Johnny Hallyday

Jim Morrison

Louis Armstrong

Philippe DUPONT
(1971)

Philippe DUPONT
(1971)

PREMIER EPISODE

71, ODYSSEE DE LA MUSIQUE

En 1971, on vend en France 41 millions de 45 tours et près de 28 millions d’albums (33 Tours).  C’est la grande époque des Mini-Cassettes (l’ancêtre du « piratage » pour certains) et des Chaines Hi-fi….

La chanteuse Française Séverine remporte le « Grand Prix de l’Eurovision » avec sa chanson « Un banc, un arbre, une rue » mais sous les couleurs de la principauté de Monaco tandis que le candidat de la France, un certain Gérard Lenorman se classe 10 ème !.

« Discorama » l’émission culte de Denise Glaser diffusée chaque dimanche sur la Première chaîne de l’ORTF reste un rendez-vous incontournable pour un bon nombre d’artistes qu’ils soient célèbres ou inconnus.

Jean-Christophe Averty continue de filmer les « festival de Jazz » notamment celui de Juan-Les-Pins tandis qu’André Francis continue à distiller sa passion du Jazz sur les ondes de France Inter ou France Musique.

Serge Kauffmann produit sur la Deuxième Chaine de l’ORTF : « les Musiciens du soir » une émission originale qui a le mérite de faire connaitre les formations musicales amateurs qui fleurissent partout en France..

C’est aussi l’époque de la bonne « variétoche » que l’on regarde surtout dans les émissions télé de Guy Lux ou des Carpentier mais aussi du Rock que l’on peut voir dans « Pop 2 » sur la deuxième chaîne de l’ORTF  et dont le présentateur est Patrice Blanc-Francart….

C’est l’époque des « Hits parades » sur les radios « périphériques » (RTL, Europe N°1, RMC) …mais aussi du « Pop Club » de José Artur sur France Inter et de « Campus » de Michel Lancelot sur Europe N°1 sans oublier un petit nouveau qui débarque sur RTL: Georges Lang (il est toujours fidèle au poste !) et son complice Jean-Bernard Hebey, grand "ponte" du Rock sur les ondes de la station Grand-Ducale...

REQUIEM

En 1971, le monde musical va perdre plusieurs de ses plus illustres représentants, venant d’ailleurs d’environnements totalement différents : le compositeur d’origine Russe mais naturalisé Français puis Américain, Igor Stravinski, auteur de « l’Oiseau de Feu » et du « Sacre du Printemps » s’éteint à l’âge de 88 ans. Il était considéré comme une des musiciens classiques majeurs du XXème siècle, ayant abordé la plupart des styles au cours de ses soixante -dix ans de carrière…

Louis Armstrong, le gosse misérable de la Nouvelle-Orléans devenu une star planétaire  s’éteint couvert de gloire à l’âge de 70 ans. Il ne se« fendra plus la poire » comme le chantait son admirateur Nougaro qui lui avait dédié une chanson qui portait son nom. « Satchmo » (de l’argot : « bouche en sacoche) comme on le surnommait a définitivement rangé sa trompette pour rejoindre tous les saints au Paradis……

Sur la planète Rock, la vie s’est arrêté brutalement arrêtée à 36 ans pour Gene Vincent, une des premières « rock star » de l’histoire, l’auteur de « Be-Bop A Lula », de « Baby Blue » ou de « Say Mama » qui connaissait depuis un certain temps, une « longue traversée du désert », en outre miné par ses nombreux accidents de voiture et  surtout ses excès d’alcool…

Le 3 juillet 1971, à Paris, dans un appartement du XVIIème arrondissement, on découvre le corps sans vie de Jim Morrison, l’âme des « Doors » qui s’était exilé dans la Capitale Française trois mois plus tôt et qui rejoint le « Club des 27 » ceux qui sont morts à l’âge de 27 ans seulement, à l’instar de Jimi Hendrix et Janis Joplin, disparus l’an passé….

