Feuilleton 1972

Sixième Episode

52  MILLIONS DE CONSOMMATEURS

Philippe DUPONT

(10 ans en 1972)


FRANCE 1972



Cette France-là va bientôt tourner la page des "Trente glorieuses », indéniable incarnation d'une société de prospérité économique née sous les décombres de la fin de la Seconde Guerre mondiale dont elle était sortie exsangue, à l'instar de ses voisines européennes. 


Cependant, depuis 27 ans, cette "parenthèse enchantée" n'a cessé de faire de la France, un des acteurs majeurs de l'économie mondiale, s'imposant dans les technologies de pointe (nucléaire, aéronautique, électronique, etc..) et de membre fondateur du Marché Commun, en partenariat avec l'Allemagne de l'Ouest, l'Italie et les trois pays du Benelux. Bientôt, le Royaume-Uni, longtemps exclu de la construction européenne ne va pas tarder à y faire son entrée.


Sous l'égide de Georges Pompidou, d'abord Premier Ministre du Général de Gaulle puis son successeur à l'Elysée depuis 1969, le pays est devenu une grande nation industrielle, mais également la première puissance agricole d'Europe de l'Ouest, affichant un taux de chômage de 1.7 % de la population active et  forte d'un taux de croissance affichant les 6 %....


Malheureusement, des premiers signes d'essoufflement et un climat social qui se durcit annoncent sans le savoir des lendemains qui vont déchanter, notamment avec le premier choc pétrolier de 1973....

En attendant, les Français(es) découvrent le « Big Bazar » de Michel Fugain et vont pouvoir découvrir le soir de la Saint Sylvestre, la 3ème Chaîne Couleur qui connaîtra des débuts modestes, du fait d’une couverture trop partielle du territoire, comme ce fut le cas pour la 2ème Chaine dix ans plus tôt.


La Régie Renault, alors dirigée par Pierre Dreyfus va lancer sa petite dernière,  la Renault 5 qui sera un beau succès (plus de 6 millions de modèles fabriqués jusqu’en 1984).  Mais cette année-là, c’est la Simca 1100 qui est la voiture la plus vendue en France et qui est en vedette au Salon de l'Auto….

 

La France est toujours fière de son oiseau (franco-britannique) : « Concorde » et lance le premier prototype de l’Airbus, inaugure son Turbotrain vers le Nord-Ouest tout en poursuivant le développement de ses infrastructures : achèvement du boulevard périphérique à Paris, développement du RER en proche banlieue , finition du nouvel aéroport parisien, situé près du village agricole de Roissy en France ainsi que la construction de nouvelles autoroutes  qui sont lancées vers l’Ouest et le Sud-Ouest de la France….


Mais parfois, d’autres infrastructures plus anciennes et mal conçues comme le tunnel ferroviaire de Vierzy, situé près de Soissons (Aisne) qui s’effondre partiellement le 16 juin 1972, lors du passage de deux autorails de voyageurs qui se croisaient, provoquant la mort de 108 personnes et autant de blessés.


Cette effroyable catastrophe est la plus meurtrière que la France ait depuis 1933 (et la 3ème de l’Histoire ferroviaire), provoquant une émotion considérable à travers tout le pays. Le préfet de l’Aisne déclenchera le plan ORSEC et il faudra plusieurs jours et l’emploi de plus de 500 secouristes pour tenter de retrouver des survivants et d’évacuer les décombres des deux autorails…

Une commission d’enquête mettra bien en lumière la vétusté du Tunnel, conçu sous Napoléon III, ayant souffert des deux conflits mondiaux, conçu avec des matériaux de mauvaise qualité et donc victime de l’usure du temps, malgré des travaux de réfection qui avaient été entamés en cette année 1972.

 

Vieux pays Jacobin et centralisateur, la France et ses gouvernants accordent une plus grande autonomie aux régions-programmes issues de la grande réforme territoriale 1960 qui avaient créé 21 circonscriptions territoriales. 

A partir de 1972, les mêmes régions gagnent un peu plus d’autonomie spécialisée », elles sont composées de tous les parlementaires de la région, des représentants des conseils généraux et des principales municipalités, mais comme on le sait il faudra attendre la loi de 1982 pour entamer une vraie « décentralisation » …





La Troisième Chaîne, la régionale de l'Etape.

La Renault 5 : elle avait tout d'une grande..



Le Mariage en pointe cette année-la  avant de dévisser

L’année1972 constitue une année record au niveau des mariages célébrés :417 000, soit le taux le plus élevé depuis 1945, tandis que l’union libre reste relativement marginale et le nombre de divorces avoisine les 50 000 par an.


Cependant,ce taux de nuptialité élevé ne va pas tarder à s’éroder lentement mais surement jusqu’à atteindre les 250 000 par an à l’orée des années 2000, à contrario du divorce qui par être multiplié par 3, pour atteindre les 150 000 également à la même époque (probablement facilité par la procédure de divorce par consentement mutuel adoptée en 1975) et que dire de l’Union libre , d'abord marginale puis qui va être multipliée par 25 en une génération !

Une France également sous tension

Cette fin de période des « Trente Glorieuses », synonyme de période de prospérité et de douce insouciance est parfois entretenue comme une image d’Epinal et allègrement relayée par quelques nostalgiques de surcroît amnésiques car elle fut aussi une période de forte tension sociale : de nombreux mouvements sociaux éclatèrent sur plusieurs sites industriels, agitation dans les prisons, notamment à Fleury-Mérogis et Nancy ou bien sûr dans les lycées, souvent noyautés par des organisations d’Extrême-Gauche…


Si Mai 68 a permis quelques avancées sociétales, il est clair que beaucoup de chemin reste à parcourir quand un certain conservatisme persiste dans la société Française : même si le décret sur la Contraception (Loi Neuwirth de 1967) est adopté, on trouve encore une partie de la population française pour laquelle la« pilule » ne passe pas…


A Corbeil-Essonnes, le Docteur Jean Carpentier qui avait été à l’origine de la publication en 1971  d’un tract intitulé « Apprenons à faire l’amour » rédigé à la demande de deux lycéens de la ville qui avaient protesté contre l’exclusion de deux de leurs camarades, suite à un baiser échangé dans la cour de l’établissement , est suspendu pour un an par le Conseil de l’Ordre des Médecins et condamné par le Tribunal d’Evry-Corbeil pour « Outrage aux bonnes mœurs ».


