table est dressée avec trois hommes bien portants qui « refont » le monde, autour d’une bouteille de vin blanc et de cochonnailles bien copieuses…

Affables, ils nous invitent à venir les rejoindre, nous déclinons leur offre car nous préférons pique-niquer à l’écart, en espérant nous remettre assez rapidement des efforts de la matinée… Un robinet nous permet de remplir nos gourdes qui se sont très rapidement vidées au cours de la matinée, car c’est clair, le pèlerin est vite déshydraté et n’est donc pas près de rivaliser avec le chameau au cœur du Désert.

Ah, qu’il est bon d’avoir retiré son sac, sa polaire, puis retiré ses chaussures et surtout enlevé ses chaussettes afin d’aérer des petons heureusement pas encore meurtris pour ensuite soulager notre estomac qui commence à crier famine ….le repas ne sera pas pantagruélique mais apprécié quand même….l’ambiance camping, quoi : opinel, gourde et dégustation directement dans la boite de thon…..

Nos voisins de tablée nous confessent qu’ils sont venus ici pour « aller ramasser des champignons » mais il semblerait que leur projet soit resté dans les placards du cabanon. Avec leur accent Tarnais un peu rocailleux, ils se remémorent leurs souvenirs de bidasses et de cancres tout en apprenant que nous faisons Compostelle…. Un nom qui leur dit quelque chose mais sans plus……

Avant de partir, nous leur demandons si Angles n’est pas trop loin : « Angles ? non, c’est tout prêt, c’est à peine à une demi-heure d’ici » …. Cela nous emballe, nous avons fait le plus dur et nous repartons allègrement…mais pas trop longtemps.

En effet, plus d’une heure a passé et toujours pas d’Angles en vue, encore quelques pentes un peu raides et un paysage de prairies qui commence à devenir monotone, bien que l’on devine au loin un hameau isolé… Nos joyeux drilles voulaient dire « une demi-heure en voiture » en fait, nous allons mettre une heure de plus pour atteindre notre destination finale…. Dur, dur pour une première journée….

L’ARRIVEE A ANGLES

Le meilleur moment d’une étape quotidienne, c’est …l’arrivée… l’idée que l’on va pouvoir se débarrasser de son sac à dos, de pouvoir retirer ses chaussures et de se vautrer sur son lit pour profiter d’un repos bien mérité…. C’est une boutade bien sûr, même s’il y a une part de vérité avec en prime l’autosatisfaction d’avoir accompli un tel périple…

A contrario, un des pires moments de ladite étape se produit souvent dans le dernier kilomètre : l’entrée …souvent interminable qui mène au centre d’un village ou les faubourgs sans fins qui mènent au cœur des villes, vous rajoutez un soleil insolent de début d’après-midi et l’amorce d’un ras-le-bol commence à trotter dans votre esprit fatigué……

Le dernier tronçon sur la départementale 52 n’a pas été une partie de plaisir, non pas qu’il soit difficile mais plutôt la résultante d’un parcours qui aura alterné plaines-faux plats-descente… Ces descentes qui se sont avérées très délicates pour le genou capricieux de Christèle et agressives pour mes pieds soumis à un frottement incessants dans les chaussures….

L’entrée du village est composé d’un habitat très clairsemé, composé de chalets, de maisons hautes et de locaux artisanaux….on pourrait se croire dans un village du Haut-Morvan ou des Vosges mais nous sommes bien en Occitanie, cette nouvelle région créée en 2015, issue de deux anciennes : Midi-Pyrénées, dont dépendait le département du Tarn que nous venons de fouler et Languedoc-Roussillon, auquel appartenait l’Hérault, que nous venons de quitter….

Il ne nous reste plus qu’à rejoindre le centre du village, situé autour de l’Eglise que nous apercevons puis prévenir notre hôte du gîte dans lequel nous aller passer la prochaine nuit de notre arrivée imminente….

Le Pont de la Lune

Le Pont de la Lune

POUR LIRE OU RELIRE LES PRECEDENTS EPISODES, CLIQUEZ SUR LES LIENS SUIVANTS:

1. Oct., 2020

L'INVITATION AU VOYAGE

1. Oct., 2020

BIENVENUE EN OCCITANIE

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