EMBOUTEILLAGE

C’était l’époque où le Périph’ Parisien n’était pas complètement achevé (il sera inauguré par le Premier Ministre Pierre Messmer en 1973) et la Région Parisienne (on ne disait pas encore Ile de France) croulait (déjà) sous les embouteillages à Paris comme dans sa périphérie…

Sur France Inter, Pierre Bouteiller n’hésite pas à nommer son émission « embouteillage » …clin d’œil à cette thrombose automobile urbaine doublé d’un jeu de mots concernant son patronyme… Et nul doute que cet animateur cultivé et mélomane a dû applaudir la création, dès le mois de janvier, d’une nouvelle station de radio :  France Inter Paris, plus connue sous le nom de « Fip » dont la vocation est d’accompagner, grâce à une programmation musicale de qualité, la solitude de ces malheureux automobiles coincés dans « les bouchons » mais nous y reviendrons ultérieurement….

Mais être « bloqué » dans les embouteillages pouvait donner de l’inspiration à certains auteurs de chansons comme ce sera le cas pour Hubert Giraud qui pour « tuer le temps » griffonne les premiers mots d’une chanson qu’il va appeler « Mamy Blue ».

Ce parolier réputé ignore alors qu’il va créer un des plus gros « tubes » de cette année 1971 aussi bien en France qu’à l’Etranger. Le compositeur fera interpréter sa chanson au fil du temps par de nombreux artistes et groupes, en Italien, en Anglais (avec le Français Joel Daydé) et bientôt en Français avec Nicoletta, dont la version est restée gravée dans toutes les mémoires, la hissant même en tête du Hit-Parade….

Hubert Giraud avait déjà composé auparavant « il est mort le soleil » pour celle que Ray Charles surnommait affectueusement « la Négresse Blanche », appartenant à cette catégorie des « chanteuses qui ont de la voix » que ne renieraient pas les choristes de Gospel …. Bien plus tard, cette dernière reprendra d’ailleurs cette chanson très modifiée pour la circonstance avec la complicité de Joey Starr    !

Autre « tube » qui explose cette année-là, devenant au passage un des standards de la « musique électronique » : « Pop-Corn » avec une rythmique aussi simple qu’obsédante, interprétée alors par le groupe « Hot Butter » qui reprend ce morceau conçu deux ans plus tôt et qui connaitra ultérieurement plusieurs centaines de versions……

LA RUE MICHEL

En France, c’est « l’âge des chanteurs et chanteuses de Variétés »….dont la plupart d’entre eux a succédé à la vague « Yé-Yé » style Salut les Copains et ceux qui « cartonnent » le plus, ce sont surtout les Quatre Michel : d’abord Sardou, un « enfant de la balle », fils de Fernand et Jackie qui tenaient un cabaret réputé à Paris et qui est devenu une valeur sûre  avec « les Bals populaires » ou qui raille l’univers « kaki » du Service Militaire avec le « Rire du Sergent » comme pour se venger d’en avoir pris « pour dix-huit mois »…..

Son « coloc’ » des années vaches maigres, Fugain, ancien étudiant en Médecine, d’abord aspirant-comédien, il sera d’ailleurs figurant sur le film « Paris Brûle-t’il » avec son pote Sardou et un certain Patrick Dewaere, autre enfant de la « Balle », « jumeau de Sardou » (il est né le même jour que lui en 1947 !) ne va pas tarder à « exploser » en créant en fin d’année son « Big Bazar », devenant « l’homme pressé du Show-Biz » lui qui chantait naguère « je n’aurais pas le temps » ….

Le troisième Michel, Delpech, revenu de l’Ile de Wight et de son environnement « embrumé » squatte les premières places avec « Pour un Flirt » ne manquant pas au passage de faire chavirer le « cœur des minettes » ….

Enfin, le quatrième, celui par qui le « scandale ne va tarder à arriver » : Polnareff, fils du compositeur Léo Poll, Premier prix au Conservatoire, ex-Beatnik qui faisait à ses débuts « la manche »à la Butte Montmartre, mais surtout Musicien aussi génial qu’excentrique accumule alors les succès depuis 1966 (où il avait d’ailleurs fait la couverture de « Rock n’ Folk ») et surtout sa rencontre avec Lucien Morisse, ancien directeur des Programmes d’Europe N°1 qui lui ouvrira les portes de la gloire comme ce dernier l’avait fait naguère pour sa propre femme Dalida (qui étrangement aura le même destin tragique que lui).

Reconnaissant, Polnareff lui dédie une chanson « Qui a tué Grand-Maman ? » après son suicide survenu en 1970. La chanson figure sur « Polnareff’s » cet album qui sort cette année 71 comprenant également « Né dans un Ice Cream » avec le concours des paroliers incontournables de l’époque : Pierre Delanoë et Jean-Louis Dabadie….

