ALAIN DUHAMEL

LE SENIOR DES ANNEAUX

Il va avoir 80 ans le 31 mai…mais il ne fait pas partie de la catégorie des retraités car on le voit pratiquement chaque soir sur le plateau de BFM où il officie comme éditorialiste politique afin de commenter une actualité essentiellement consacrée à la crise du Coronavirus.

Il peut jouer les roles de « grand-père » du Paysage audiovisuel français, ou peut-être même celui  de « tonton » puisque son neveu Benjamin Duhamel, fils de son frère Patrice et de Nathalie Saint-Cricq est également journaliste politique sur la même chaîne.

80 ans donc, dont près de 57 ans consacré au journalisme : il a en effet débuté sa carrière au « Monde » en 1963 !.. A une époque où le prestigieux quotidien de la rue des Italiens était encore dirigé par son fondateur Hubert Beuve-Méry alors que le Général de Gaulle était au pouvoir….

 Son itinéraire professionnel est très étroitement lié à l’histoire de la Cinquième République, dont il reste un indéboulonnable observateur et sur laquelle il a publié un grand nombre d’ouvrages . En outre,  il semblerait que la lassitude ne l’a pas vraiment gagné : à l’âge où d’autres font des siestes prolongées, lui n’a aucunement l’intention de chausser ses charentaises, gardant même une fraicheur certaine quant à son analyse du temps présent…Depuis ses débuts professionnels, il a vu passer pas moins de huit présidents de la république qu’il a  d'ailleurs tous rencontrés…

Il est comme ça, Alain Duhamel, fils de médecin, né à Caen (Calvados), diplômé de Sciences po Paris, journaliste, essayiste, animateur de radio et de télévision et bien sûr dinosaure de la sphère médiatique, à l’instar d’un Michel Drucker dont il partage plusieurs points communs : la région natale, le père médecin et une farouche volonté de ne pas vouloir rendre l’antenne définitivement ou du moins le plus tard possible…

Cependant, a contrario de Drucker, lui n’est pas vraiment un autodidacte, diplômé de la rue Saint-Guillaume (Sciences Po) et titulaire d’un diplôme de troisième cycle en sciences politiques, il a même enseigné dans son école d’origine…où il a pu côtoyer tout le gratin professoral : Raymond Barre, Roland Cayrol ou encore René Rémond.

Contrairement à l’animateur de « Vivement dimanche », il n’a jamais eu cette image de gendre idéal ni même chercher à inonder les journaux "people" sur sa vie privée, il n’a pratiquement jamais changé ni de look ni de coiffure mais est cependant parvenu à acquérir une célébrité certaine avec une grande majorité des téléspectateurs qui ont l’impression de l’avoir toujours connu….

Il a fait les grandes heures de l’actualité politique avec son complice Jean-Pierre Elkabbach, notamment à « Cartes sur table » interviewant tous les leaders politiques, faisant de certains, à l’instar de Georges Marchais de véritables « showmen » provoquant des pics d’audience….

Cette « mémoire vivante » de la vie politique a donc réussi une brillante carrière journalistique, ayant connu beaucoup de hauts et parfois quelques bas comme le soir du 10 mai 1981, où une foule hystérique et enivrée par une victoire de la Gauche scanda son nom adossé à celui de son collège Jean-Pierre Elkabbach pour réclamer leurs têtes, étant tous les deux considérés comme des « vassaux » de la télévision Giscardienne….

Malgré cela, l’éventuel banni le sera de courte durée, se rattrapant rapidement aux branches du nouvel arbre télévisuel, notamment à la mythique émission de François Henri de Virieu : « l’heure de vérité » et son fameux générique « vivre et laisser mourir » de Mc McCartney où il retrouve ses habits préférés : celui d’interviewer exigeant et pointu….

Mais beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis et désormais on  le voit donc sur BFM, chaine d’info en continu où il côtoie une nouvelle génération de journalistes dont la plupart n’était pas nés lorsque le quasi-octogénaire est apparu pour la première fois sur l’étrange lucarne qui était alors en noir et blanc dans la mythique émission politique de l’ORTF « A armes égales « en 1970 !

Bravement, notre consultant politique qui apparait en direct, ne veut pas apparaître confiné devant une webcam (ce n’est pas son truc les réseaux sociaux, confiait-il sur Europe 1, dont il fut une des « grandes voix »), non sa volonté est de seulement faire le job : commenter la vie politique et ses acteurs….

Quand d’autres ont été accusés de faire des « ménages », c’est-à-dire « cachetonner » en animant des débats pour des séminaires ou des entreprises, lui s’est longtemps fait taxer de « cumulard « : effectivement, il a exploré tous les rouages de la sphère journalistique : à la radio, de France Culture à Europe 1 en passant par RTL en qualité d’éditorialiste de la matinale puis en soirée avec Marc Olivier Fogiel…

Dans la presse écrite, autant quotidienne qu’hebdomadaire, qu’elle soit nationale (« Le Monde » ou il seconda également son patron, Jacques Fauvet pour son « Histoire du Parti Communiste », Le Point, Libération) ou régionale, la fameuse et si précieuse PQR où son appétit éditorial n’a jamais été rassasié : sa plume experte a occupé les pages de "Nice-Matin" ou des « Dernières Nouvelles d’Alsace » ….

Sans oublier la publication d’un livre, a minima tous les deux ans, écrit généralement pendant les vacances et où l’auteur s’avère être un vulgarisateur de la « res publica » de bonne facture. Tel un métronome, notre homme a trouvé le bon rythme, (il est marié à une musicienne), celui qui vous conduit à une longévité certaine, sans faire d’excès et visiblement cela lui plutôt bien réussi….

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