Sur le plateau du Larzac, non loin de Millau (Aveyron), on constate de nombreuses manifestations et blocages d’agriculteurs, sorte de mouvement de désobéissance civile avant l’heure afin d'empêcher l’extension du Camp Militaire du Larzac(de 3 000 et 17 000 Ha) qui provoquerait l’expropriation de plusieurs familles de paysans du plateau…


Le Ministre de la Défense, Michel Debré, à l’initiative de ce projet contesté, y voit un moyen de redynamiser un bassin économique en difficulté et  en outre victime d’un fort exode rural depuis un siècle, en l’occurrence celui de Millau avec  la possibilité de renforcer l’activité du camp militaire du Plateau d’Albion, tout proche…


Durant toute la décennie 70, le Larzac sera synonyme de terre de contestation et de grogne sociale où l’on trouvera unies dans la lutte des organisations proches de l’Extrême-Gauche, du féminisme ou encore du retour à la terre. Une longue guerre d’usure  s’engagera  alors jusqu’à clore le dossier Larzac avec l’arrivée de la Gauche au pouvoir en 1981…


On trouve également un nouveau terrain de lutte concernant l’immigration, avec la« circulaire Fontanet-Marcellin », du nom des deux ministres qui préconisent l’interdiction de la régularisation de tout étranger sans autorisation de travail ni attestation de logement.


Le problème, c’est que cette mesure plongera à court terme près de 80 % des travailleurs immigrés dans l’illégalité. De nombreuses associations caritatives protestent contre cette mesure prise par un gouvernement qui veut mettre un terme à l’immigration, à l’aube d’une crise économique qui se profile et où le chômage de masse va s’inviter dans les débats, risquant d’affecter ces populations de migrants, généralement faiblement qualifiées et mal logées, car un grand nombre d’entre eux résident dans des cités d'urgence voire des bidonvilles…


D’où cette idée sous-jacente est de réguler les entrées et sorties et de trouver un moyen alternatif qui en découlera à partir de 1974 : favoriser le rapprochement familial de façon provisoire ou inciter le retour au pays par le versement d’une prime….

Bidonville de Nanterre (92)

Les nouveaux temples de la Consommation



En mars 1972 va s'ouvrir Vélizy 2, alors le plus grand centre commercial d'Europe, trois ans après Parly 2 (situé au Chesnay, dans le même département des Yvelines et un an après celui de Belle-Epine, dans le Val de Marne). Depuis l'ouverture du premier hypermarché de France à Sainte Geneviève des Bois (Essonne) en 1963, ces nouveaux temples de la consommation s'inspirant d'un concept américain n'ont cessé de pulluler surtout après 1968 à travers l'Hexagone, mettant à mal un "petit commerce" encore prédominant au début des années 60 notamment dans les centre-ville et bientôt remplacé par des supermarchés aux horaires d'ouverture plus large et disposant surtout d'un parking.....


Les centres commerciaux développent également des cafétérias, des complexes cinématographiques (qui ne vont pas tarder non plus à remplacer les cinémas de quartier). On voit également apparaitre des "grands magasins" hors de la Capitale et des grandes métropoles qui élisent domicile à la périphérie, comme notamment le Bazar de l'Hôtel de Ville à Montlhéry (Essonne) ainsi que des "garden centers", des magasins d'ameublement (But, Conforama) ou encore de Bricolage (dont Bricorama) répondant ainsi aux aspirations des nouveaux consommateurs.....


La France continue de "s'américaniser", une tendance opérée depuis la Libération avec ce développement de ces structures commerciales «discount», le développement des drugstores, des «Drive in» (le cinéma en plein air comme celui de Rungis, mais qui connaitra un succès éphémère).



                                                                                                             













Vélizy 2, plus grand centre commercial d'Europe lors de son inauguration en 1972.

Le Hamburger au pays du saucisson


 

Il s’appelle Raymond Dayan, c’est un industriel français qui a fait fortune dans la région de Chicago, aux USA mais qui rentre en France en ce début 1972 pour lancer un nouveau concept : la société Mc Donald spécialisée dans la restauration rapide (que l’on appellera plus tard Fast Food) lui a concédé une licence d’exploitation pour la France mais non sans être dubitative sur un tel projet, lui rétorquant que cela ne marchera jamais dans le pays de la gastronomie.


Insensible à ces avertissements, Raymond Dayan installe son premier restaurant franchisé à Créteil (Val de Marne) mais il n’est pas pour autant « pionnier » ence domaine : en effet, le très médiatique (mais aussi très controversé) Jacques Borel avait créé dès 1961 le premier restaurant de Burger à Paris puis s’est surtout fait connaître en développant les premiers« restoroutes » sur l’Autoroute du Sud en 1969…

 

 

Dans les deux cas, les deux industriels se veulent visionnaires, constatant notamment le changement de mentalité et de mode de vie des familles françaises : comme le proclame Jacques Borel, l’arrivée d’un « 2èmesalaire » dans le foyer, comprenez l’entrée massive des femmes sur le marché du travail au cours de la décennie (passant de 50 % à 75 %), impliquant qu’elles ont moins le temps de faire la cuisine change quelque peu la donne et favorise, toujours selon lui,  la restauration hors domicile...


Raymond Dayan réussit son pari : il développe 14 restaurants Mc Donald à travers l’Hexagone, avant que la maison mère n’en prenne ombrage et lui fasse un procès pour concurrence déloyale qu’elle gagnera face à l’audacieux Frenchy qui se verra  alors contraint de débaptiser ses enseignes puis de les vendre à la firme Belge Quick….


Le Grand Boom des biens d'équipement




Les années 60 auront constitué le « grand boom » des biens d’équipement des ménages français, symbolisant l’essor insolent de cette société de consommation : à commencer par la Télévision qui ne comptait en 1962 que 23 % de récepteurs par foyer contre près de 75 % dix ans plus tard (dont 7 % en couleurs) , à l’instar du Réfrigérateur qui connait la même progression. Le congélateur n’est encore qu’un concept et ne se développera qu’à partir de 1973 (10 % des foyers équipés)


Le lave-linge a connu une progression aussi spectaculaire mais tout de fois moindre, passant de 23 % à 57%, tout comme l’aspirateur (de 32 à 55 %).
A contrario, le lave-vaisselle, balbutiant à la fin des années 60 n’est présent que dans 3 % des foyers en 1972, tandis que les électrophones et autres tourne-disques passent de 20 à 45 %.