C’est cette année-là que le compositeur-interprète adoptera son look quasi-définitif avec ses lunettes blanches à large monture (pour cacher en fait sa forte myopie et ses yeux fragiles » et sa chevelure blonde et bouclée….De la période « Yé-Yé », il subsiste cependant quelques survivants dont beaucoup faisait partie de la fameuse « photo du siècle » prise par Jean-Marie Périer pour le magazine « SLC » en 1966.

A commencer par Annie Chancel, alias « Sheila » qui reprend cette année-là une reprise du groupe écossais Middle of the Road : « Tweedle Dee Tweedle Dum » plus connue sous le nom « Les Rois Mages » et qui sera un des plus gros succès de la chanteuse qui arrivera même à éclipser totalement la version originale…

Celui que l’on n’appelle pas encore le « Taulier », Johnny Hallyday est le personnage principal d’un documentaire signé François Reichenbach et qui s’intitule « J’ai tout donné » dans lequel le réalisateur filme la « tournée » dite de reconquête du Rocker à travers la France, « l’idole des jeunes » qui n’a pas vraiment connu de « traversée du désert » mais qui se doit de donner un nouveau tournant à sa carrière au regard d’une jeunesse populaire qui a connu les bouleversements de mai 1968.

Son bon vieux copain du quartier de la Trinité à "Paname", Claude Moine alias Eddy Mitchell a cependant connu une récente et relativement longue « traversée du Désert ».L' ancien Chanteur des « Chaussettes Noires » avait alors tenté d’explorer d’autres environnements musicaux avant de revenir aux sources, surtout celle du Rock n’Roll, sortant alors un nouvel album éponyme dont il a écrit la majeure partie des chansons…

Son autre bon copain, Jacques Dutronc lui est au « sommet » depuis 1966, l’ancien guitariste devenu par hasard chanteur accumule les succès, notamment grâce à sa collaboration avec le parolier Jacques Lanzmann.

En 1971, Dutronc interprète « L’Arsène » qui n’est autre que la chanson de générique du feuilleton télévisé qui connait un énorme succès « les aventures d’Arsène Lupin » avec Georges Descrières.  Toujours aussi déconneur, il commet également l’hilarant morceau « le fond de l’air est frais » la hi ho, la hi ho….

Comme on le sait, nos trois compères se retrouveront en 2017 pour la fameuse tournée des « Vieilles Canailles » peu de temps avant la mort de l’ex-Idole des Jeunes…

LE PHENOMENE POPPYS

En cette période post-hippie et sur fond de Guerre du Vietnam, une formation musicale composée d’enfants et d’adolescents appartenant en grande partie à une chorale d’Asnières-sur-Seine (Hauts de Seine) connait depuis l’année précédente un succès fulgurant et caracole en tête des ventes de disques. Ils sont produits par l’incontournable Eddie Barclay et leurs « tubes » : « Non, rien n’a changé », « Isabelle » ou « Lioubov » inondent les « ondes » … permettant à ces « gamins » de banlieue de connaitre une gloire avant que leurs voix ne muent à jamais….

BLIND TEST

Une chanson en anglais, « The Fool » devient un tube incontournable de cette année 71, bien que son auteur-compositeur-interprète soit un jeune français de 20 ans, aveugle de naissance et qui s’est exilé aux Etats-Unis où il a parfait son éducation musicale. Il s’appelle Gilbert Montagné         et sa chanson s’inspire d’un oiseau qui répète en boucle les mêmes notes, comme le rappelle Fabien Lecoeuvre, le « pic de la Mirandole » de l’histoire des chansons qui souligne que le 45tours sera produit par Salvatore Adamo qui croit avec raison au talent du jeune pianiste aux lunettes noires…

C’est la grande époque du couple sympathique et bon enfant : « Stone et Charden » qui enchaînera tubes sur tubes (composés par Eric Charden) à commencer par « L’Avventura » qui fait décoller de façon vertigineuse leur carrière……

Le Franco-Américain Joe Dassin sort « la fleur aux dents » et publie un nouvel album « Elle était oh » et lance également sa carrière en Allemagne, traduisant même certains de ses succès précédents….

