DIX DEPUTES A L’HEURE ESSONNIENNE

par Thibault File-Etoupe

L’Essonne a donc connu les 14ème élections législatives de son histoire commencée en mars 1967 et le suspense aura été de taille, réservant un certain nombre de surprises, le tout un peu plombé par une abstention de plus en plus élevée comme dans le reste de la France…

804 000 inscrits essonniens étaient appelés aux urnes le dimanche 19 juin pour le 2ème tour des élections législatives post-présidentielles.

Force est de constater que le taux de participation a été marqué par plus de 51 % d’abstention sur l’ensemble de ces dix circonscriptions, à l’exception toutefois de la 1ère (Evry-Corbeil) qui a même dépassé les 62 %.

Des chiffres qui rejoignent ceux du reste de l’Hexagone et qui marque davantage un certain désamour de l’électeur pour ce type de scrutin dont les enjeux n’apparaissent pas toujours très clairs pour l’électeur moyen, voire sans intérêt palpable pour la tranche des 18-35 ans, en quête d’un renouveau en matière de mode de pratique politique…

Pourtant, au vu des résultats, l’Essonne est apparue une fois de plus comme une terre de contrastes : d’habitude la disparité est plutôt d’ordre territoriale : entre un nord urbanisé et son sud rural, hier soir, il aura été d’ordre politique : alors que dans le reste de la France, la Majorité sortante a connu la perte de plus de 100 sièges au point de se priver d’une majorité absolue, on peut dire que  dans cette partie du Sud de l’Ile de France, elle a plutôt bien résisté...

5 candidats « étiquetés » « Ensemble » ont été élus ou réélus :

-       Dans la 3ème circonscription (Arpajon-Brétigny-Dourdan) où Alexis Izard, également élu d’opposition à Savigny sur Orge réussit son « parachutage » de façon certes étriquée (51%) face au candidat de la Nupes,  Steevy Gustave, élu d’opposition à Brétigny, pourtant arrivé en tête au 1er tour et surtout bien mieux implanté que lui car ayant toujours vécu ici : né à Arpajon puis habitant depuis toujours à Brétigny sur Orge où il avait frôlé la victoire aux municipales de 2020 mais la partie ouest de la circonscription a penché légèrement en faveur de son adversaire (Etréchy, St Chéron et Dourdan)…

Malgré tout, satisfaction pour le nouvel élu de 30 ans qui miroitait au départ,  la 7ème (Savigny-Athis Mons)  que l’Etat-Major Macroniste avait préféré confier à Robin Reda, ancien maire de Juvisy, Conseiller régional mais surtout député sortant et transfuge LR de dernière minute qui sauve ainsi son siège in extrémis avec 50.34 % des suffrages….

Coup de chapeau également à Marie-Pierre Rixain, sortante dans la 4ème , dans une circonscription conquise en 2017 face à Agnès Evren, collaboratrice de la député sortante Nathalie Kosciusko-Morizet et qui a su « labourer » sa circonscription au point d’être réélue avec plus de 55 % des suffrages…

Marie Guevenoux, sortante dans la 9ème réussit à transformer l’essai de 2017, lorsque cette transfuge de l’UMP avait conquis une circonscription jusqu’alors tenue par Thierry Mandon, ex-maire de Ris Orangis et ancien ministre de François Hollande qui ne se représentait pas.

Elu en 1988, Thierry Mandon fut par la suite le sempiternel adversaire malheureux de Georges Tron, l’édile de Draveil, également ancien Ministre mais de Sarkozy,  qui l’avait battu dès 1993 et jusqu’en 2017 quand pour cause de massage fatal, il a fini par se retrouver dans une cellule VIP de la Prison de la Santé….

REVERS A DEUX MAINS

Cette « poche de résistance » essonnienne a toutefois été contrariée par la nette défaite d’Amélie de Montchalin dans la 5ème circonscription (Plateau de Saclay).

L’actuelle Ministre de la Transition Ecologique, une des « figures montantes » de la Macronie avait pourtant réussi son implantation il y a cinq ans, infligeant à l’époque une défaite humiliante dès le premier tour à Jérôme Guedj, ancien président du Conseil Général qui avait été le remplaçant à l’Assemblée de François Lamy,( député maire de Palaiseau qui avait été appelé au gouvernement) .

La division des Gauches avait fait le reste pour favoriser l’élection de cette ex-Juppéiste convertie à LREM, Parisienne de domicile mais issue d’une vieille famille d’agriculteurs du Plateau de Saclay.

Cinq ans après, la donne a changé : l’attrait pour les ors de la république aux dépens du travail de terrain a coûté cher à l’ambitieuse ministre dans une circonscription traditionnellement ancrée à Gauche depuis sa création en 1988 (mis à part en 1993, où la conseillère générale RPR de Massy-Est, Odile Morin avait battu le sortant socialiste Claude Germon).