Des chiffres de biens d’équipements qui varient bien sûr selon les catégories socio-professionnelles et les zones d’habitations (urbaines ou rurales), mais qui auront tendance à se réduire durant la décennie suivante, notamment entre les cadres supérieurs, les employés et les inactifs (à l’époque, catégories beaucoup moins équipées que les autres).




Ne coupez pas, nous vous mettons en attente !




Et le téléphone dans tout ça ? C’est toujours le parent pauvre des biens d’équipement, si bien caricaturé par le « 22 à Asnières » de Fernand Raynaud ou par cette boutade que l’on entend dans les diners en ville : « En France, 50 % des Français attendent le téléphone, l’autre moitié la tonalité » …


Effectivement, le temps d’attente pour l’installation d’une ligne chez soi est souvent très long : entre six mois et deux ans ! A l’époque, seul 1 français sur 7 est équipé et avec de criantes disparités selon les régions : si l’Agglomération parisienne compte 25 % de foyers équipés, il n’en est pas de même dans une grande partie des régions qui sont de véritables déserts téléphoniques.


Pourtant, la Direction Générale des Télécommunications, filiale des PTT (Futur France Télécom puis Orange), créée à la Libération œuvre pour pallier ce retard, en ayant modernisé de façon sensible le réseau : création de centraux téléphoniques, dont un nombre croissant sont électroniques, d’agences commerciales et de disparition progressive des standards manuels (via des opératrices)….

Villes Nouvelles




Ce phénomène ne va cesser de s'amplifier, avec le développement des villes nouvelles (5 en Ile de France et 4 dans le reste de la France) dont le dessein est de désengorger Paris et la petite couronne pour créer à une trentaine de kilomètres de Notre Dame des pôles urbains, économiques et commerciaux permettant aux "pionniers" qui les habitent de pouvoir vivre et travailler sur place...


Toutes les nouvelles préfectures d'Ile de France ont été inaugurées, construites souvent au milieu des champs comme cela a été cas à Evry ou Cergy ou sur des terrains encore disponibles tel à Nanterre, Bobigny ou Créteil....mais dans tous les cas de figure : tout est à "inventer" pour faire de ces nouvelles "Capitales" départementales de véritables métropoles attractives...


D'autres sites sont encore à l'état de projet en Ile de France, tel Saint Quentin en Yvelines, dont le centre de gravité est Trappes,  Melun-Sénart entre Essonne et Seine et Marne (rebaptisé depuis Sénart) ou encore Marne la Vallée, la plus étendue des villes nouvelles, qui s'étend de Noisy le Grand (Seine St Denis), via Bry sur Marne (Val de Marne) aux plaines fertiles de Brie (autour du futur site de Disneyland).


Le redéploiement urbain s'invite également dans les régions : dans l'Isère, non loin de Bourgoin-Jallieu, ainsi que "L'Isle d'Abeau" sort de terre, dans les Bouches du Rhône, tout comme les "Rives de l'Etang de Berre", entre Fos et Marseille, Le Vaudreuil (rebaptisé Val de Rueil) dans l'Eure ou encore Villeneuve d'Asq dans la banlieue Lilloise.


1972 constitue également l’achèvement de la construction des « Grands Ensembles » symboliques de la Région Parisienne : citons notamment celui de « Massy-Antony » édifié dès la fin des années 50, à cheval entre les départements nouveaux de l’Essonne et des Hauts de Seine…
Ainsi, Massy, ancien bourg agricole de 6 300 habitants en 1954 dépasse les 40 000 habitants dix huit ans plus tard, devenant même la commune la plus peuplée de l’Essonne mais également celle qui compte un des plus importants bidonvilles de la région et qui abrite de nombreuses familles issues de l’immigration Portugaise venues travailler sur les chantiers environnants. Laurete da Fonseca, issue de ses baraquements insalubres et relogée dans les grands ensembles se fera à l’époque la « porte-parole » au risque de frôler l’expulsion du territoire pour « atteinte à l’ordre public ».


Les Bidonvilles ne seront définitivement démantelés qu’en 1974, comme celui plus vaste des Francs-Moisins à Saint-Denis (Seine Saint Denis) qui abrite une vaste communauté d’Afrique noire et du Maghreb ou encore celui de Nanterre, aux portes du nouveau Quartier de la Défense…


Dans cette France en pleine ébullition « immobilière » qui doit répondre à la criante « pénurie » de logement, on voit des piles de dossiers de « demandeurs » s’entasser dans les mairies comme c’est le cas en Ile de France à Corbeil-Essonnes qui verra naître la Cité des Tarterêts, à Meaux, à Montereau, Grigny avec la Grande Borne qui vient d’achever sa construction. Mais également ailleurs en France comme c’est le cas dans la plupart des grandes villes : à Marseille, Lyon, Toulouse (avec le Mirail), Montpellier Rennes, Reims, Nantes, Orléans, Tours mais également des villes moyennes comme Dreux, Vaux en Velin, Echirolles, Vénissieux et son quartier des Minguettes, etc…

Evry  (Essonne) en 1970-71


(Photo: Dominique Planquette)

Cergy (Val d'Oise), 1971

La Maison Individuelle



Mais ce sont aussi les années qui marquent l’âge d’or de « la maison individuelle ». En effet de nombreux lotissements sortent de terre, en Ile de France comme dans le reste du pays, notamment sous l’impulsion du ministre de l’Equipement, Albin Chalandon qui encourage les Français à devenir acquéreur d’une maison avec jardinet, sorte de « consécration » pour les classes moyennes.


Souvent, ces lotissements vont doubler voir plus la population de villages naguères agricoles : dans l’Essonne, citons les lotissements de standing comme Port-Sud à Breuillet et ses infrastructures intégrées (dont son réseau Télé, son centre commercial, sa piscine, son tennis, etc…), à Mennecy (avec le lotissement Levitt), à Etréchy (« Le Domaine du Roussay »), d’autres avec des slogans prometteurs comme à Courcouronnes : « Ce n’est déjà plus la campagne, mais ce n’est pas encore la ville », etc…..