Claude François chante « il fait beau, il fait bon » et « c’est la même chanson » et devient le premier artiste blanc à enregistrer dans les studios de la « Motown » à Détroit. Il a en outre relancé une ancienne revue Toulousaine qu’il transforme en magazine « branché » pour ados et minettes sous le nom de « Podium » ….

Clo-Clo a le temps d’écrire une chansonnette qu’il propose à un chanteur inconnu nommé Patrick Topaloff, ce sera « J’ai bien mangé, j’ai bien bu » que la France entière reprend en chœur en ayant « la peau du ventre et bien tendue ».

Dans le genre déconnade, les Charlots chante « Merci Patron » avant de triompher au cinéma dans « les Bidasses en folie ». Curieux parcours d’un groupe considéré dans les années 60 (accompagnant au passage les Elucubrations d’Antoine) comme les meilleurs musiciens de studio du moment, selon la revue Rolling Stone avant de basculer dans un genre « léger » mais porteur de grands succès….

Julien Clerc sort cette année-là « Ce n’est rien » écrit par son compère Etienne Roda-Gil. L’ancienne « tête d’affiche » de la Comédie musicale « Hair » ignore alors qu’il poursuivra une très longue carrière artistique qui trouve encore un écho en 2021 tout comme Gérard Lenorman, qui lui succédera sur la scène du Théâtre de la Porte Saint-Martin et qui chante à présent « les matins d’Hiver » ….

A contrario d’un Gérard Pallaprat (mort en 2017),   également présent sur « Hair » qui connait avec « Pour la fin du monde » et « fais-moi un signe » deux grands succès publics avant de connaitre une suite de carrière « en dent de scie » ou autre « conversion au bouddhisme » ou de Pierre Groscolas, compositeur de talent (il est l'auteur de l’ambitieux Opéra-Rock « Hamlet » pour Johnny Hallyday, qui sera malheureusement un échec commercial) qui sort alors « Fille du vent et du soleil »....

Esther Galil, une chanteuse Franco-Israélienne sort « Le jour se lève » et connait un succès éphémère succès a contrario de sa compatriote Rika Zarai qui est alors une vedette populaire qui se produit cette année-là à l’Olympia ou bien sûr Mike Brant, débarqué en France deux ans plus tôt, « découvert » par le Chanteur Carlos et Sylvie Vartan dans une boite de nuit de Téhéran, qui possède une voix de Crooner mais qui chantera d’abord en phonétique, ne parlant alors pas un mot de Français pour ensuite enregistrer un certain nombre de tubes, adulé par des minettes hystériques (mais pas seulement) avant de disparaitre aussi tragiquement que prématurément, se forgeant au passage une légende….

Mais l’autre « chanson française » existe toujours bien sûr avec ses piliers, notamment les « 5 B » : Brel, Brassens, Barbara, Béart et Bécaud. Le premier qui avait fait ses « adieux » à la scène en 1966, continue cependant à enregistrer tout en faisant « l’acteur » et bientôt le « réalisateur » : il tourne en effet son premier long métrage « Frantz » interprété justement par son amie Barbara, « la Grande Dame en Noir » tout en signant la musique du film….

Guy Béart continue d’animer son émission phare « Bienvenue », sorte de « Grand Echiquier » et de « Taratata » ou de « Talkshow à la Ardisson ou Ruquier » avant l’heure où il invite de nombreuses vedettes de la chanson mais également des écrivains et des politiques…

Charles Aznavour interprète « Mourir d’Aimer », chanson issue du film éponyme d’André Cayatte interprété par Annie Girardot et largement inspirée de l’affaire Gabrielle Russier (cette enseignante Marseillaise tombée amoureuse de l’un de ses élèves mineurs et qui mit fin à ses jours lors de son incarcération à la Prison des Baumettes).

MELODY NELSON

L’année 1971 est aussi marquée par la sortie d’un album majeur qui ne va pas tarder à « entrer » dans la légende à défaut d’être un succès commercial (ce fut en réalité un « bide »), il s’agit bien sûr de « Mélody Nelson » de Serge Gainsbourg.

L’ancien pianiste de bar du « Milord l’Arsouille » qui a connu en 1969, une gloire internationale avec la nouvelle version de « Je t’aime, moi non plus » chantée en duo avec sa complice et compagne Jane Birkin remet « le couvert » musical avec sa muse et commet alors ce que beaucoup d’experts s’accordent à reconnaître comme son « chef-d’œuvre ».