A contrario,  c’est dans la 5ème Circonscription (Orsay-Gif) qui avait vu la victoire en 2017 du très médiatique Mathématicien Cédric Villani, élu alors sous les couleurs de la République en marche, battant alors la sortante socialiste Maud Olivier, que l’on voit le même Député sortant s’afficher cette fois-ci sous les couleurs de la NUPES, après sa rupture avec le Macronisme entamée lors de sa candidature dissidente à la mairie de Paris en 2020.

Résultat : revers pour la « Médaille Fields » qui échoue d’un fil contre Paul Midy, Polytechnicien, directeur général de LREM qui réussit son parachutage avec 19 voix d’avance ! Dans le champ des « probabilités » il n’est pas exclu que Cédric Villani pause un recours, en raison de l’étroitesse du score….

Curieusement, la dynamique NUPES, n’a pas porté autant ses fruits que dans d’autres départements franciliens, la formation de gauche ne remportant que trois sièges (1ère, 6ème et 10ème)…

Cependant, signalons qu’elle a récupéré des circonscriptions perdues en 2017 et avec d’excellents scores, notamment dans la 1ère (Evry-Corbeil) où Farida Amrani obtient même le meilleur score du département avec 59 % des suffrages exprimés face au candidat d’ « Ensemble » Medhy Zeghouf, maire-adjoint d’Evry-Courcouronnes (mais rappelons toutefois que c’est également là que le taux d’abstention est le plus élevé : 62 %).

L’Elue d’opposition d’Evry prend donc sa revanche après ses deux échecs précédents : on se souvient de sa défaite de justesse contre Manuel Valls en 201, teintée selon la candidate malheureuse de nombreuses fraudes puis celle plus forte contre Francis Chouat en 2018. Le député sortant Macroniste et ex- maire socialiste d’Evry ne souhaitait pas se représenter en 2022 dans cette circonscription toujours dirigée par la Gauche depuis 1988.

Dans la 10ème circonscription (Ste Geneviève des Bois/Grigny), le conseiller communication de Jean-Luc Mélenchon, Paul Leaument réussit son implantation succédant au « Marcheur » Pierre Alain Raphan, qui ne se représentait pas dans cette circonscription populaire de banlieue très marquée à gauche et longtemps dirigée par Julien Dray (entre 1988 et 2012).

                                           TEMPETE SUR LE SUD-ESSONNE

Mais la plus grande surprise, c’est l’élection d’une candidate RN, Martine Da Concecaio Carvalho dans la 2ème circonscription (Etampes-Mennecy)...

La plus rurale de l’Essonne et jusqu’à présent toujours acquise à la droite (Dugoin, Marlin et Bouley) et qui avait pourtant vu une affiche insolite à l’issue du second tour : entre l’élu d’Opposition Matthieu Hilaire face à cette candidat RN, fraîchement débarquée dans la circonscription.

 A signaler la contre-performance de Jean-Philippe Dugoin-Clément, Maire UDI de Mennecy et fils de l’ancien Député Xavier Dugoin qui a trébuché avec 14 % des voix, devancé par la candidate d’Ensemble qui obtient plus de 21 %.

Arrivé en tête au 1er tour avec un peu moins de 25 % des voix, Matthieu Hillaire pouvait espérer bénéficier du « Front républicain » qui avait fonctionné auparavant dans cette circonscription habituée à des duels Droite/FN, mais il semblerait que les mentalités aient changé cette fois-ci, permettant d’envoyer un député Lepéniste à l’Assemblée nationale, une première depuis 1986, depuis que Michel de Rostolan, candidat CNIP (mais allié au FN, sous l’étiquette « Rassemblement National », eh oui, déjà) avait été élu à la proportionnelle ….

                                             DUPONT-AIGNAN ENCORE ET TOUJOURS

Enfin, lui est toujours là , inoxydable, le « doyen » des députés Essonniens : Nicolas Dupont-Aignan., élu sans interruption depuis 1997, date à laquelle, il avait battu de justesse le sortant Michel Berson, futur président du Conseil Général entre 1998 et 2011.

L’ex-maire d’Yerres, pourtant donné en danger après sa piètre performance à la Présidentielle, y compris dans sa circonscription est donc élu pour la 6ème fois avec 57% des suffrages face à une candidate de la NUPES, Emilie Chazette-Guillet.

Il faut dire qu’il avait pu bénéficier de la non-présence amicale du Rassemblement national ni de Reconquête dans la circonscription…. Il sera donc le seul « député souverainiste » de l’Hémicycle en attendant de se représenter à la prochaine présidentielle pour la 4ème fois….

Partagez cette page