Mais parfois, on constate l’envers du décor, une partie de ces constructions de maisons individuelles, d’abord alléchantes et « bon marché » vont rapidement être surnommées les « Chalandonnettes » (du nom du Ministre), à la construction bâclée et au matériau médiocre et parfois installées sur des terrains peu propices (inondables, notamment) : rapidement le rêve va se transformer en cauchemar pour un grand nombre d’acquéreurs désabusés…




Sur la Route…



La France compte 12 millions de véhicules, un nombre qui ne cesse de croître tout comme le nombre de morts qui est effarant : 18 000 victimes par an et cette année est la plus meurtrière jamais enregistrée. Ce qui va inciter le gouvernement Chaban-Delmas de créer le premier Comité Interministériel de la Sécurité Routière chargé de mettre fin à cette hécatombe.


Le premier Délégué nommé sera Christian Gérondeau, 34 ans, Polytechnicien et Ingénieur des Ponts des Chaussées qui va prendre les premières mesures qui s’imposent tel le port obligatoire de la ceinture de sécurité dès 1973….


Si cette mesure est jugée coercitive pour ces détracteurs, elle s’avèrera efficace puisque le nombre de victimes de la route se réduit d’un tiers en l’espace de deux ans. Ce sera également le temps des limitations de vitesse, notamment les 110 kilomètres/H sur les Routes Nationales et 100 sur les Départementales.


En 1973, la ville de Mazamet (Tarn) est au cœur d’un reportage télévisé pour sensibiliser les Français sur le nombre de morts sur les routes qui correspond exactement au nombre d’habitants de la commune : 16 000 habitants !
Durant un quart d’heure, les habitants jouent à « Mazamet Ville morte » en simulant d’être des victimes couchées à même le sol de toutes les rues de la ville de sensibiliser les téléspectateurs….

Mazamet (Tarn), "ville morte"  pendant un quart d'heure.

21 millions d’actifs



Il y a exactement 20 830 900 « actifs » en 1972, dont près de 13 millions sont des hommes et 8 millions des femmes, le tout constituant près de 41 % de la population totale.
Une population active composée de 46 % d’ouvriers et 17 % de cadres moyens et supérieurs. Notons que les agriculteurs où autres salariés du milieu agricole représentent encore 9 % de la population active.


Un peu plus de 50 % des femmes sont sur le marché du travail, un chiffre qui ne va cesser d’augmenter (jusqu’à plus de 75 %) au cours de la décennie suivante.


Le taux de croissance annuel reste élevé puisqu’atteignant encore les 5,6 % et le chômage ne touche alors que 1.7 % de la population active (à la création de l’ANPE en 1967, on dénombrait 400 000 chômeurs). On travaille en moyenne 43 heures par semaine, avec 4 semaines de congés payés (acquis durant les accords de Grenelle, en 1968).

Adieu jeudi, ! Bonjour mercredi !



La rentrée scolaire du Jeudi 14 septembre 1972 est marquée par une « petite révolution » : le « jeudi » jusqu’à présent, jour de repos de tous les écoliers est supprimé et remplacé par le « mercredi ».  C’est le nouveau ministre de l’Education, le Centriste Joseph Fontanet qui assiste à ce changement qui fait des satisfaits comme des mécontents (comme c’est souvent le cas en France)


Ce changement de jour a été en grande partie motivé par la précédente réforme, celle de 1969 et qui avait supprimé l’école le samedi après-midi afin de mieux rééquilibrer le rythme scolaire et surtout de permettre de faciliter les départs en week-end ....

La France de 1972 compte alors plus de 12 millions d’élèves : dont 8 millions en maternelle et primaire, 3 millions au Collège, 1 million au lycée et enfin près de 800 000 étudiants. Il est clair que la « massification » des élèves depuis 1945 est en grande partie due au « Baby-boom » et l’allongement de la scolarité à 16 ans (intervenu en 1959).


Depuis le début des années 60 et surtout après 1968, les Collèges d’enseignement général et technique (devenus CES et CET) fleurissent à travers l’hexagone, ainsi que les lycées, jusqu’alors uniquement situés dans les villes importantes.

La plupart des villes de plus de 100 000 habitants deviennent ou redeviennent des cités universitaires a part surtout après la loi Faure de 1968, citons par exemple Orléans, Tours, Amiens, Le Mans, Metz Mulhouse, Reims, Rouen qui s’émancipent de la tutelle des centres traditionnels de Poitiers, Caen, Dijon, Nancy, Strasbourg, etc…. Les villes moyennes développent les Instituts Universitaires de Technologie.

Paris multiplie ses sites universitaires intra-muros et en périphérie (déjà commencé dans les années 60 à Orsay ou Nanterre) tout comme Lyon, Toulouse ou Aix-Marseille…


A Compiègne (Oise), s’ouvre la première Université de Technologie de France qui va former un grand nombre d’ingénieurs et dont l’initiative revient au prédécesseur de Joseph Fontanet, Olivier Guichard (ministre entre 1969 et 1972).

L’Ecole Polytechnique encore située à Paris (avant son transfert à Palaiseau en 1976) s’ouvre aux femmes et permet à l’une d’entre elles, Anne Chopinet de sortir Major de sa promotion en cette année 1972.....
































Le Procès de Bobigny





Durant l’automne 1972, le tribunal situé dans le chef-lieu du département de Seine Saint Denis (que l’on n’appelle pas encore le 9-3) va devenir le théâtre de deux procès retentissants concernant 5 femmes, dont une mineure qui comparaissent pour pratique illicite de l’avortement.
En octobre, un premier procès s’ouvre au « Tribunal pour enfants » amenant au banc des accusés, Marie-Claire, une lycéenne de 16 ans qui a avorté après avoir subi un viol commis par un de ses condisciples qui s’est  ensuite évanoui dans la nature.


Traumatisée, la jeune fille ne veut pas mener sa grossesse à terme et demande de l’aide à sa mère, modeste employée de la RATP qui l’élève seule avec ses autres sœurs.
A l’époque, lorsque l’on a un peu de moyens, on peut aller avorter au Royaume-Uni afin de contourner la loi française, sinon  comme ce fut le cas pour Marie-Claire  de risquer un avortement clandestin effectué par un médecin consentant mais moyennant des honoraires exorbitants, donc hors des moyens de sa mère…


Par un réseau de connaissances, cette dernière prend alors contact avec une « faiseuse d’ange » qui après plusieurs vaines tentatives (via une sonde) finit par provoquer une hémorragie grave, obligeant ainsi le transfert de l’adolescente vers l’hôpital afin d’y être soignée…
Quelques semaines plus tard, Marie-Claire sera dénoncée par son ex-condisciple violeur qui a des ennuis avec la justice, à la suite d’une affaire de vol et qui pense ainsi minimiser les charges contre lui. La police interpelle la mère et ses présumées complices qui sont inculpées pour complicité et pratique clandestine de l’avortement…


C’est là que commencera « l’affaire Marie-Claire » et la tenue des deux procès de Bobigny qui auront un grand retentissement auprès de l’opinion publique, sans oublier les manifestations de soutien des organisations féministes en sa faveur...
La mère de Marie-Claire fait alors appel à l’avocate Gisèle Halimi qui interviendra donc au cours des deux procès : d’abord celui de Marie Claire en octobre, où l’adolescente sera finalement acquittée, le tribunal lui trouvant des circonstances atténuantes car elle sera considérée comme ayant souffert de « contraintes d'ordre moral, social, familial, auxquelles elle n'avait pu résister » (sic).