Gainsbourg travaille en étroite collaboration avec Jean-Claude Vannier qui signe les arrangements. L’auteur de « la Javanaise » écrit tous les textes, très inspirés des écrits de Nabokov (« Lolita ») et pour la première fois, abandonne le chant pour la version parlée.

Cet album novateur et ambitieux est mis en image par le virtuose Jean-Christophe Averty et garde encore cinquante après tout son côté avant-gardiste.  Malheureusement, « l’histoire de Melody Nelson » fut un échec commercial, ce qui affecta d’ailleurs beaucoup Gainsbourg….

SOLIDE COMME UN ROCK

1971 constitue l’an I de « l’après Beatles ». « Le plus grand groupe du monde » s’est en effet séparé l’année précédente, laissant au passage la voie libre à son éternel concurrent, les « Rolling Stones » mais cela n’empêche pas certains de ses ex-membres de continuer une carrière solo prometteuse…. A commencer par John Lennon qui sort son album : « Imagine » qui va vite caracoler en tête des ventes, notamment avec la chanson éponyme, considérée comme une des plus belles de l’histoire de la Pop, sorte d’hymne à un monde sans guerre et sans frontière.

Mais la contribution de son épouse Yoko Ono dans l’album n’est pas négligeable même si elle n’est pas créditée dans l’entreprise à l’époque. Son ex-compère Paul Mc McCartney sort son album solo « Ram » en compagnie de son épouse Linda mais qui connait un succès moindre que celui du couple précédent. Ultérieurement, il fondera le Groupe Wings avec Dennis Laine, l’ancien leader des Moody Blues, entamant avec ce dernier une longue collaboration artistique…

Georges Harrison, « le troisième homme » sort sa chanson « My sweet lord » issu de son album « all things must pass » et qui se hisse également en tête des meilleures ventes de disques. Tout comme « It Don’t come easy » qu’il a co-écrit avec son acolyte Ringo Starr, le « quatrième homme » qui l’interprètera d’ailleurs au cours du « Concert pour le Bangladesh » la même année…

La séparation des Beatles dont les causes sont multiples et bien plus complexes que l’on croit ne va donc pas nuire aux « Fab four » qui entameront chacun de leur côté (se retrouvant parfois sur certains albums) une nouvelle carrière.

Leurs rivaux directs, les Stones, qui ont démarré la même année (1962) et cultivant un côté bien plus sulfureux, n’ont aucune intention de se séparer (ce qui est toujours le cas, ndlr), et le tandem Jagger-Richards comparable à celui de Lennon-Mc McCartney a surmonté la mort tragique de Brian Jones survenu deux ans plus tôt.

Harcelé par le Fisc Anglais, eh oui, à l’époque, le Royaume-Uni Travailliste « matraque » ses artistes, incitant ces derniers à s’exiler vers des contrées plus accueillantes, le Groupe franchit le Channel et se réfugie sur la Côte d’Azur sans oublier de s’y domicilier.  Jagger épouse d’ailleurs à Saint-Trop’ la Nicaraguayenne Bianca, Mannequin puis Avocate avec laquelle il aura sa première fille, Jade.

Jagger et ses complices sortent l’album ‘Sticky Fingers » dans lequel figure le fameux morceau « Brown Sugar » qui se place rapidement en tête des ventes de disques aussi bien aux USA qu’au Royaume-Uni et dans la plupart des pays d’Europe, dont la France (il sera d’ailleurs disque d’Or).

Mais cette rivalité Beatles-Stones n’empêche pas l’émergence des grands groupes mythiques dont Led Zeppelin, créé en 1968 par Jimmy Page et Robert Plant qui sort « Led Zeppelin IV » cette année-là…avec sa curieuse pochette sans titre ni indication. Quelques futurs « classiques » figurent dans l’album dont « Black Dog » ou « Stairway to heaven » ……

La sobriété de la pochette ne va pas empêcher plus de 37 millions de personnes à travers le monde d’acheter cet album qui obtient donc un triomphe public autant que critique, le classant au passage comme un des meilleurs de l’histoire du Rock….