En novembre, sa mère et ses présumées complices comparaissent donc dans le même tribunal et avec un écho médiatique aussi important que précédemment.
Outre la plaidoirie convaincante de Gisèle Halimi, la présence de consciences conscience intellectuelle écoutée comme Simone de Beauvoir ou de sommités scientifiques comme Jacques Monod, Jean Rostand ou encore le professeur Milliez (bien que fervent catholique) pèsera forcément sur le verdict. Finalement, la mère de Marie-Claire sera condamnée à 500 Francs d’amende et fera appel de cette décision pour finalement par être blanchie, tandis que deux de ses amies seront relaxées et la troisième, la « faiseuse d’ange » sera condamnée à 1 an de prison avec sursis..


Ce procès aura de fortes répercussions, mettant en exergue l’absurdité du maintien de la loi de 1920 qui assimilait l’avortement à la contraception (en le qualifiant même de « crime d’état » sous l’Occupation, passible de la peine capitale), d’ailleurs, les condamnations chuteront, passant de 520 cette année-là, à moins de 30, deux ans après. Annonçant la future loi Veil de 1975…

Les Affaires sont les Affaires



Chaban dans la tourmente…




En cette année 1972, l’hebdomadaire satirique « Le Canard Enchaîné » publie une information dans ses colonnes qui va probablement être lourde de conséquences pour l’actuel locataire de Matignon, Jacques Chaban-Delmas,: ce dernier n’aurait pas payé d’impôts entre 1967 et 1970, alors qu’il était Président de l’Assemblée Nationale.


Pour confirmer ses révélations, l’hebdomadaire publie les feuilles d’impôt du Premier Ministre. Dans l’entourage du chef du Gouvernement, on crie au « complot politique » dans le dessein de nuire à celui qui reste très populaire dans l’opinion publique et qui a des visées pour la future présidentielle de 1976…


Pourtant, Jacques Chaban-Delmas n’a rien commis d’illégal : cette exemption de paiement des impôts est liée à l’avoir fiscal, un avantage qui permet de récupérer au titre de l’impôt sur le revenu, des sommes déjà versées au titre de l’impôt sur les sociétés et à la franchise d’impôt en tant que Président de l’Assemblée nationale mais aux yeux de l’opinion, ces explications ne passent pas vraiment.


Le Premier Ministre vient s’expliquer à la Télévision pour tenter de se défendre et de continuer à penser que cette opération de déstabilisation a été montée par certains éléments de sa Majorité (le nom du ministre des Finances, Valéry Giscard d’Estaing sera plus tard évoqué) mais il est clair que cette « affaire politico-financière » va très certainement ternir l’image de Chaban tout en constituant un excellent prétexte pour accélérer son départ de Matignon en juillet de la même année….

L’Affaire Aranda



Un autre scandale va empoisonner la vie politique et surtout la Majorité, c’est ce que l’on va appeler « l’Affaire Aranda ». Du nom d’un ancien membre du Cabinet d’Albin Chalandon (Ministre de l’Equipement), Gabriel Aranda.
Ce dernier alors âgé de 38 ans, ancien journaliste à l’ORTF et déjà collaborateur du Ministre Chalandon lorsque celui-ci dirigeait la Banque Vernes. Il quitte le Ministère en même temps que son patron qui n’a pas été reconduit dans le nouveau Gouvernement Messmer de juillet 1972.
Lors de son départ, Gabriel Aranda emporte avec lui un certain nombre de documents compromettants pour certains solliciteurs en échange de « pots de vin ». D’abord défenseur de son patron, Aranda transmet des photocopies des documents au « Canard Enchainé » qui révèleraient la corruption pratiquée dans les milieux de l’urbanisme et de la construction…


Ce nouveau scandale politico-financier qui éclate est aussitôt relayé par la plupart des médias, ce qui met dans l’embarras le nouveau gouvernement. Aranda vit quelques temps dans la clandestinité mais qui réapparait lors de la conférence de presse de Georges Pompidou, Président de la République.
Aranda est inculpé pour vol de documents. Il transmet au juge de nombreuses photocopies sur une centaine « d’affaires ».
Georges Pompidou évoque l’affaire et qualifie Aranda de « mythomane »,, surtout lorsque celui-ci, alors journaliste, avait révélé une hypothétique affaire d’espionnage autour des Services secrets russes qui auraient procédé à l’assassinat de Kennedy …et qui sera finalement considérée comme totalement farfelue...


Gabriel Aranda sera finalement jugé en juillet 1974, ayant pris comme avocat Roland Dumas (futur Ministre de François Mitterrand, ndlr) et obtiendra un « non-lieu » assorti d' une amende pour complicité de diffamation envers le Ministre de l’Equipement.

Talc Morhange


Au printemps 1972, le quotidien « Le Monde » relate dans ses colonnes, des cas constatés de diarrhées,  de convulsions voire de coma » qui touchent les nourrissons dans le Nord-Est de la France sans que l’on puisse trouver la moindre explication… et qui vont conduire à la mort 36 enfants et à l’intoxication de près de 170 autres.