Les Who, deux ans après la sortie de « Tommy » leur opéra-rock qui continue à triompher dans les salles de concert européennes, sortent « Who’s Next » qui connaitra également un succès autant critique que public… avant que Roger Daltrey, Pete Townshend, John Enwistle et Keith Moon ne préparent leur nouvel opéra-rock « Quadrophenia » qui sortira trois ans plus tard…

Phénoménaux sur scène, ce groupe Britannique issu du pur Rock n’Roll sera un véritable « agitateur » de tendance musicale allant du mouvement Mod au Rock Psychédélique, en passant par l’émergence du Hard Rock ou préfigurant le mouvement Punk.

Mais d’autres groupes lui emboitent le pas et qui ne vont pas tarder à « exploser » durant toute cette décennie : à commencer par Pink Floyd, un groupe originaire de Londres et qui s’est formé en 1966, optant d’abord pour le Rock Psychédélique bien dans l’air du temps avant de bifurquer vers un Rock Progressif, une musique planante accompagnée de textes très élaborés.

Ils sortiront en 1971, leur sixième Album nommé « Meedle » qui booste considérablement leur carrière. Menée d’abord par Syd Barrett à l’époque « Underground », le leadership sera ensuite rapidement pris par Roger Waters et David Gilmour. On connait la suite, avec les albums culte tels « the dark side of the moon » ou « The Wall ».

Genesis, le groupe de Rock Progressif créé en 1967 et mené par Peter Gabriel et Steve Hackett intègre cette année-là le batteur Phil Collins. Leur nouvel album « Nursery Cryme » qui inclut d’ailleurs le fameux morceau « The Musical Box ».

En fait, la liste des groupes britanniques et américains formés à la fin des années 60 et qui connaissent leur apogée en cette année 1971 est d’autant plus impressionnante que leur mutation musicale (passage fréquent du Psychédélique au Rock Progressif) à l’instar de Yes, mené par Jon Anderson, le T-Rex de Marc Bolan, lui qui troque ses habits folkeux pour le rock sans oublier Black Sabbath qui compte parmi ses membres Ozzy Osbourne et que l’on considère comme le précurseur du « Heavy Métal » ou encore Deep Purple, nouveau « boss » du Hard Rock (après le déclin du pourtant mythique groupe de Détroit : MC5 ) qui sort un album studio « Fireball » avec le fameux morceau « Strange kind of woman » un an avant de casser la baraque avec « Made in Japan »…

C’est aussi l’avènement d’Alice Cooper, un groupe dont le leader est le chanteur et harmoniciste Vincent Furnier qui finira d’ailleurs par adopter comme patronyme légal le nom du groupe ! Il connait la consécration cette année 1971 avec son tube « I’m Eighteen ». Mais l’homme est surtout connu pour ses tenues excentriques, ses mises en scène grand-guignolesques avec comme fil conducteur la provocation permanente et le mauvais goût susceptible de choquer le plus grand nombre…

"LIVE ON MARS"

Telle est la question que se pose le nom moins excentrique David Bowie dans cette chanson qui fait partie de son album « Hunky Dory » et qui sera un des premiers grands succès de l’artiste au look androgyne, un an avant sa consécration avec son personnage de « Ziggy Stardust » …

                    L.A WOMAN

Comme on le sait, cet album sera le sixième et dernier des Doors réalisé avec Jim Morrison. Enregistré entre fin 1970 et le printemps 1971 dans un studio de la « Cité des Anges », il sera également le seul à ne pas être suivi d’une tournée puisque le parolier-chanteur s’est « exilé » dans la capitale Française où il est retrouvé mort dans son appartement le 3 juillet 1971 à seulement 27 ans.

Avec ses complices John Densmore et Ray Manzarek et la participation de deux autres musiciens Bassiste et Guitariste, Jim Morrison enregistre en live studio cet album comprenant les morceaux mythiques : « Riders on the storm », « the changeling » et bien sûr « L.A Woman » ….

WE SHALL DANCE

Demis Roussos, le bassiste des « Aphrodite’s Child » ce trio composés d’exilés Grecs qui ont accumulé les tubes depuis « Rain and Tears » en mai 68 a décidé de faire une carrière solo notamment en raison d’une mésentente avec son alter égo Vangelis, il enregistre « We Shall Dance » qui devient rapidement un tube qui en annoncera bien d’autres, mais dans le registre de la variété….