Les bébés avaient été transférés pour examen à l’Hôpital Saint Vincent de Paul à Paris (Service du Pr Thieffry) qui alerte alors le ministère de la Santé.
Une enquête de l’INSERM en conclura que ces morts sont dus à l’utilisation du Talc Morhange qui contient un bactéricide très puissant en concentration excessive. Le gouvernement fait alors retirer toutes les boites de talc en vente. On apprendra par la suite qu’une erreur de manipulation a conduit à mélanger 38 kilos d'hexachlorophène, produit hautement toxique, à 600 kilos de talc…

                    Politique 72


Fin de la Nouvelle Société





En juillet 1972 et malgré un récent vote de confiance en sa faveur, à l’Assemblée nationale, Jacques Chaban-Delmas, Premier Ministre en place depuis 1969 présente sa démission à Georges Pompidou qui l’accepte.
C’est ainsi la fin de la « Nouvelle Société », ce projet politique autant ambitieux que généreux qui avait tenté de « décrisper » la société française après Mai 1968. D’essence plutôt centriste (ce qui irritera quelque peu l’aile droite de l’UDR), il préconisait un nouveau contrat social, une plus grande liberté d’expression et surtout l’ouverture politique…


Son cabinet était composé de personnalités qui venaient d’horizons politiques différentes, notamment de la gauche mendésiste, avec le haut fonctionnaire Simon Nora ou le syndicaliste chrétien Jacques Delors (futur ministre de Mitterrand et Président de la Commission Européenne), ce dernier deviendra même le conseiller économique et social du Premier Ministre durant toute cette période… Sans oublier Yves Cannac,  un proche de Giscard, qui sera avec Jacques Delors, le rédacteur du discours de politique générale du Premier Ministre ou encore Michel Vauzelle, futur garde des sceaux de François Mitterrand ou Patrick Ollier, actuel Président du Grand Paris…


On se souviendra de la liberté de ton dans l’audiovisuel, de la mise en place de la formation professionnelle, de la création d’un ministère de l’environnement, d’une volonté de moderniser l’outil industriel et de rendre plus autonome les administrations publiques et de lancer un vaste programme de décentralisation, sur fond de dialogue social et de concertation…


Mais Chaban, dont le discours est jugé trop social-libéral par une partie de la majorité voire dangereux pour l’entourage du Président (notamment le redoutable tandem Marie-France Garaud et Pierre Juillet) et nuisible à l’autorité du Président de la République va donc être contraint de démissionner pour être remplacé par le plus conciliant Pierre Messmer….


Chaban tentera sa chance lors de la Présidentielle anticipée de 1974, provoquée par le décès brutal de Georges Pompidou le 2 avril (tandis que l’ancien Premier Ministre se déclare candidat dès le 4, ce qui sera jugé complètement discourtois par une partie de son clan politique) mais finira 3ème du premier tour derrière Mitterrand et Giscard, tandis que Jacques Chirac se ralliera à ce dernier qui remportera de justesse l’élection mais qui le nommera à Matignon en guise de remerciement. On connait la suite…

Jacques Chaban-Delmas et Jacques Delors

Naissance du Front National




C’est le 5 octobre 1972 à Paris que va naitre le Front National au cours d’une réunion à laquelle assistent près de 70 personnes, dont beaucoup sont issues du mouvement « Ordre Nouveau » groupuscule d’extrême-droite dirigé par Alain Robert et Jean-François Galvaire.
D’autres, à l’instar de Pierre Bousquet ont un passé un peu trouble, ayant rejoint les Waffen SS pendant la Guerre ou proches des mouvements collaborationnistes comme le journaliste François Brigneau..


Mais on y trouve également des nostalgiques de l’Algérie Française et de l’OAS, tel Pierre Sergent ou Roger Holeindre…
Après l’échec de l’avocat Tixier-Vignancour lors de la présidentielle de 1965 et la dissolution du mouvement Occident en 1969, auquel appartenait François Duprat (assassiné en 1978) mais également Gérard Longuet et Alain Madelin, beaucoup pensent qu’il est temps de fédérer les familles nationalistes en une seule entité et d’y mettre à sa tête un « professionnel de la politique », les regards se tournent alors vers un certain Jean Marie Le Pen, 44 ans qui a été le directeur de campagne de Tixier Vignancour et surtout Député Poujadiste de Paris entre 1956 et 1962 mais qui connait depuis une longue traversée du désert.


Contrairement à la légende, Jean-Marie Le Pen n’est donc pas à l’initiative de la création du Front National mais il en assurera indéniablement le développement et le succès jusqu’en 2011. Une première fois candidat en 1974, « l’homme au bandeau » n’obtient que 0,75 % des suffrages exprimés pour finalement atteindre le second de la présidentielle en 2002….


Pierre Overney,
Au cœur de la Galaxie Maoïste



Il s’appelait Pierre Overney, mais on le surnommait « Pierrot ». Il avait 24 ans et était militant ouvrier Maoïste appartenant à la Gauche Prolétarienne lorsqu’il meurt le 5 février 1972, abattu par le vigile Jean-Antoine Tramoni devant l’Usine Renault de Billancourt (d’où il avait été licencié).
Le jeune militant voulait célébrer les 10 ans de l’affaire du « Métro Charonne » qui avait provoqué la mort de 9 militants communistes, suite à une manifestation fortement réprimée par la Préfecture de Police tout en voulant pénétrer dans l’enceinte de l’usine, accompagné de plusieurs militants et de quelques journalistes.. C’est là qu’il est abattu par l’agent de sécurité.


Dans les jours qui suivent, l’annonce de sa mort provoque une série d’actions violentes et de protestation, avec plusieurs manifestations notamment à Paris et à Caen. Toutefois ces actes sont souvent dénoncés par certaines organisations de gauche voire réprouvées comme cela sera le cas pour le parti Communiste…


Lors de son enterrement, le 4 mars, une grande manifestation groupant près de 200 000 personnes, avec en tête de cortège, les philosophes Jean-Paul Sartre et Michel Foucault.
Quelques jours après, en guise de représailles, un cadre de chez Renault, Roland Nogrette est enlevé par des membres de la Gauche Prolétarienne (dont le futur journaliste et écrivain Olivier Rolin) puis finalement relâché.


Un procès se tiendra en 1973 qui verra Jean-Antoine Tramoni, condamné à quatre ans de prison ferme (le « motif » de légitime défense » n’étant pas reconnue ») et la Régie Renault sera pointée du doigt pour avoir instauré une « milice » au sein de son établissement.
En 1977, Jean Antoine Tramoni qui avait été relâché, est assassiné par un groupuscule d’Extrême-Gauche…

Union de la Gauche pour un programme commun



Cela fait quatorze ans déjà que la Gauche Française est dans l’opposition en ce mois de juin 1972 et certains observateurs narquois se demandent si elle pourra un jour espérer retrouver  le chemin du pouvoir, d’autant qu’elle a été éliminée dès le 1er tour de la Présidentielle de 1969, malgré l’excellent score du Communiste Jacques Duclos (21%)…..


Cependant, l’heure n’est pas à la résignation, d’autant que le nouveau Parti Socialiste a vu le jour l’année précédente, lors du Congrès d’Epinay et qui a porté à sa tête, François Mitterrand qui avait réussi à mettre le Général de Gaulle en ballotage en 1965.
Pour espérer l’emporter la fois prochaine, il faut impérativement une gauche unie, à savoir le Parti Communiste, le Parti Socialiste et les Radicaux, comme à la grande époque du Front Populaire en 1936.


C’est alors qu’un « Programme Commun de gouvernement », plus réformiste que jamais est adopté et signé durant l’été d’abord par les communistes et les socialistes puis ultérieurement par une partie de la famille radicale (l’aile gauche qui va devenir le Mouvement des Radicaux de Gauche, tandis que l’aile droite , les Radicaux Valoisiens va finir par rejoindre la Majorité, par refus de s’allier aux communistes).


Ce programme commun se veut « révolutionnaire » dans le sens où il préconise un véritable bouleversement tant au niveau économique, social, politique ou encore militaire et s’inscrit dans une logique de stratégie électorale nouvelle d’alliances solides (notamment PS-PC) et dont une grand partie du programme sera finalement appliqué en 1981 (les 110 propositions) lors de la victoire d’un des cosignataires, François Mitterrand avec l’aval (du moins jusqu’en 1984) des alliés communistes dirigé par Georges Marchais qui devient Secrétaire Général du PCF lors du XXème Congrès de décembre 1972 , où il succède à Waldeck-Rochet.


Pourtant, cette fameuse « Union de la Gauche » ne se fera pas sans heurts et de multiples mésententes, notamment de la part du « Troisième homme », le Radical Robert Fabre, mal à l’aise dans cette configuration de « Gauche plurielle » avant l’heure et qui finira par composer avec le Président de la République Valéry Giscard d’Estaing qui le nommera Médiateur de la République… Si la Gauche remporte les élections intermédiaires (cantonales, municipales), elle échouera lors des législatives de 1973 et 1978, ainsi qu’à la Présidentielle de 1974 malgré un scrutin très serré…

Loi  Pleven


La loi du 1er juillet 1972,dite loi Pleven, du nom du Garde des Sceaux de l’époque, René Pleven a créé les délits spécifiques d'injure, diffamation à caractère raciste ainsi que la provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence raciale.


Auparavant, le racisme n’étaitqu’une simple opinion, à présent, il devient un délit puni par des peines quivarient selon leur gravité : de la simple amende à la prison ferme(jusqu’à un an) pour diffamation raciale publique.

Pionnière en la matière, la France permet également à des organisations anti-racistes de porter plainte et de se porter partie civile….





La Croix de Lorraine

               Mémorial de Colombey


C’est bien connu, (presque) tout le monde a été, est ou sera Gaulliste.
Deux ans après la mort de « l’homme du 18 juin », une Croix de Lorraine en béton d’une hauteur de 44 mètres est érigée sur les hauteurs de Colombey-les-deux-Eglises (Haute-Marne) au lieu-dit la « Montagne » est inaugurée en grandes pompes le 18 juin 1972 et accueillera près de 400 000 visiteurs.


C’est en 1971 que les barons du Gaulliste réunis au sein d’un Comité National sous le patronage de Georges Pompidou décide de sa construction. Une souscription nationale est donc lancée ainsi que des appels aux dons effectués à travers le monde, via des missions diplomatiques.
La Croix de Lorraine, symbole de la France Libre:  l’idée d’ériger ce monument émanait  du Général de Gaulle lui-même, désireux de la voir dominer cette campagne qu’il voyait depuis la fenêtre de sa résidence de Colombey,  la Boisserie.. Son vœu a donc été exaucé en cette année 1972…


Le monument accueille toujours en moyenne 100 000 visiteurs par an qui peuvent de surcroit visiter le passionnant Mémorial Charles de Gaulle voisin, la Boisserie et bien sûr aller se recueillir sur la tombe du Général dans le petit cimetière du village…

Le Referendum



Le 23 avril 1972, les Français sont appelés à se rendre aux urnes, sous la forme d’un referendum concernant l’élargissement du « Marché Commun » avec la demande d’adhésion du Royaume-Uni, de l’Irlande, du Danemark et de la Norvège », qui s’ajouteraient ainsi aux six autres membres fondateurs (France, Allemagne de l’Ouest, Italie, Belgique, Pays-Bas et Luxembourg).
C’est la première consultation de ce type concernant les institutions européennes et avec 61 % de taux de participation, le « Oui » l’emporte avec 68 % des suffrages exprimés. Durant la campagne du referendum, seule la Majorité Présidentielle et les Centristes s’étaient prononcés en faveur du Oui, à contrario des partis de Gauche et de la CGT. On se souvient également qu’auparavant, le Royaume-Uni (Candidat dès 1963) avait été écarté du fait d’un veto du Général de Gaulle, tandis que son successeur Georges Pompidou donne son aval.


                                                                                                                        Question posée :


"Approuvez-vous, dans les perspectives nouvelles qui s'ouvrent à l'Europe, le projet de loi soumis au peuple français par le président de la République, et autorisant la ratification du traité relatif à l'adhésion de la Grande-Bretagne, du Danemark, de l'Irlande et de la Norvège aux Communautés européennes ? ».


Enfin, ce vote majoritaire des Français sera toutefois contrarié par la non-adhésion de la Norvège, qui elle refusera par voix référendaire de rejoindre l’Union Européenne (tout en signant toutefois des accords d’échanges économiques avec cette dernière).

Buffet et Bontems


ou la tragédie de Clairvaux




28 novembre 1972 (à l’aube), Prison de la Santé Paris. A quelques minutes d’intervalle, Claude Buffet et Roger Bontems sont guillotinés. Deux mois plus tôt, le 29 septembre, les deux hommes avaient été condamnés à la peine capitale lors de leur procès qui s’était tenu à la cour d’assises de l’Aube à Troyes…où ils avaient été jugés pour « séquestration et double crime »


Le Président de la République, Georges Pompidou avait auparavant refusé leur grâce, sans doute pressé par une opinion publique très favorable à la peine de mort (63%) et probablement par l’administration pénitentiaire qui réclamait justice après la mort de deux de ses membres, victimes de Buffet et Bontems.