Cependant, Roussos a pu terminer avec ses ex-complices, la réalisation d’un album nommé « 666 » très ambitieux opéra-rock qui traite de « l’apocalypse selon St Jean » avec notamment la participation de leur compatriote. L’album qui sortira en 1972 est considéré à juste titre comme un des « meilleurs albums » de l’histoire de la Pop.

Tom Jones, chanteur Gallois installé aux USA, interprète « She’s a lady » écrite par Paul Anka et qui devient un énorme succès. Avec sa voix chaude et surtout puissante et son sex-appeal font vibrer ses nombreux fans (surtout la gent féminine), il va occuper durablement le devant de la scène…

Joan Baez, artiste engagée (Droits civiques, Guerre du Vietnam), considérée comme une des reines du folk, compagne de route de Bob Dylan, interprète ce qui sera un de ses tubes les plus emblématiques : « Here’s to you » en hommage à Sacco et Vanzetti, anarchistes italiens exécutés aux USA dans les années 20 mis à l’écran par Giuliano Montaldo sur une musique d’Ennio Morricone….

Cat Stevens, de son vrai nom Steven Georgiou (avant de devenir ultérieurement Yusuf Islam) après avoir connu un grand succès en 1970 avec « Lady d’Arbanville » réitère avec « Morning Has Broken » …

Comme son nom ne l’indique pas « Mardi Gras » est un groupe américain qui sort son tube « Girl, I’ve got news for you », Ike and Tina Turner, duo sur scène comme à la ville interprète « Proud Mary » tandis que Rod Stewart, ancien chanteur des Faces triomphe avec sa chanson autobiographique « Maggie May » sans oublier enfin, Isaac Hayes et « Shaft » le flic des nuits chaudes de Harlem….

MADE IN FRANCE

Et le Rock Français, dans tout ça ?  Il existe déjà bien sûr, malgré l’énorme suprématie anglo-saxonne qui a même conquis les pays non anglophones comme la France et ses voisins.

Les « Martin Circus » créé en 1968 par Bob Brault, Gérard Pisani et Patrick Dietsch est considéré comme un des premiers groupes de Rock Français qui connait un succès d’estime, en écumant surtout les MJC avant de connaitre un réel succès avec le désopilant « Je m’éclate au Sénégal » morceau de déconnade mais petite pépite musicale (avec des membres renouvelés comme Gérard Blanc).

Magma a été créé en 1969 par Christian Vander, fils adoptif du pianiste Maurice Vander et par Laurent Thibault. En 1971 c’est la sortie de leur nouvel album intitulé : « 1001 ° centigrades ». Ce groupe ne ressemble à aucun autre, et il détonne par son originalité : d’abord musical : même s’il peut se réclamer du genre progressif, il allie un savoureux mélange de Jazz, de classique et d’avant-garde, inventant même un langage intrinsèque : le Kobaien d’ailleurs inventé par Vander…

Ange est un groupe originaire de Belfort et de ses environs, il s’inscrit également dans la lignée du Rock Progressif. Son leader Christian Décamps est le chantre d’un Rock aussi poétique que théâtre. Bien soutenu par les médias, le Groupe fait une « percée » qui s’étendra sur toute la décennie…. A la fin de l’année 71, il sort son premier 45 tours nommé « Tout feu, tout flemme »…

Dans le port du Havre, il y a des marins qui chantent mais aussi des Rockers qui émergent, à commencer par Little Bob Story, dont le leader Roberto Piazza détonne en proposant un rock vigoureux déclamé dans la langue de Shakespeare uniquement et fortement inspiré de la rage des MC5 ou des Animals d’Eric Burdon.

A Paris, le très cosmopolite groupe GONG, créé par l’Australien Daevid Allen sort l’album « Camembert Electrique » très imprégné de Rock Psychédélique….

Enfin, les groupes Zoo, Variations ou Triangle font également partie de cette scène Rock Française, chantant cependant souvent en anglais mais dont la notoriété ne dépasse que très rarement les territoires francophones. Malgré une indéniable originalité, l’heure du rock Français n’avait pas encore vraiment sonné….

LIRE OU LE RELIRE LE PRECEDENT EPISODE:

13. Avril, 2021

Les confessions d'un écolier de 9 ans en 1971.

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