Rappel des faits : le 21 septembre 1971, c’est à la Centrale de Clairvaux, située près de Bar sur Aube (Aube) où ils effectuaient leur peine que les deux condamnés, se trouvant alors à l’infirmerie de la prison ont pris en otage un surveillant stagiaire, Guy Girardot et une infirmière intérimaire, Nicole Comte. Ils ont alors réclamé des armes et des munitions ainsi que deux voitures tout en demandant d’emmener les otages avec eux pour garantir leur fuite.


La Chancellerie refuse leurs exigences et la gendarmerie donne l’assaut au cours de la nuit, ils retrouveront les deux otages sans vie, poignardés à l’arme blanche….
Entre leur condamnation et leur exécution, un long combat judiciaire pour le recours en grâce avec en arrière-fond, un âpre combat pour l’abolition sera mené par les avocats Robert Badinter et Philippe Lemaire qui défendent Bontems et Thierry Lévy, défenseur de Buffet.. et qui espèrent bien infléchir la décision du Président Pompidou qui avait toujours « gracié » depuis sa prise de mandat, trois ans plus tôt. En vain…
Une décision qui renforcera l’avocat Badinter de mener un combat acharné pour l’abolition (qui parviendra à ses fins en 1981 comme Garde des Sceaux et le vote à l’Assemblée nationale, malgré une majorité des Français toujours hostiles à l’abolition).



Bruay en Artois, Affaire non résolue




Nous sommes le 6 avril 1972 à Bruay-en-Artois (Pas-de-Calais), au cœur du pays minier du nord de la France. Alors qu’ils jouent dans un terrain vague non loin des « corons », des enfants découvrent le corps sans vie d’une adolescente. On ne va pas tarder à savoir qu’il s’agit de Brigitte Dewèvre, âgée de 15 ans et demi et qui était portée disparue depuis la veille, alors qu’elle se rendait chez sa grand-mère.
Certains témoins affirment avoir vu l'adolescente,  la veille au soir en train de discuter avec un inconnu « en col roulé ». Son assassin présumé  ? Nul ne le sait,  toujours est-il que la malheureuse jeune fille a été étranglée (probablement avec un foulard) mais également partiellement déshabillée, mutilée puis camouflée non loin de la propriété de Monique Mayeur, la fille d’un gros commerçant de la ville…


Le juge d’instruction de Béthune, Henri Pascal est chargé de l’enquête et lors de l’interrogation de certains témoins qui auraient vu un véhicule Peugeot 504 garé non loin de la scène du crime, les soupçons se portent alors sur son propriétaire qui n’est autre que Pierre Leroy, un notaire aisé dont l’étude se trouve à proximité...


Le principal suspect accumule les handicaps aux yeux de l’opinion locale : c’est un notable membre du Rotary, amateur de spéculations immobilières et en outre il est célibataire et libertin (on apprend qu’il est l’amant de Monique Mayeur) tout cela est suffisant pour le désigner comme le coupable idéal.
Après l’avoir interrogé et trouvé ses explications contradictoires et floues sur son emploi du temps (Pierre Leroy cherchait en fait à ne pas impliquer sa maitresse) ainsi que de l’absence d’un alibi solide, le juge Pascal (« surnommé le Petit Juge »), inculpe et fait incarcérer pour homicide volontaire le notaire ainsi Monique Mayeur, inculpé pour « complicité » et écroué quelques jours après…


L’affaire est très médiatisée et sujette à de fortes récupérations politiques, notamment par des mouvements d’extrême-gauche incarnée par la Gauche prolétarienne et l’un de ses leaders, Serge July (futur patron de « Libération ») qui n’hésite pas à transformer ce drame en véritable symbole de la lutte des classes » où, selon lui, la bourgeoisie locale assassine une fille de mineur dans une région où la fermeture des mines est évoquée…
Le juge Pascal, opposé au secret de l’instruction, n’hésite pas à communiquer des informations à la presse, souvent à charge contre les inculpés tout en bafouant la « présomption d’innocence ».


Rapidement, le magistrat de Béthune se verra contraint de reconnaitre l’absence de preuves solides pouvant accréditer la culpabilité des suspects et se voit dans l’obligation de procéder à leur libération, par suite d’une décision de la cour d’appel d’Amiens  suivi d'un non-lieu qui sera prononcé pour le notaire…
Pierre Leroy et Monique Mayeur finiront par se marier et le notaire continuera à diriger son Etude sans parvenir à faire oublier les suspicions et les haines d’une grande partie de la population à son endroit car toujours persuadée de sa culpabilité…
L’affaire n’a pour l’instant jamais été résolue, malgré de multiples rebondissements et de réouvertures de l’enquête après le dessaisissement du Juge Pascal et entre temps, l’ancienne cité minière de Bruay en Artois a été rebaptisée Bruay-la Bussière comme pour oublier ce passé douloureux….


Le  Programme Commun

Naissance du Front National

Bruay en Artois


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FRANCE 1972


Cette France-là va bientôt tourner la page des "Trente glorieuses",  pure incarnation d'une société de prospérité économique née sous les décombres de la fin de la Seconde Guerre mondiale dont elle était sortie exsangue, à l'instar de ses voisines européennes.  Mais depuis 27 ans, cette "parenthèse enchantée" n'a cessé de faire de la France, un des acteurs majeurs de l'économie mondiale, s'imposant dans les technologies de pointe (nucléaire, aéronautique, électronique, etc..) et de membre fondateur du Marché Commun, en partenariat avec l'Allemagne de l'Ouest, l'Italie et les trois pays du Bénelux.. Bientôt, le Royaume-Uni, longtemps exclu de la construction européenne ne va pas tarder à y faire son entrée..


Sous l'égide de Georges Pompidou, d'abord Premier Ministre du Général de Gaulle puis son successeur à l'Elysée depuis 1969, le pays est devenu un "Grand pays industriel", mais également la première puissance agricole d'Europe de l'Ouest, affichant un taux de chômage de 1.7 % de la population active et un taux de croissance affichant les 6 %.... mais des premiers signes d'essouflement et un climat social qui se durcit annoncent sans le savoir des lendemains qui vont déchanter, notamment avec le premier choc pétrolier de 1973....




Les nouveaux temples de la Consommation



En mars 1972 va s'ouvrir Vélizy 2, alors le plus grand centre commercial d'Europe, trois ans après Parly 2 (situé au Chesnay, dans le même département des Yvelines.



Mort d'un militant Maoiste


Talc Morhange

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